ADMINISTRATION^ DU DUCHÉ DE MIUN
En considérant ce fait, on doit penser qu'il serait besoin à tous peuples d'avoir un tel prince pour seigneur.
Quand notre roi a eu à besogner pour faire sa juste guerre, il n'est point allé ailleurs chercher finance qu'en ses coffres, qu'il ne lui a point ennuyé de vider. Et puisqu'il est plein de si bonnes conditions, aucun bon sujet ne devrait épargner aucune
Médaille de Jean-Jacques Trivulce, maréchal de France.
chose du sien pour subvenir à ses afTaires. Car à Paris, à Rouen, à Tours, n'y a marchand qui plus loyadement paie ses dettes qu'il fait les siens. Et pour conclusion, je veux dire qu'en lui est la vertu de libéralité autant, toutes choses considérées, qu'elle a point été en aucun autre empereur, ou roi en aucun temps. Et si se sont autant de gens sentis de ses dons et bienfaits, qu'autres aient point fait de nul autre prince. Ledit seigneur mit au sénat de Milan des plus grands clercs qui se purent trouver,
et leur enchargea de faire et administrer la justice loyalement et également, sans avoir regard à aucune faveur ni partialité. Il mit capitaines aux places, ainsi que le besoin le requérait. Et principalement au château de Milan, il laissa tout ce qui est requis pour défendre et garder une place. Aussi laissa-t-il grand nombre de gens d'armes de ses ordonnances, dedans le pays, avec les chefs tels qu'il appartenait. Et laissa ses lieutenants monseigneur de Signy, et le seigneur Jean-Jacques de Trivulce. Et, pour abréger, il pourvut à tout si bien qu'il n'y avait que redire. En la compagnie du roi durant sa conquête fut toujours le duc Philibert de Savoie, qui était, pour l'heure, l'un des plus beaux princes, voire gentilshommes qu'on eût su voir en cent provinces.
Le roi étant en une place près de Milan ouït nouvelles que la reine était accouchée d'une belle fille, qui ne lui fut pas petite joie, mais très grande, ainsi que purent savoir ceux qui sont mariés, qui aiment leur patrie. Et c'est un bon espoir d'avoir des fils depuis qu'on a eu des filles.