LE DUC DE NEMOURS EN ITALIE
mon âme et la conservation de mon honneur et de ma gloire en ce monde. Je croirais avoir atteint Tune et l'autre fin, si le roi des Romains ou tout autre prince chrétien ou tous ensemble voulaient faire quelque chose de contraire au bien de l'Église et que j'eusse l'occasion désirée d'aller en personne à son secours, avec l'armée que je pourrais lever, au risque de ma vie et de ma personne. C'est pourquoi je déplore les mauvaises intentions du pape à mon égard, si contraires à la raison et à la vérité. »
§ 2. — LE DUC DE NEMOUaS EN ITALIE. — PRISE DE LEGNAOO.
(Le Loyal Serviteur.)
Les Vénitiens tenaient encore cette ville nommée Legnago, où ils avaient grosse garnison; et souvent faisaient courses ceux du Véronais et eux, les uns contre les autres, et tout l'hiver demeurèrent en cette sorte.
Sur le commencement de Tannée 1510, et bientôt après Pâques, prit congé du roi de France, Louis douzième, son neveu le gentil duc de Nemours *, dont si peu qu'il ait vécu, cette histoire fera mention, car il mérite bien d'être chronique de toutes manières; lequel passa en Italie, et en sa compagnie mena le capitaine Louis d'Ars, vertueux et hardi chevalier, où, eux arrivés, furent reçus, chacun selon sa qualité, du seigneur de Chaumont, grand maître de France et gouverneur de Milan, et de tous les
1. Fils de Marie, sœur dTf roi. et de Jean de Foix, vicomte de Narbonne. Ferdinand le Catholique avait, comme on le sait, épousé en secondes noces sa sœur Germaine.
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capitaines étant en Italie, tant honnêtement que mieux ne serait possible, et surtout du bon Chevalier sans peur et sans reproche, qui tant était aimé du duc de Nemours et de son premier capitaine Loui^ d'Ars. Par le commandement du roi de France, était encore passé le seigneur de Molart avec deux mille aventuriers, et plusieurs autres capitaines.
Lors alla ledit grand maitre seigneur de Chaumont mettre le siège devant cette ville de Legnago que tenaient les Vénitiens, et, afin qu'elle ne fût aucunement secourue de gens ni de vivres, fut envoyé le seigneur d'Alègre, avec cinq cents hommes d'armes, et quatre ou cinq mille lansquenets qui étaient sous la charge de ce gentil prince de Hanau, à Vicence, qui avait encore sous lui ce capitaine Jacob qui depuis fut au roi de France.
Cette place de Legnago se fit fort battre; aussi y avait-il bonne artillerie, surtout celle du duc de Ferrare qui, entre autres, avait une longue coulevrine de vingt pieds de long, que les aventuriers nommaient le grand diable. Enfin furent la ville et le château pris, et mis à mort tout ce qui était dedans ou la plupart. En cette prise, le seigneur de Molart et ses aventuriers se portèrent fort bien et y eurent gros honneur, car ils n'eurent jamais le loisir d'attendre que la brèche fût raisonnable pour y donner l'assaut. Le seigneur de Chaumont y commit, pour la garder, le capitaine La Cropte avec cent hommes d'armes dont il avait la charge sous le marquis de Montferrat, et mille hommes de pied sous deux capitaines, l'un nommé L'Hérisson, et l'autre Giacomo Corso, Napolitain. ^
Durant ce siège de Legnago, le seigneur de Chaumont eut nouvelles de la mort de son oncle le légat d'Amboise; où il fit une grosse et lourde perte, car