‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 176 sur 329 · Armure de fer pour les pieds; espèce de souliers de fer · texte numérisé non relu

Armure de fer pour les pieds; espèce de souliers de fer

sots. Ce fait, demanda la cuirasse, et premier que la vouloir prendre, dit aussi messire Galéas : « Je la veux voir premièrement sur vous, car mon harnois vous est presque tout fait. » Après que ledit écuyer fut armé de ladite cuirasse, le roi la regarda de tous côtés, et la trouva bien faite, disant : « Je cuide qu'elle me sera bonne et bien aisée. » Et fît désarmer celui écuyer, puis se fît armer de sadite cuirasse et de toutes les autres pièces ; et essaya dessus son harnois une saye d'orfèvrerie moult riche, et tout autour semé d'écriteaux où était écrit en lettres romaines : « Nescis quid vesper vehat » ; c'est-à-dire : « Tu ne sais quelle chose la fin porte », ou : « Tu ne sais la fin à quoi je tends ».

Après la lecture de cette ballade, le roi transmit quérir un coursier bai nommé Baigracieux, lequel fit amener dedans un préau fermé, derrière son logis; et lui, armé de toutes pièces, monta légèrement dessus, sans aide ; et là, commença à faire faire carrière, courses et grands sauts à sondit cheval, qui était si très à main à la bouche et à l'éperon, qu'il en faisait tout à son plaisir : à la fois lui donnait une vite course, et à l'arrêt, le tour, et les quatre pieds à mont; et à la fois le grand saut et la ruade, avec le trot court sous bride, et les tours que cheval pouvait faire. Aussi était le roi qui le maniait, si très adroit et tant bien à cheval, que, pour saut ou ruade que fit son cheval, on n'eût ouï sur lui pièce de harnois branler. Somme, tant tourmenta sondit cheval qu'il le mit tout en eau, puis mit pied à terre et s'en ire et désarmer.

MARCHE DE l'aRMÉE ROYALE SUR GÈNES 93

§ 4. — MARCHE DE l'aRMÉE ROYALE SUR GÊNES.

(Saint-Gelais.)

Et quand il eut eu avis avec ceux de son conseil, tant capitaines qu'autres, il ordonna de la façon comment on marcherait sur le pays des Génois, pour ce que c'est un pays fort étrange et âpre, pour les hautes montagnes qui y sont. Et il avisa si très sagement, et par si bonne conduite, que le tout se porta bien. Monseigneur le grand maître alla par un quartier et devant, avec grand nombre de gens d'armes d'artillerie, et les Suisses, dont le roi avait sept ou huit milles de paye. Et le roi allait par un autre côté, pour ce qu'il est impossible qu'une si grande armée sût aller ensemble en si divers chemins. L'ordre était si très bien mis aux vivres, qu'on n'en eut oncques faute durant le voyage, mais en avait-on largement, et en abondance. Quand monseigneur le grand maître et ceux de sa charge furent arrivés en un village nommé Bourg, ils surent comme ceux de Gênes avaient fait plusieurs bastillons sur le haut des montagnes, et entre autres, il y en avait un grand et fort, et bien remparé; il délibéra de l'aller assaillir, ce qui était nécessité de hire ou demeurer là ^ Et ordonna certain nombre de

1. « Tant et si diligemment chemina l'armée qu'elle s'approcha de la ville de Gênes, dont les habitants furent fort étonnés, car ils espéraient en peu de jours avoir gros secours du pape et de la Romagne, mêmement de sept ou huit mille hommes qu'on appelle en Italie Bresignels, qui sont les meilleurs gens de pied qui soient en Italie et fort hardis à la guerre. Néanmoins ils faisaient toujours leur devoir, et mêmement au haut de la mon-

9i LOUIS XII ET LE CARDINAL d'aMBOJSE

gens d'armes et de Suisses pour aller des premiers. Ce que les Suisses ne voulaient accorder aucunement et disaient qu'ils n'étaient venus que pour combattre en Ja plaine, et non pour gravir les montagnes, combien qu'au quartier où ils sont y en ait plus que nulle part ailleurs; mais c'était leur excuse. Et je crois fermement qu'on tient bien de leur nation autant de compte qu'ils valent. Et me souvient qu'on n'en avait eu oncques connaissance en France. Et le premier qui en fut cause ce fut Philippe, monseigneur de Savoie, qui depuis a été duc, qui en amena douze cents du temps du roi Louis pour le voyage de Roussillon.

tagne par laquelle il convenait aux Français de passer pour aller à la ville, ils avaient fait et construit une forte redoute à merveille, garnie de bonnes gens et d'artillerie, qui donna cause d'ébahissement à toute l'armée : par quoi le roi fît assembler les capitaines, savoir ce qu'il était de faire. Plusieurs furent de diverses opinions : les uns disaient que par là l'armée pourrait se mettre en hasard, et que sur le haut il pourrait y avoir grosse puissance qu'on ne pouvait voir qui les pourrait repousser, si on y allait faibles, et faire recevoir une honte; d'autres disaient que ce n'était que canaille, et qu'ils ne tiendraient point. Le roi regarda le bon Chevalier, auquel il dit : « Bayard, que vous en semble? — Sur « ma foi. Sire, dit-il, je ne vous en saurais encore que « dire; il faut aller voir ce qu'ils font là-haut; et pour ma « part, s'il' vous plaît m'en donner congé, devant qu'il « soit une heure, si je ne suis mort ou pris, vous en u saurez des nouvelles. — Et je vous en prie, dit le M roi, car vous vous entendez assez en de telles affaires. » (Le Loyal Serviteur.)

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