CONDUITE CHEVALERESQUE DE BAYARD
parler, elle fut tout assurée. Après il la pria qu'elle enseignât quelque bon chirurgien qui pût hâtivement le venir panser; ce qu'elle fit et l'alla quérir elle-même avec un des archers, car ce n'était qu'à deux maisons de la sienne. Lui arrivé visita la plaie du bon Chevalier qui était grande et profonde; toutefois il l'assura qu'il n'y avait nul danger de mort. Au second appareil, le vint voir le chirurgien du duc de Nemours, appelé maître Claude, qui depuis le pansa et en fit très bien son devoir, de sorte qu'en moins d'un mois il fut prêt à monter à cheval.
Le bon Chevalier, pansé, demanda à son hôtesse où était son mari. La pauvre dame, toute éplorée, lui dit : « Sur ma foi, monseigneur, je ne sais s'il est mort ou vif; bien me douté-je, s'il est en vie, qu'il sera dedans un monastère où il a grosse connaissance. — Dame, dit le bon Chevalier, faitesle chercher, et je l'enverrai quérir, en sorte qu'il n'aura point de mal. » Elle se fit enquérir où il était et le trouva ; puis il fut envoyé quérir par le maître d'hôtel du bon Chevalier et par deux archers qui l'amenèrent sûrement, et, à son arrivée, il eut de son hôte le bon Chevalier joyeux accueil, lequel lui dit qu'il ne se donnât point de mélancolie et qu'il n'avait logé que de ses amis.
§ 8. — LE DUC DE NEMOURS A BRËSCIA. — IL REÇOIT l'QRDRE d'aller LIVRER BATAILLE AUX ESPAGNOLS.
Après la belle et glorieuse prise de Brescia par les Français, et que la fureur fut passée, se logea le victorieux duc de Nemours, qui n'était pas l'effigie de Mars, mais lui-même; et, avant de boire ni manger, il assembla son conseil où furent tous
les capitaines, afin d'ordonner ce qu'il était nécessaire de faire. D'abord il envoya chasser toutes sortes de gens de guerre qui étaient dans les couvents et églises, et fit retourner les dames en leurs logis avec leurs maris, s'ils n'étaient pas prisonniers, et peu à peu les rassura. Il convint de hâter d'évacuer les corps morts de la ville, par peur de l'infection, où on fut trois jours entiers, sans autre chose faire, et on en trouva vingt-deux mille et plus. Il donna les offices qui étaient vacants à gens qu'il pensait les bien savoir faire. Le procès du comte Louis Avogador fut fait, lequel avait été cause de la trahison pour reprendre Brescia; il eut la tête tranchée et son corps fut mis après en quati'e quartiers, avec deux autres de sa faction, dont l'un s'appelait Tomaso del Duque, et l'autre Geronimo di Ripa. Ce gentil duc de Nemours fut sept ou huit jours à Brescia, où, une fois le jour pour le moins, il allait visiter le bon Chevalier, lequel il réconfortait le mieux qu'il pouvait, et souvent lui disait :
« Hé! monseigneur de Bayard, mon ami, pensez de vous guérir, car je sais bien qu'il faudra que nous donnions une bataille aux Espagnols entre ci et un mois, et, si ainsi était, j'aimerais mieux avoir perdu tout mon bien vaillant que de ne vous y avoir . pas, tant j'ai grande confiance en vous. » Le bon Chevaher répondit : w Croyez, monseigneur, que, s'il est ainsi qu'il y ait bataille, tant pour le service du roi mon maître que pour l'amour de vous, et pour mon honneur qui va devant, je m'y ferais plutôt porter en litière que de n'y pas être ». Le duc de Nemours lui fit force présents, selon sa puissance, et un jour lui envoya cinq cents écus, lesquels il donna aux deux archers qui étaient demeurés avec lui, quand il fat blessé.