‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 27 sur 329 · SOULÈVEMENT DE MILAN CONTRE LES FRANÇAIS · texte numérisé non relu

SOULÈVEMENT DE MILAN CONTRE LES FRANÇAIS

(Jean d'Auton.)

Tout le duché de Milan était couvertement contre les Français conjuré, et les Lombards, enflés de poison, comme vipères, pour plus cautement vomir le venin de leur mortelle trahison, aucuns des potestats et sei-

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^'neurs de la ville de Milan, avec le frère du trésorier du seigneur Ludovic, lequel durant la première conquête de Milan avait, au pourchas des emprunts, par ceux de la ville été tué, feignant iceux Lombards ne vouloir obéir au seigneur Jean-Jacques, comme non suffisant au gouvernement î)olitique, brigues hai^ neuses et vulgaires murmures contre lui insultèrent, et sous le tapis de cette division, peu à peu toutes leurs maisons cèlement garnirent de gens armés, et tant couvertement firent leur menée, qu'au savoir des Français fut la chose inconnue. Mais tant alla le fait en avant, que le jour de la conversion Saint- Paul, au seigneur Jean- Jacques, étant en la maison de la ville, près le Dôme, donnèrent un alarme tumultueux, et cuidaient les Français que le débat survînt à cause de division civile ; mais bien autrement allait de la chose ; car les traîtres avaient secrète intelligence et promesse jurée au seigneur Ludovic de mettre, le jour de la Purification Notre- Dame, tous les Français qui étaient en Lombardie à sacquement; et voyant les conjurés le terme de leur emprise approcher, le duché de Milan désarmé de Français, et le seigneur Ludovic avec toute force marcher avant, cuidant le pouvoir de France faible pour à lui résister, de plus se renforcèrent; et le seigneur Jean-Jacques d'autre part ; tellement qu'après ces efforts, les Français logés dedans la ville se doutèrent, et pour obvier à tous dangers, trois jours ensuivant, eurent le harnais sur le dos; et voyant les Milanais la ville mal accompagnée de Français, et le comte de Ligny avec ses gens à Côme, pour autres affaires assez embesogné, le jour de la fête Notre- Dame de Chandeleur, donnèrent l'assaut au seigneur Jean-Jacques, lequel eut bon besoin de soi bien défendre et du secours qui lui fut proche : car,

durant le débat, un gentilhomme nommé Coursinge, lieutenant du duc de Savoie, survint avec soixante chevaux, et tout le long de la grande rue et le travers de la place du Dôme, qui toutes pleines étaient de Lombards en armes, passa, et jusqu'au travers de la place des Milanais, la lance sur la cuisse, fut jusque devant la porte de la maison de ville; et au dedans était le seigneur Jean-Jacques, armé de toutes pièces, lequel de sa part, à tour de bras, défendait l'entrée. Mais contre tant de peuple n'eût longuement soutenu l'escarmouche; et si le capitaine Coursinge ne l'eût reçu, sa vie était en dangereux hasard; car de haine mortelle l'assaillaient iceux Lombards. Toutefois telle aide lui donna ledit Coursinge, que voulussent ou non Milanais, du danger de leurs mains furieuses en la sûreté du château l'en emmena, voire en telle heure que bien lui fut de saison ; car premier qu'ils entrassent en la place, commotion de commune eut par toute la cité contre les Français, et n'y eut ni grand, ni petit, qui parler sût, qui à haute voix ne criât : Mort! morti Plus de trois heures durèrent leurs cris et huées ; et avec ce, plus de cent mille hommes armés se mirent en place. Sur l'heure de midi était quand le tumulte commença, et dura jusque grosses pierres d'artillerie leur fussent transmises du château ; ce que firent le seigneur de l'Espy et messire Codebeccare, capitaines de la place ; car, oyant ce bruit, firent à coup mettre hors huit des plus grosses pièces d'artillerie qui fussent au dedans, et décharger coups au travers des maisons et des rues, tant horribles, qu'on eût dit que toute la cité devait profonder aux abîmes. Somme, la batterie et tonnerre de l'artillerie dura dès une heure après midi jusqu'au soir, et fît sur la ville tel échec, que plus de trente fortes maisons et

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