RETOUR OFFENSIF DE LUDOVIC LE MORE
Or faut-il revenir à parler du seigneur Ludovic, qui, comme dit est dessus, par prouesses et armes vertueuses, et à bon droit, avait été chassé de la seigneurie principale de Lombardie, s'était retiré en Allemagne avec ses enfants devers Maximilien
d* Autriche, roi des Romains, qui, pour le temps, était le prince chrétien qui avait plus de déplaisir et d*ennui du profit, honneur et avantage du roi, et de son pouvoir donna confort, faveur et aide à ce que les choses tournassent à autre fin. Ledit Ludovic avait emporté quant et lui force ducats, qui est une très bonne provision. Car qui en a largement a des chevaux, et de ceux qui les guident et conduisent, et autres choses nécessaires à faire la guerre à son commandement, et il avait été en lui aisé pour en recouvrer assez. Son esprit était travaillé de diverses fantaisies, et avait un regret merveilleux d'avoir été débouté d'un tel état, et de ce qu'on lui avait ôté un morceau si friand, et de si bonne digestion, et dont, en le possédant, il avait eu tant d'honneur et de gloire. D fît tant par argent qu'il assembla sept ou huit mille lansquenets, et autant de Suisses, avec quatre ou cinq cents hommes d'armes bourguignons, et bien cinq ou six cents hommes d'armes italiens et assez largement d'artillerie. Et avec toute cette armée il marcha pour recouvrer ce qu'il avait perdu. Et passa son armée par le lac de Côme. Et faut penser qu'il avait beaucoup et largement d'intelligences, ainsi qu'il y parut. Car ceux du pays qui étaient nouvellement réduits, incontinent qu'ils surent sa venue, se révoltèrent, tous ceux de Milan et autres.