‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 196 sur 329 · DÉBARQUEMENT DE FERDINAND LE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

DÉBARQUEMENT DE FERDINAND LE CATHOLIQUE

A la rive du môle, par où le roi d'Aragon devait descendre, le roi fît faire un pont de bois, entrant en mer, environ douze pas large, à passer trois hommes de front, fait à gardes, et assis sur pilotis, et sur la voussure couvert d'un drap rouge attaché à petits clous, pour faire là aborder la galère du roi d'Aragon, et sortir par là de la' mer, pour entrer en la ville. Et lorsqu'il fut environ un mille près de la ville, le roi avec tous ses princes, gentilshommes et archers de sa garde, se trouva au bord du pont, encontre lequel avait un haut boulevard, où je avec plusieurs montai pour voir tout à clair la rencontre des rois.

Or, est à entendre que dedans les fustes et galères du roi d'Aragon, n'avait nuls chevaux : par quoi le roi avait fait là mener en main une mule richement harnachée, pour monter ledit roi d'Aragon; et avait commandé aux autres de ses princes qui là étaient, et à ses autres gentilshommes, qu'ils eussent là mules et haquenées pour bailler aux gentilshommes d'Espagne et porter en croupe les dames de la reine d'Aragon, dont elle en avait moult grand nombre richement accoutrées, et toutes à l'espagnole, combien que plusieurs d*iceUes fussent Françaises.

142 LOUIS XII ET LE CARDINAL dVmBOISE

En cette manière attendait, le roi, le roi d'Aragon, qui tant approcha qu'il entra dedans le môle de Savone, où avait pour le roi grosse route de navires armés et artillés, lesquels commencèrent à tirer artillerie à toutes mains. Pareillement les galères et fustes du roi d* Aragon firent, à l'entrée dudit môle, telle meute d'artillerie qu'on n'eût ouï là tonner. Le capitaine Prégent de Bidoulx, avec ses quatre galères, couvertes de fleurs de lis, et toutes ensemble, était entré dedans le môle comme le roi d'Aragon; et là, après les autres, fit décharge son artillerie, dont il avait grosses coulevrines à roues et canons serpentins, tellement qu'il semblait que tout bàsît. Des tours delà ville et du château pétait artillerie comme tonnerre; sur la marine n'apparaissait que feu et fumée; fin, plus d'une heure, continua ce bruit, tel que c'était chose épouvantable à ouïr et merveilleuse à voir. Aussi étaient là trompettes et hautbois, qui soufflaient sans cesser.

Cependant le roi d'Aragon fit mettre de file ses galères, et la sienne, en laquelle U était, tirer devant, laquelle était toute couverte et parée de drap de la couleur et de la livrée du roi, c'est à savoir de jaune et*rouge, avec capettes de même. Ses autres galères et fustes étaient richement accoutrées et parées de même. Quoi plus ? Le roi d'Aragon fit adresser sa galère droit au pont, où le roi était; lequel, lorsqu'il vit approcher la galère du roi d'Aragon comme d'un demi-jet de pierre près, descendit de sa mule et s'en alla sur le pont, où jà abordait la galère, et si près que l'escale de ladite galère, premier que le roi fût au bord dudit pont, fut dessus avalée. Ce fait, le roi marcha cette part, et s'en entra dedans ladite galère avec lui deux de ses gens seulement, c'est à savoir messire Charles d'Amboise, son lieutenant delà les

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monts et grand maître de France, lequel fit entrer dedans, et messire Galéas de Saint-Séverin, grand écuyer de France, lequel entra après lui.

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