‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 230 sur 329 · Lac de Garde · texte numérisé non relu

Lac de Garde

foins en Italie, un mardi matin, lesdits capitaines, messire André Gritti et Luca Malvecchio s'étaient venus embusquer à un jet d'arc de ladite ville, dont les alentours sont plantés d'arbres, tellement qu'on ne saurait voir guère loin, avec quatre cents hommes d'armes et deux mille hommes de pied. Or, en cette ville de Padoue, chaque jour se recueillait ordinairement force foins, et en ces quartiers-là ils font les charretées grandes, de sorte que, pour passer en une porte, elles y entrent quasi à force. Le jour de leur embûche, dès le point du jour, ces charrettes commençaient à entrer dans ladite ville ; quand quatre eurent passé, après la cinquième venaient six hommes d'armes vénitiens, et derrière chacun de leurs chevaux un homme de pied, armé d'une arquebuse toute chargée ; et parmi eux ils avaient un trompette, pour sonner incontinent qu'ils auraient gagné la porte, afin que la grosse force qui était en embuscade vint. Le peu de lansquenets qui étaient dans la ville faisaient fort bon guet, et ne tenaient que deux portes ouvertes, où pour le moins il y avait toujours à chacune trente hommes de garde.

U y avait un gentilhomme de la ville, nommé messire Géraldo Magurin, qui était averti par la Seigneurie de cette entreprise, et avait en charge que, quand il verrait TafFaire commencée, il se devait mettre en armes et tous ceux qui tenaient leur parti. Cette cinquième charrette vint à passer, laquelle entrée, ces six hommes d'armes qui suivaient commencèrent à crier : Marco! Marco! Leurs gens de pied se jetèrent à terre et déchargèrent leurs arquebuses, de sorte que chacun tua son homme. Car ils tiraient en butte. Les pauvres lansquenets, qui se virent surpris, furent bien étonnés; toutefois ils se

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