‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 281 sur 329 · LE DUC DE NEMOURS ASSEMBLE SON CONSEIL · texte numérisé non relu

LE DUC DE NEMOURS ASSEMBLE SON CONSEIL

ses affaires, après qu'il fut monté au château, assembla tous ses capitaines pour savoir ce qu'il y avait à faire; car dans la ville il y avait gros nombre de gens, comme huit mille hommes de guerre, et douze ou quatorze mille vilains du pays qui s'étaient avec eux assemblés, et certes la ville était forte à merveille. Un avantage était qu'on descendait du château en la citadelle sans trouver de fossé qui donnât guère empêchement; mais ils avaient fait un bon rempart. Or, en toute l'armée du roi de France il n'y avait point alors plus de douze mille combattants; car une grosse partie était demeurée.à Bologne. Toutefois, au petit nombre qui y était il n'y avait rien à dire, car c'était toute fleur de chevalerie, et je crois que depuis cent ans n'avait été vue, pour le nombre, plus gaillarde compagnie, et surtout avec le bon vouloir que chacun avait de servir son bon maître le roi de France. Ce gentil duc de Nemours avait tant gagné le cœur des gentilshommes et des aventuriers qu'ils fussent tous morts pour lui. *

Eux assemblés au conseil, ledit seigneur à tous les capitaines demanda leur avis, que chacun dit au mieux qu'il sut, et, pour conclusion, il fut ordonné qu'on donnerait l'assaut, sur les huit ou nei^f heures, le lendemain matin. Et telle fut l'ordonnance :. c'est que le seigneur de Molart, avec ses gens de pied, conduirait la première pointe; mais devant lui irait le capitaine Herrigay avec ses gens escarmoucher. Après, en une troupe, marcheraient ce capitaine Jacob, que l'empereur Maximilien avait devant Padoue en la bande du prince de Hanau (mais par moyens il fut gagné au service du roi de France, et il avait deux mille lansquenets), les capitaines Bonnet, Maugiron, le bâtard de Clèves et autres, jusques au nombre de sept mille hommes; et le duc de Nemours, les gen-

tilshommes que conduisait le grand sénéchal de Normandie, avec la plus grosse force de la gendarmerie à pied, marcheraient à leur côté, Tarmet en tête et la cuirasse sur le dos; et monseigneur d'Alègre serait à cheval* à la porte Saint- Jean, qui était la seule porte que les ennemis tenaient ouverte, car ils avaient muré les autres, avec trois cents hommes d'armes, pour garder que nul ne sortît. Le vertueux capitaine seigneur de la Palisse ne fut point à Tassaut; car, le soir de devant, il avait été blessé à la tête, d'un éclat, par un coup de canon qu'on avait tiré de la ville au château.

Cette ordonnance faite, chacun la trouva bonne, excepté le bon Chevalier, qui dit, après que le duc de Nemours, selon son rang, eut parlé à lui : « Monseigneur, sauve votre révérence, et vous, messeigneurs, il me semble qu'il faut faire une chose dont nous ne parlons point ». Il lui fut demandé par ledit seigneur de Nemours ce que c'était. « C'est, dit-il, que* vous envoyiez monseigneur de Molart faire la première pointe; de lui je suis plus qu'assuré qu'il ne reculera pas, ni beaucoup de gens de bien qu'il a avec lui ; mais si les ennemis ont avec eux des gens d'étofTe et connaissant bien la guerre, comme je crois-que oui, sachez qu'ils les mettront à la pointe, et pareillement leurs arquebusiers. Or, en telles affaires, s'il est possible, il ne faut jamais reculer; et si d'aventure ils repoussaient lesdits gens de pied, et que ceux-ci ne fussent soutenus de gendarmerie, il pourrait y avoir gros désordre. Par quoi je suis d'avis que, avec mondit seigneur de Molart, on mette cent ou cent cinquante hommes d'armes, qui seront pour beaucoup mieux soutenir le faix que les gens de pied qui ne sont pas ainsi armés. » Lors dit le duc de Nemours : « Vous dites vrai, monseigneur de

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