‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 208 sur 329 · CONTRE LES VÉNITIENS · texte numérisé non relu

CONTRE LES VÉNITIENS

Lesdits Vénitiens ont dès longtemps envoyé leurs caqueteurs et pratiqueurs par toutes les nations, lesquels, par leurs malices et.cautèles, pourraient facilement persuader à plusieurs gens (qui n'auraient connaissance des choses qui sont entre eux contractées et entretenues), que ledit roi aurait mal gardé sa foi et sa promesse envers lesdils Vénitiens. Lesquels, ainsi qu'ils disent, eux confiants de la loyauté et alliance d'icelui roi, lui avaient auparavant donné aide et secours pour déchasser le seigneur Ludovic Sforce du duché de Milan, et, après la première conquête, le lui avaient gardé et maintenu. Car ils prétendent que, dès la première conquête de Milan, il dépendait de leur volonté si les Français auraient seigneurie en Italie, on non, et, après icelle faite, s'ils y demeureraient ou non; et mômement, l'année passée, quand ledit empereur avec toute la force d* Allemagne vint en Italie, pour troubler l'état dudit roi Louis, et chasser, comme ils disaient, les Français d'Italie. Car quelques ofTres ni promesses qu'il leur sût faire, jamais ne les put divertir de l'amitié

et alliance dudit roi Louis. Par quoi non ayant de leur côté fait aucune chose dérogeante aux considérations et alliances accordées entre eux (lesquelles devaient être perpétuelles, indissolubles et inviolables), semblerait, comme ils disent, que le roi Louis, sans fausser sa foi et son serment, ne pouvait soi déclarer, de leur ami et allié, leur ennemi et adversaire. Et autres plusieurs choses disent et sèment en divers lieux, pour montrer que ledit roi Louis et les Français usent de moult grande ingratitude et infidélité envers eux. Là où à la vérité icelui roi Louis étant par eux, depuis lesdites alliances et en contrevenant à icelles, en plusieu^^ sortes et manières outragé, et ayant le pouvoir et Les moyens de s'en venger, et de les troubler et priver des terres qu'ils tiennent en Italie, a mieux aimé endurer et dissimuler par long espace de temps que d'être soupçonné d'avoir, par moyens exquis et querelles controuvées, enfreint et violé l'alliance et amitié qu'il avait avec eux. Et encore qu'il eût par eux été si grandement outragé et contemné, qu'il n'est si patient homme, ni si attrempé qui n'en fût ému et indigné, s'il n'eût été pour le bien public de toute la chrétienté, ne les eût voulu endommager, ni guerroyer, ains plutôt les garder et défendre comme il a fait le temps passé. Mais connaissant par plusieurs expériences très évidentes leur cautèle et malice, et le désir qu'ils avaient d'agrandir et augmenter leur état et seigneurie, par quelque moyen que ce fût, et craignant que, si on différait plus à y pourvoir, ils se pourraient faire si puissants, qu'après on n'aurait le moyen de se garder d'eux; ému aussi par les admonestements de notre très saint Père pape Jules second, et par les prières et évident péril des princes et seigneuries d'Italie, d'Allemagne, d'Espagne et de Hongrie, a été con-

Page 1