VOYAGE DU ROI D'ARAOON
Le roi Ferrand d'Aragon était jà parti de Gayette, et monté en mer, pour s'en revenir en Espagne et passer par Savone, comme avait mandé au roi. De quoi le pape averti, s'en alla à Ostie, un port de mer, terre d'Église, sur la passée dudit roi d'Aragon, et là fit faire grandes provisions et gros appareil, pour le Guider illec recueillir et traiter. Mais sachant lors, celui roi d'Aragon, que le pape n'avait eu à gré le voyage du roi à l'occasion de la prise de Gênes, dont était malcontent, comme se disait, pour ne donner occasion au roi de penser quelque chose, et aussi qu'il lui fallait passer par ses dangers, ne voulut parler à lui, ni descendre à Ostie, mais lui manda qu'il avait hâte de s'en aller, et le vent à gré pour ce faire par quoi ne pouvait pour l'heure arrêter; et ainsi passa outre. Le comte de Foix lui fut au-devant par mer, avec grande noblesse de France, qui lui dit nouvelles du roi, et comme il était jà à Savone pour là le recueillir et festier. Dont s'avança et fil cingler à pleines voiles, tant, que bientôt fut outre le havre de Gênes et à la vue de Savone : et de là transmit devers le roi un nommé James d'Albion, pour l'avertir de sa venue, et aussi transmit à Savone le maréchal de ses logis, avec ses pousantadours, qui sont ses fourriers, pour là marquer ses logis. Auxquels le roi bailla un nommé Antoine de Pierrepont, dit d'Arizolles, maréchal des logis, pour leur montrer leurs quartiers et les conduire partout : ce qu'il fît,
et leur bailla leur quartier près du château, où était ordonné le logis du roi d'Aragon.
Le roi sut, par ledit don James d'Albion, que le roi d'Aragon était près et qu'à ce jour serait à Savone : dont le roi fut bien joyeux, et dit à celui don James d'Albion : « Puisqu'il plait au roi d'Aragon, votre maître, de me venir voir en mes pays, je mettrai peine de le traiter à son vouloir et de le recueillir joyeusement. »
§ 7. -— LE CARDINAL d'AMBOISE ENVOYÉ AU DEVANT DU ROI d'ara OON.
Et ce dit, lui transmit au devant maître Georges, cardinal d'Amboise, les cardinaux de Narbonne, de Saint-Séverin, de Finale, d'Albi, et de ses princes et seigneurs grosse route, lesquels lui furent au devant trois Jieues en mer et là lui dirent comment le roi l'avait j à attendu quatre jours, et que moult lui tardait l'heure qu'il ne le vit. Auxquels fît le roi d'Aragon joyeuse chère et bon recueil, disant : « J'ai tant honorable louange ouï du roi de France, et par expérience tant vertueuses œuvres en lui connues, que, à cette cause, raison m'a mu d'entreprendre le venir jusqu'en ses pays voir, honorer et visiter, désirant, sur toutes choses, lui faire compagnie fraternelle et amiable, et prendre avec lui familière connaissance et alliance perpétuelle : et moi confiant de son nom christianissime et très excellente renommée, sans autre sûreté que de sa fidélité, mettre entre ses mains et en ses dangers; disant que plus grand heur, ni plus noble compagnie, ne pourrais au monde rencontrer. »
Ce dit, fît naviguer vers Savone : duquel lieu se