‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 193 sur 329 · LE ROI DE FRANCE SE TRANSPORTE DE MILAN A SAVONE · texte numérisé non relu

LE ROI DE FRANCE SE TRANSPORTE DE MILAN A SAVONE

Le dixième jour du mois de juin, le roi partit de Milan, où de là s'en alla dîner à Binasque, dix milles loin dudit lieu de Milan; et de là s'en alla droit à Lumel, à Valence, à Félissan et en Ast, où se reposa huit jours, en attendant nouvelles du roi d'Aragon, qui encore n'était sur mer.

438 LOUIS XII ET LE CARDINAL d'aMBOISB

Après ce, le roi sut par ses coureurs que le roi Ferrand d'Aragon était prêt à partir de Naples, pour se rendre à Savoine, comme entre eux avait jà été ordonné, et qu'il aurait avec lui la reine sa femme, et grand nombre de dames, et bien quatorze cents gentilshommes de ses gens : sur quoi avisa que dedans Savone avait peu de logis, pour recueillir tout son train et celui dudit roi d'Aragon; par quoi, fît un rôle de ses gentilshommes et autres à peu de nombre, lesquels ordonna aller avec lui et laissa le surplus en Lastizane et en le duché de Milan. Puis, s'en partit d'Ast, et se mit à chemin, tirant droit à Savone, où arriva le jour de la fête Saint-Jean-Baptiste, et là trouva au dehors de ladite ville les seigneurs et les citadins, les processions et le populaire pour le recueillir et honorer ; lesquels le convoyèrent en bel ordre, tout le long d'une grande rue parée, jusqu'à la porte de son logis, qui était un peu audessous du château, le dôme entre deux (et était sondit logis la maison de l'évêque de Savone, moult belle et bien appropriée); là dedans s'en entra, où trouva sa chambre toute dressée, et les officiers de sa maison, pour le servir, chacun en son office. Temps fut de prendre rafraîchissement, car lors la chaleur était audit lieu tant extrême, que les plus légèrement vêtus, à peine la pouvaient supporter ; et avec ce, tant de petites mouches, piquantes comme aiguillons, y couraient, que chacun en portait la marque : car la nuit sortaient des fentes et trous des chambres des maisons; et ceux qui là dormaient nus et découverts en étaient atteints et piqués, en manière que plusieurs en avaient corps et visages tous bossetés et rougeoles ; mais en cette pestilence ennuyeuse, chacun passa le temps, comme il put, en chassant les mouches, lesquelles couraient même-

Page 1