BRESCIA EST SOMMEE DE SE RENDRE
Bayard; mais qui est le capitaine qui se voudra mettre à la merci de leurs arquebuses? — Ce sera moi, s'il vous plaît, monseigneur, répondit le bon Chevalier; et croyez que la compaguie dont j'ai la charge fera aujourd'hui de l'honneur au roi et à vous et tel service que vous vous en apercevrez. » Quand il eut parlé, il n'y eut capitaine qui ne regardât son voisin; car sans faute le fait était très dangereux; toutefois, il demanda la charge et elle lui demeura.
Quand tout fut conclu, encore dit le duc de Nemours : « Messeigneurs, il faut que selon Dieu nous regardions à une chose : vous voyez bien que, si cette ville se prend d'assaut, elle sera ruinée et pillée, et tous ceux de dedans morts, ce qui serait une grosse pitié. Il faut encore savoir d'eux, avant qu'ils en essayent la fortune, s'ils se voudraient point rendre. » Cela fut trouvé bon, et le matin y fut envoyé un des trompettes, qui sonna dès qu'il partit du château et marcha jusques au premier rempart des ennemis, où était le provéditeur messire André Gritti et tous les capitaines. Quand le trompette fut arrivé, il demanda à entrer dans la ville ; on lui dit qu'il n'entrerait point, mais qu'il dît ce qu'il voudrait, et qu'ils étaient ceux qui avaient puissance de lui répondre. Lors, il fît son message tel que vous avez entendu ci-dessus, et que, s'ils voulaient rendre la ville, on les laisserait aller, leurs vies^ sauves; sinon, et si elle était prise d'assaut, ils pouvaient être tous assurés de mourir. Il lui fut répondu qu'il s'en pouvait bien retourner, que la ville était de la Seigneurie, qu'elle y demeurerait, et qu'au surplus ils garderaient bien que jamais Français y mît le pied. Hélas! les pauvres habitants se fussent volontiers rendus, mais ils ne furent pas les maîtres.
Le trompette revint qui fit sa réponse ; laquelle ouïe, il n'y eut autre délai sinon que le gentil duc de Nemours, qui avait déjà ses gens en bataille, commença à dire : « Or, messeigneurs, il n'y a plus qu'à bien faire et nous montrer gentils compagnons; marchons, au nom de Dieu et de monseigneur saint Denis! » Les paroles ne furent sitôt proférées que tambourins, trompettes et clairons sonnèrent l'assaut et l'alarme si impétueusement que aux couards les cheveux dressaient en la tête, et aux hardis le cœur leur croissait au ventre. Les ennemis, entendant ce bruit, détachèrent plusieurs coups d'artillerie dont, entre autres, un coup de canon vint droit donner au beau milieu de la troupe du duc de Nemours, sans tuer ni blesser personne, qui fut chose miraculeuse, en considérant comme ils marchaient serrés. Alors se mirent à marcher en avant le seigneur de Molart et le capitaine Herrigay avec ses gens, et sur leur aile, quant et quant, le gentil et bon Chevalier sans peur et sans reproche, à pied, avec toute sa compagnie qui était de gens d'élite, car la plupart de ses gens d'armes avaient en leur temps été capitaines, mais ils aimaient mieux être de sa compagnie, à la moitié moins d'avantages, que d'une autre, tant il se faisait aimer par ses vertus.
Ils approchèrent près du premier rempart, derrière lequel étaient les ennemis, qui commencèrent à tirer leur artillerie et leurs arquebuses dru comme mouches. 11 avait un peu pluiné; le château était en montagne, et pour descendre en la ville on glissait un peu; mais le duc de Nemours, en montrant qu'il ne voulait pas demeurer des derniers, ôta ses souliers et se mit en escarpins de chausses. A son exemple firent plusieurs autres; car, à vrai dire, ils s'en soutenaient mieux. Le bon Chevalier et le sei-