‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 183 sur 329 · MÉCONTENTEMENT DU PAPE JULES H · texte numérisé non relu

MÉCONTENTEMENT DU PAPE JULES H

Le même jour de son entrée, fît dépêcher la poste pour aller à. Rome, où écrivit à François de Clermont, cardinal de Narbonne, pour l'avertir de la prise de Gênes et de son entrée ; afin que le pape et les Romains qui, de ce ne croyaient rien, en fussent clairement assurés et du tout avertis : ce qui ne fut bien au plaisir du pape; car, sitôt qu'il eut vu les lettres du roi, écrites dedans le palais» de Gênes, et su la manière de la prise d'icelle, ledit Père saint (selon le rapport d'aucuns qui lors étaient à Rome) fut trois jours en sa chambre, sans vouloir parler qu'à peu de gens; disant, aucuns, que sa chière le pouvait lors montrer être bon Génois : aussi étaitil né de Savone, terre de Gênes. Le double des lettres du roi fut transmis, par ledit cardinal de Narbonne, à Naples, au seigneur de la Guiche, qui là

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était ambassadeur pour le roi envers le roi d'Aragon, auquel présenta le double desdites lettres du roi, et dit au capitaine Gonsales Ferrand : « Signor capitaine, ne faites plus de doute que le roi mon maître ne soit dedans Gênes; car voyez ci le double des lettres écrites dedans son palais à Gênes, lesquelles il a envoyées à Rome, à monseigneur le cardinal de Narbonne, signées lesdites lettres de sa propre main. » Lesquelles nouvelles semblèrent étranges audit roi d'Aragon et à Gonsales, tant que, après ce, furent longtemps sans dire mot. Je ne sais si le plaisir qu'ils eurent des bonnes nouvelles, ou l'avancement de la gloire des Français leur imposa silence ; mais tant fut, que, après quelque temps, ledit roi d'Aragon dit qu'il était bien joyeux de la victoire du roi, qui, en si peu de temps, avait fait œuvre si grande et chose tant louable.

Les nouvelles furent tantôt publiées par toutes les Itales et les Allemagnes, et autres contrées de la chrétienté, voire jusqu'en Turquie, ce qui sembla chose non ouïe à chacun, et cas de merveilles à tous; vu la soudaineté de la prise et la force du lieu, qui semblait être inexpugnable à tout le monde, et, sans famine, imprenable à jamais; dont plusieurs demeurèrent en erreur de la vérité, et en doute du fait, longtemps après.

§ i2. — EXÉCUTION DE L^ AGITATEUR DBMITRI. LA GUILLOTINE A GÊNES. •

Dedans les prisons du roi était lors un nommé Demitri Justinian, des plus gros du peuple gras de la ville de Gênes; lequel, comme j'ai dit, avait mu le peuple à sédition et entretenu en sa rébellion

EXÉCUTION DE l'aGITATKUR DEMITRI il3

contre le roi, tant que ledit peuple, après la réduction de Gênes, criait contre lui à haute voix, disant : « C'est le traître qui nous a séduits par erreur, commus à guerres civiles, divertis d'obéissance et obstinés à rébellion! » Quoi plus? son procès fut fait, sur lequel fut, par le conseil, conclu et déterminé que, vu sa désobéissance et rébellion, et Terreur damnable en laquelle avait mis et tenu le peuple de Gênes, il était digne d'encourir peine capitale : à laquelle fut jugé. Dont furent faits les échafauds, et les choses apprêtées pour lui trancher la tête, dedans une belle place, près du môle de Gênes, et dit que le douzième jour dudit mois de mai, vigile de l'Ascension de Notre-Seigneur, serait exécuté. Chacun courut cette part, tant, que depuis huit heures du matin, ladite place et les maisons d'entour furent, jusqu'au soir, toutes pleines de gens du roi et du peuple de la ville, attendant illec la venue de l'heure de ladite dépêche. Mais quand ce fut sur l'heure de vêpres basses, fut dit sur le lieu que ledit Demitri ne serait pour l'heure exécuté : dont aucuns des vilains de Gênes levèrent les épaules, disant en leur langage : « Je savais bien qu'il n'en mourrait point; car il est garni de denare. » Aussi était-il, car lorsqu'il sut que son procès était fait, et lui condamné à mourir, voulut donner au roi quarante mille ducats pour être répité de mort. A quoi ne voulut entendre le roi, disant : « Autre chose n'en sera fait, si n'est ce que justice en a ordonné ! » Ce qui fut fait à l'honneur du Seigneur et à la crainte de tous malfaiteurs. Et si pour argent en eût été quitte, comme plusieurs disaient, ce que le roi avisait bien, quelque autre garni de ducats, pensant pour autant en être absous, en cas pareil se fût pu mettre à l'aventure. Mais en advint que le lend

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main, qui fut le propre jour de F Ascension de Notre- Seigneur, sur le point de neuf heures du matin fut par un prévôt des maréchaux conduit jusqu'à ladite place, et fait monter sur Téchafaud, où là voulut parler, et dire quelque chose au peuple de Gênes et commencer quelque propos. Mais le prévôt ne lui voulut donner temps de finir son dire. Et voyant celui Demitri qu'il ne serait ouï, jeta un grand soupir à meiTeilles, en levant les yeux amont, la face toute pâlie et blême, les bras encroisés, se tint coi assez longtemps. Et ce fait, le bourreau lui banda les yeux; puis, de lui-même se mit à genoux, et étendit le cou sur le chappus. Le bourreau prit une corde, à laquelle tenait attaché un gros bloc, à tout une doulouère tranchante, hantée dedans, venant d'amont entre deux poteaux, et tire ladite corde, en manière que le bloc tranchant à celui Génois, tomba entre la tête et les épaules, si que la tête s'en alla d'un côté, et le corps tomba de l'autre. La tête fut mise au bout du fer d'une lance et portée sur le sommet de la tour de la Lanterne, qui est à touchant, et au dedans du môle de Gênes, regardant cette tête droitement sur la ville. Le corps demeura mort sur ledit échafaud, tout le long de ce jour; puis, fut le soir, avec le congé delà justice, de là ôté, et porté enterrer.

Après que lesdites choses furent mises à fin, la ville de Gênes fut de tous points accroisée, les pays circonvoisins épouvantés, les Français tous réjouis, et le roi tout à souhait.

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