ANCIENNE ALLIANCE DES VÉNITIENS ET DE LOUIS XH
ti'aint de s'accorder avec eux, pour éteindre ce feu commun, et préserver les terres et seigneuries desdits princes et seigneurs, ses parents, amis et alliés, et aussi les siennes; et venger les outrages et dommages à eux faits par lesdits Vénitiens. Lesquelles choses combien que je cuide être venues à la connaissance de la plupart des gens d'entendement; toutefois il y a plusieurs points que ledit roi Louis par sa bonté et douceur a dissimulés envers eux, tant qu'il a pu, qu'il me semble expédient être connus et entendus d'un chacun ; afin que tout le monde connaisse qu'icelui roi n'a point été mû par convoitise, ni par ambition, s'allier avec lesdits princes, à rencontre d'eux ; mais pour la conservation de son état et du bien public ; et qu'il ne s'est point voulu départir de leur amitié et alliance, qu'il n'ait premièrement été, non pas une fois, ni deux, mais plusieurs offensé et outragé par eux, et provoqué parleurs tromperies, fraudes et déceptions. Lesquelles choses, afin qu'elles soient mieux entendues, m'a semblé nécessaire reprendre le commencement de l'alliance faite entre le roi Louis et eux, et raconter toutes les choses qui depuis sont ensuivies, d'un côté et d'autre, tant d'amitié que de tromperie, et d'inimitié de leur côté.
§ 5. — POURQUOI LES VÉNITIENS AVAIENT ÉTÉ LES ALLIÉS DE LOUIS XII POU» LA CONQUÊTE DE MILAN.
Il est tout certain qu'après que ledit roi Louis fut appelé à la couronne de France, par la mort du roi Charles, huitième de ce nom, désirant recouvrer l'état et duché de Milan, à lui appartenant par succession paternelle, lequel lors était occupé par ledit
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seigneur Ludovic Sforce, traita aveclesdits Vénitiens, pour les associer à cette conquête, leur offrant une bonne partie dudit duché et état. Laquelle chose étant venue à la connaissance dudit seigneur Ludovic, avec lequel lesdits Vénitiens, peu de temps auparavant, s'étaient alliés à rencontre dudit roi Charles, usa toute diligence et industrie pour les divertir et dégoûter de ladite alliance, par plusieurs remontrances et promesses. Sur lesquelles pratiques fut la matière mise par lesdits Vénitiens en délibération de leur conseil, ainsi qu'ils ont accoutumé de faire en tel cas. Et fut par plusieurs jours la matière débattue entre eux. Car puisque cette occasion leur était offerte d'accroître leur seigneurie, d'un côté ou d'autre, il n'était pas question lequel avait meilleur droit des deux parties, ni à qui ils étaient plus tenus et astreints : mais duquel ils pourraient plus grandement profiter. Et finalement la plus grande opinion fut qu'ils se devaient joindre avec ledit roi de France, pourtant qu'il leur faisait plus grande offre. Et d'autre part, bien leur semblait, ou que les Français pour la douceur de l'air et de la terre de France, ou par guerres et affaires qui leur surviendraient dedans le royaume, ou dehors, mêmement si ledit roi Louis venait à défaillir, comme ils espéraient devoir bientôt advenir, s'ennuieraient tantôt de ritalie, ou que les Lombards s'ennuieraient de la seigneurie et domination des Français, et conspireraient facilement contre eux, pour les chasser; ou que ledit seigneur Ludovic, à l'aide des Allemands, voudrait recouvrer ledit duché. Et par ce moyen, survenant et accroissant journellement nouvelles guerres, et étant par continuels mouvements la Lombardie travaillée et affaiblie, s'en pourraient dedans peu de temps saisir. Ce qu'ils n'espéraient si aisé-
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nient pouvoir faire, quand ledit duché demeurerait entièrement audit Sforce. Étant donc Falliance faite avec eux, et la guerre commencée à rencontre dudit Sforce, ils ne furent pas paresseux à prendre ce que par ledit traité et alliance leur était accordé. Et aussi ledit roi, quelque grande instance que fissent envers lui les Grémonois, disant qu'ils ne pourraient ni devaient être séparés ni démembrés dudit duché, et offrant eux défendre et garder à leurs dépens, ne les voulut sur ce ouïr, puisqu'il avait accordé aux Vénitiens les leur laisser ; mais les confortant le mieux qu'il put, les exhorta d'être obéissants à ladite seigneurie de Venise ; sans toutefois leur donner aucun espoir de revenir jamais en son obéissance, pour non les laisser en suspens, ni en attente, qui les pût rendre moins obéissants à ladite seigneurie, jaçoit qu'ils tiensissent tous les moyens à eux possibles, pour entendre s'il y avait remède de sortir par temps, ou par occasion quelconque de la servitude desdits Vénitiens.
§ 6. — OhlSFS DE LOUIS XII CONTRE LES VÉNITIENS AU SUJET DE LA POSSESSION DU DUCHA DE MILAN.
Après cette conquête, étant le roi retourné en France, ledit Sforce appelé par aucuns Milanais séditieux ses partiaux, et entendant qu'il n'était demeuré en Lombardié de gens de guerre français si bien peu non, assembla grosse armée d'Allemands et s'en revint en Lombardié. Quoi entendant les Milanais, qui encore n'avaient goûté la douceur et liberté de la seigneurie et domination française, légèrement reçurent ledit Sforce. et le semblable firent aucunes cités et villes dudit duché. Dont Icsdits Vénitiens
connaissant que, si ledit Sforce avait victoire sur les Français et recouvrait le tout, il se voudrait à Taide des Allemands venger de Toutrage et mauvais tour qu'iceux Vénitiens lui avaient fait, mirent sus un nombre de gens d'armes, non pas tel qu'il fût puissant pour chasser ledit Sforce, ce qu'ils- eussent bien pu faire, s'ils se fussent voulu joindre avec l'armée des Français, qui revenait lors de Forly et de la Romagne, mais tant seulement pour retarder la victoire dudit Sforce. Espérant que les deux parties tellement s'affaibliraient en cette guerre, qu'eux étant en leur entier, aisément prendraient le tout, ainsi que dès le commencement avaient pourpensé, comme dit est. Et mémement, voyant que les cités de Lodi et de Plaisance étaient en division pour leurs partialités (car les uns tenaient pour France, les autres pour ledit Sforce), ils envoyèrent aucunes bandes de leurs gens d'armes en aide de ceux qui tenaient le parti français, à cette fin et intention, que si ledit Sforce obtenait la victoire, lesdites deux villes qui étaient à eux prochaines, leur demeureraient à l'aide de la part française, qui craindrait retourner en la puissance des Sforcesques et de leur partie contraire; et si ledit roi était victorieux, lesdites deux villes feraient témoignage qu'ils lui auraient tenu bonne loyauté.
Mais non pourtant, afin quïls ne laissassent aucune occasion d'eux toujours fortifier de leur côté contre l'état de Milan, à qui qu'il demeurât, ils brûlèrent et démolirent du tout la tour qui était à Pitzigiton, deçà la rivière d'Adde, du côté du roi, afin qu'étant ladite tour ainsi détruite, le passage de ladite rivière, et le pont qui était dessus joignant audit château, qu'ils tenaient d'autre côté de la rivière, leur demeurât franc et quitte, combien que