ENTRÉE DE LOUIS XII A MILAN
Le dimanche sixième jour d'octobre, entour les trois heures après midi, dedans la populeuse ville de Milan, avec arroi triomphant et honorable réception fît le roi son entrée magnifique, et au-devant de lui furent le cardinal-légat Pétri -ad- Vincula S avec huit ou dix évêques ; le général des Humiliés et tous les collèges de la cité en procession solennelle ; le duc de Ferrare, le marquis de Mantoue, le marquis de Cou- Ironne, le comte Gayas, le comte Bernardin, le comte Guybert, le comte Philippe, le comte Ludovic, le comte Lancelot, le seigneur Frocasse, le seigneur Guybert de Carpy, le seigneur Nicolas de Corrèse, le seigneur Lunel et tous les magnats et principaux gubernateurs, avec toute la noblesse du pays, en ordonnance embellie de pompeuse magnificence, lesquels, à un mille ou près hors la ville, rencontrèrent le roi si bien accompagné, que le pouvoir de ma plume plie sous la description de ce; mais que que ce soit, illec
1. Julien de la Révère, bientôt pape sous le nom de Jules II.
étaient le cardinal d'Amboise, Févêque de Bayeux et de Palluau et plusieurs autres prélats et personnages dignes de très révérends saluts : le duc de Savoie, le duc de Valentinois, le duc d'Albanie, messeigneurs Philippe de Ravestain, le comte de Guise, le comte de Ligny, Finfant de Foix, le comte de Dunois, le comte de la Trémouille, le seigneur d'Avanes, le marquis de Rothelin, le maréchal de Gié, le seigneur de Lautrec, les bâtards Mathieu et Charles de Bourbon, et tant d'autres comtes, barons, chevaliers, gens d'armes et soudards, que la noblesse et nombre d'iceux toute admiration d'excellente estime donnaient aux yeux qui le triomphe voulaient regarder.
Les rues et faubourgs de la ville par où le roi devait passer, étaient honorablement tendus et parés, et entre autres choses dignes de vue, de deux singulières, aornées : l'une, du lis verdoyant qui de l'entrée de la cité jusqu'à la grande église de Notre-Dame du Dôme par toutes les places florissait; l'autre, d'une légion de dames, de beauté tant excessive enrichies, qui de la * hauteur des fenêtres et ouvertures des maisons jetaient regard tant luciférant, qu'aux yeux d'iceux était objet plus délectable que le rais du soleil qui à l'heure matutine resplendit. De leurs curres triomphants et habillements de drap d'or et de soie partout découpés, et plains-passées et chemins accessibles de leurs chevelures artificiellement sur le visage semées et éparses; de leurs manteaux, de riches bordures et ouvrages de variantes couleurs tissus et décorés, et en somme, du surplus de leurs diverses parures et accoutrements nouveaux, autre description par moi n'en sera faite, sachant la chose, par l'avis de plusieurs autres en mémoire être mieux enregistrée.
A la porte de la ville, par où le roi devait entrer,