‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 21 sur 329 · ENTRÉE DB LOUIS XII A MILAN · texte numérisé non relu

ENTRÉE DB LOUIS XII A MILAN

étaient les fleurs de lis partout semées, et à la sommité du portail l'image de saint Ambroise, patron et défenseur du pays, hautement élevée.

Au-dessous, les armes de France et de Bretagne mi-parties, de grands hommes sauvages et monstrueux armées et gardées. Au travers de Técu en lettres romaines y avait écrit : Louis, roi des Français, duc de Milan. Le dedans du portail tout paré desdites armes, toutes les rues tapissées et couvertes de blanche draperie, à laquelle de tous côtés pendaient grands écus environnés de chapelets de verdure, et semés de fleurs de lis et hermines. Pour tenir manière d'ordre triomphal, furent à l'entrée les seigneurs et citoyens de la ville mis devant, lesquels en moult grand nombre et honorablement arroyés étaient. Les cent Allemands du roi, armés de leurs halecrets, les piques au poing, marchaient après en bon ordre et fière contenance. Les quatre cents archers de la garde et ceux de la reine, avec leurs hoquetons de livrée et -habillements de guerre, à pied marchaient aussi. Le seigneur de Crussol, Claude de la Châtre, Saint-Amadour et Georges Coquebourne, capitaines à pied, conduisaient les archers. Les trompettes, rois et hérauts d'armes après, en ensuivant deux cents gentilshommes de la maison du roi et ceux de la reine, qui, sur gros chevaux, le long des rues faisaient carrière à toutes mains. Le comte de Guise, sur un coursier qui adroit marchait le pavé, suivait après. Le comte de Ligny, sur un roussin bayard qui à tous détours avait corps à mains, avec un riche accoutrement de velours cramoisi et houssure pareille, suivait. Le duc de Valentinois, en état moult seigneurieux, avec les autres princes accompagnait le roi. L^ seigneur infant de Foix, le comte de Dunois, le sire de la Trémouille, les maréchaux de

<îié et de Bourgogne allaient après. Monseigneur Jean Guybé après portait l'épée royale; les vingtquatre archers de la garde du corps; et puis le roi couvert d'un poêle blanc tout semé de fleurs de lis, vêtu d'une robe blanche avec une toque royale de même, monté sur un cheval d'Espagne moult avantageux, en triomphe somptueux marchait le long de la ville.

Le cardinal-légat Petri-ad-Vincula, le cardinal d'Ami)oise, le duc de Savoie, le duc d'Albanie, le sire de Ravestain, avec plusieurs autres grands seigneurs et prélats allaient après le roi. Les autres deux cents gentilshommes et pensionnaires faisaient l'arrière- ^arde, avec une telle suite d'autres gens de fête, et peuple innumérable, que mon sens imaginatif défaut à dûment solenniser le triomphe; et ainsi que par les rues passait le roi, grands et petits à haute voix «criaient : France ! France ! en faisant fête si grande, •et tant joyeuse chère, qu'il n'y avait cœur si endurci qui en état de douce nature n'en fût réduit.

Ainsi chevaucha le roi le long de la ville jusqu'à l'entrée de l'église Notre-Dame-du-Dôme, où illec, pour faire oraison à Dieu et autres cérémonies dues, -descendit, puis vers le château, pour prendre entière possession de son duché de Milan, prit son chemin, et ainsi accompagné avec sons et clantueurs de trompettes, buccines, cors et tabourins, «dedans la forte place de la Roquette s'en entra, où par les siens à moult grand triomphe fut conduit, et à telle révérence par ceux de la ville reçu, lesquels de tant honorables services et dons d'acceptable munificence lui firent présent et entremets, que qui d'autant ne se contenteraU, peu d'autres mondains objets à son appétit donneraient parfaite réfection; si mets-je en reste les banquets somp-

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