‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 178 sur 329 · CAPITULATION DR GÊNES · texte numérisé non relu

CAPITULATION DR GÊNES

Les habitants de la ville de Gênes après cette déconfiture furent bien troublés et à bonne cause. Car ils voyaient qu'ils avaient devant eux un si très puissant prince, tant grandement accompagné, et qu'ils avaient si largement offensé, et par le dedans ils étaient en guerres civiles et intestines les uns contre les autres. Caries méchants qui avaient accoutumé de vivre de pillage eussent été contents que la guerre eût duré. Mais les gens de bien et sages qui considéraient rinconvénient qui en pouvait advenir et le danger là où ils étaient firent tant qu'ils furent les maîtres et la plupart des mutins vidèrent. Et incontinent envoyèrent une ambassade de devers le roi pour le supplier qu'il eût pitié et merci d'eux, disant que les maux qui étaient advenus n'avaient pas été perpétrés ni commis par leur conseil ni avis, mais leur en avait très grandement déplu. Ils furent ébahis de voir le roi en si bon état qu'il était, car ils ne le cuidaient pas. lis s'ébahirent pareillement de voir sa puissance si grande. Car en l'ost y avait quinze ou seize cents hommes d'armes sans les seigneurs pensionnaires et autres gens de bien en grand nombre et vingt et deux mille hommes de pied et encore de l'artillerie sans nombre. La connaissance de cela leur abaissa bien leur orgueil. Toutefois pour ce premier jour, ils s'en retournèrent pour tels qu'ils étaient venus. Et dirent à leurs citoyens les choses telles qu'ils les avaient vues qui leur donna au cœur si très grand ébahissement qu'il n'y en eut aucun si échauffé de guerroyer, qui ne se refroidît, et requéraient et désiraient la paix de toute leur puissance. Puis ils revinrent pour la seconde fois devers le roi et

iOO LOUIS XII ET LE CARDINAL d'aMBOISE

furent ouïs, et le traité fait qui fut tel qu'ils se rendraient les corps et biens, la cité et la ville, le tout à la volonté du roi pour en disposer et faire selon son bon plaisir et vouloir. Et ainsi par force d'armes fut conquise la très puissante et superbe cité de Gènes environ le commencement du mois de mai l'an mil cinq cent et sept par le très chrétien et invincible prince Louis, douzième de ce nom, par la grâce de Dieu roi de France, qui fut à lui une très grande et glorieuse victoire et digne de perpétuelle mémoire. Car oncques autre prince que lui ne la subjugua. Et est quasi une chose incroyable et comme impossible de la pouvoir prendre, vu la situation du lieu où elle est assise, et la force qu'ont les maisons et habitations par le dedans. Il y eut un empereur nommé Henry qui y tint le siège par longtemps sans rien y conquérir, fors qu'ils lui promirent en appointement, faisant de mettre son nom en écrit en leur monnaie, ce qu'ils firent depuis.

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