‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 200 sur 329 · PARALLÈLE DES DEUX ROIS ET DES DEUX REINES · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DES DEUX ROIS ET DES DEUX REINES

(Brantôme, t. !•'.)

Il régna quarante ans assez heureusement : car s'il ifut heureux d'un côté, il fut malheureux de l'autre, parce qu'il perdit son fils unique qui lui mourut, et sa fille Jeanne, au moyen d'une mélancolie qui la prit emprès la mort de son mari le roi Philippe, et devint perdue de sens et entendement, ayant laissé ses enfants jeunes, dont l'aîné n'avait pas encore dix ans. Ce qui fut cause que ledit Ferdinand ne s'amusa guère à Naples, où il en était aller prendre possession, bien que le peuple de là l'aimait et le tenait en grand estime, et l'eût fort voulu là; et s'en retourna en Espagne avec sa seconde femme, Germaine de Foix, nièce du roi Louis XII et sœur de ce brave Gaston; et passa à Savone, où les deux rois se virent par une grande admiration et contentement, à voir leur façon de faire et apparence feinte ou vraie, et avec grande joie de toute la grande assemblée qui se trouva là pour voir l'entrevue bien étrange de ces deux rois, qui un peu auparavant avaient été si grands ennemis à se couper la gorge, et alors devenus si bons amis et si bien réconciliés, non seulement de par ce nouveau parentage et alliance, mais d'assoupissement de toute haine et d'offenses passées.

Notre roi l'alla voir le premier dans sa galère, par un pont de bois qu'il avait fait faire tout exprès sur le port; et puis Ferdinand descendit en terre, et notre roi le logea au château qu'il avait fait préparer pour lui, et le roi à l'évêché.

La reine avait son mari à la main droite et son oncle à l'autre, tant brave et paré de pierreries et

somptueux habillements que rien plus, et y fut trouvée fort glorieuse et altière : j*en parle ailleurs.

Voilà un grand changement de haine et de réconciliations, mais toutes ces amitiés feintes ne durèrent guère ; car bientôt après survinrent les affaires de la Romanie, et la bataille de Ravanne, où ce roi espagnol se banda totalement contre notre roi : et fiezvous en telles réconciliations, voire en telles gens de légère foi!

J'ai ouï raconter à un, grand personnage ancien, qui le tenait de son père, que plusieurs, en cette susdite entrevue de Savone, voyant ces deux rois ensemble, allèrent faire uue comparaison de tous deux, comme par une certaine forme et manière de sympathie. Tous deux avaient beaucoup de vertus et de valeur, mais le nôtre l'emportait. Tous deux en premières noces épousèrent deux belles, sages et très honnêtes princesses : notre roi, la reine Anne de Bretagne; l'autre, Isabelle de Castille; deux très riches héritières, car la Bretagne, encore que ce ne fût qu'un duché, valait bien le royaume de Castille; toutes deux fort magnanimes, hbérales et entreprenantes, toutes deux bien aimées de leur mari et de leur peuple; aussi fort regrettées après leur mort. Et puis ces deux rois pour la fin de leurs jours, et pour leur avancement à plus tôt mourir, épousèrent deux secondes femmes, jeunes, belles princesses, qui les emportèrent aussitôt dans, la tombe.

Notre roi ne traîna guère en sa maladie, qui l'emmena, et mourut dans sa belle et noble ville de Paris. Et Ferdinand traîna fort d'une longue indisposition, et mourut en un méchant village, nommé Madriglego (où j'ai été), allant avec sa femme et sa cour à Séville pour changer d'air.

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