‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 177 sur 329 · S. — PRISE DES FORTIFICATIONS AYAISCÉE3 DE GÊNES · texte numérisé non relu

S. — PRISE DES FORTIFICATIONS AYAISCÉE3 DE GÊNES

Et à brief parler il fallut que les gentilshommes fissent la première pointe, et mêmement monseigneur de la Palice, monseigneur de Barbasan et son frère Saint-Amadour, et plusieurs autres gentilshommes et pensionnaires de la maison du roi jusqu'au nombre de cinquante ou soixante, firent cette avance si très gaillardement, qu'ils en sont dignes d'estime et de louange *. Car l'entreprise était fort dange-

1. « Le bon Chevalier ne tarda guère que, avec plusieurs de ses amis et compagnons, comme le vicomte de Rodez, le capitaine Maugiron, le seigneur de Beaudiner, le bâtard de Luppé, et plusieurs autres, jusques au nombre de cent ou cent vingt, entre lesquels étaient deux nobles seigneurs de la maison de Foix, les seigneurs de Barbazan et d'Esparros, enfants du seigneur de Lautrec, il ne fît sonner l'alarme; et ses compagnons tous assemblés, il commença le beau premier à gravir cette montagne. Quand on le vit devant, il y en eut assez qui le suivirent et travaillèrent fort, avant qu'ils fussent parvenus jusques en haut où ils prirent un peu d'haleine, puis marchèrent droit à la redoute, où en chemin ils trouvèrent forte résistance, et y eut âpre combat; mais enfin les Génois tournèrent le dos, où après voulaient courir les Français, mais le bon Chevalier s'écria: «Non, messeigneurs, allons droit à la redoute; « possible est qu'il y a encore des gens dedans qui nous a pourraient enclore; il faut voir ce qu'il y a. » A ce conseil se tint chacun, et ils y marchèrent. Ainsi qu'il avait dit il advint; car dedans il y avait deux ou trois cents hommes qui se mirent en défense assez rude pour le commencement, mais enfin déguerpirent du fort, fuyant comme foudre au bas de la montagne pour gagner leur ville. Ainsi fut prise la redoute, et depuis ne firent les

reuse et le lieu quasi impossible d'y pouvoir aller. Monseigneur de la Palice y fut blessé en la gorge d'un trait. Si fut pareillement monseigneur de Lautrec en la cuisse. Et à la vérité parler nuls gentilshommes ne pouvaient plus vaillamment montrer la vertu de leur cœur, que ceux qui étaient en cette affaire. Car ils surent moyen de si hardiment commencer la chose qu'elle vint à bonne fin. Mondit seigneur le grand maître fit tant par dons et prières, que mille ou douze cents Suisses, quand ils virent que ces nobles hommes avaient fait l'essai des plus dangereux passages, les suivirent. Aussi firent plusieurs aventuriers. Et y fut besogné si vertueusement que le haut de la montagne fut gagné. Et quand les Génois virent cela, comme gens faillis de cœur et dépourvus d'ordre et de conduite, ils abandonnèrent leur grande bataille. Car ils n'eussent jamais pensé ni imaginé que par humaine puissance on eût su venir par où les Français y vinrent. Et en ces mêmes lieux, ils avaient autrefois défait le duc de Milao avec trente ou quarante mille combattants. Et y en eut quelque nombre de tué à la chasse et se mirent nos gens dedans le lieu qu'ils avaient abandonné, et furent mises les enseignes des capitaines qui y étaient.

§ 6. — PRÉPARATIFS DE COMBAT EN AVANT DE GÊNES. LE ROI COMMANDE EN PERSONNE.

Monseigneur le grand maître passa outre vers Saint-Pierre-d'Arène, où le roi arriva bientôt ensuivant. Car il le suivait de bien près. Et environ

Génois beau fait, mais se rendirent à la merci du roi, qui y entra et fit par les habitants payer la dépense de son armée. » (Le Loyal Serviteur.)

L'armée française devant le bastillon de Gènes. (Bibl. nat., ms. n» 5091.)

98 LOUIS XII ET LE CARDINAL d'AMBOISE

quatre heures après midi, ainsi que le roi soupait, vint une alarme grande, et c'étaient ceux de Gênes, qui étaient saillis vingt-cinq ou trente mille hommes et avaient beaucoup d'enseignes. Et étaient partis de leur ville, pour donner la bataille comme ils disaient et en faisaient bien la contenance. Car ils donnaient à connaître qu'ils voulaient descendre sur la grève. Le roi, qui durant ce voyage avait enduré de grandes peines, et mêmement ce jour, avait toujours été en armes, quand il vit l'affaire, quelque peine qu'il eût souffert auparavant, se fit armer de toutes pièces, et Tarmet en la tête, monta sur un beau et puissant coursier, montrant une contenance si assurée que c'était un confort à tous ses sujets. Et à la vérité, il n'y en avait aucun en la compagnie, de quelque état qu'il fût, qu'il fît si bon voir. Il donnait ordre partout où il fallait en envoyant gens par tous les lieux où il était requis, et faisait en toutes choses si bien son office, qu'il n'est prince au monde qu'il l'eût su mieux faire. Et tellement que par sa prudence, vaillance, hardiesse et bonne conduite les Génois furent reboutés et déconfits. Et s'il y eut eu sur le haut de la montagne deux mille Français, aucun des fuyants n'eût su trouver façon de gagner la ville. Ils saillirent par deux jours et toujours furent reboutés, et à la dernière fois ils trouvèrent les portes fermées et furent contraints de s'enfuir aux bois et par les montagnes. Notre bon prince se travailla grandement à parfournir cette entreprise. Car aucun autre n'y prit oncques plus de peine qu'il fît. Mais il a le cœur assis en si bon heu que jamais au besoin ne lui saurait faillir. Et à l'heure qu'on pense qu'il ne puisse endurer le travail, il a en lui une vertu et vigueur naturelle qui fait ébahir plusieurs gens, et assez souvent on en a vu l'expérience.

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