LES ARMÉES ESPAGNOLE ET FRANÇAISE EN PRÉSENCE
Ce duc de Nemours avait si grand amour au roi son oncle qu'en toutes choses il se voulait garder de le courroucer, et de plus il savait certainement que ces lettres ne lui venaient point sans grande raison. Il se mit en totale délibération d'accomplir volon-
1. Le terme de Lombardie doit être entendu de ce qui formait l'ancien royaume des LombardSj puisque les Espagnols se trouvaient alors dans la RomagnCj entre Bologne et Ravenne.
tairement le commandement qui lui élait fait en Vue de mettre fin à la guerre. Il assembla tous ses capitaines, gens de cheval et de pied, et à belles petites journées marcha droit à Bologne, où dans les environs arriva en son camp le duc de Ferrarc, auquel il bailla son avant-garde à conduire avec le seigneur de la Palisse, et tant il alla qu'il trouva Tarmée du roi d'Espagne et du pape à quinze milles de Bologne, en un lieu dit Castel San Pietro. C'était une des belles armées et des mieux équipées, pour le nombre qu'ils étaient, qu'on eût jamais vues. Don Ramon de Cardone, vice-roi de Naples, en était le chef et avait en sa compagnie douze ou quatorze cents hommes d'armes, dont huit cents étaient bardés, ce n'était qu'or et azur, et les mieux montés de coursiers et chevaux d'Espagne que gens de guerre qu'on eût su voir; en outre, il y avait deux ans qu'ils ne faisaient qu'aller et venir parmi cette Romagiie qui est un bon et gras pays, et où ils avaient leurs vivres à souhait. Il y avait douze mille hommes de pied seulement, deux mille Italiens, sous la charge d'un capitaine Ramasse, et dix mille Espagnols, Biscayens et Navarrais, que conduisait le comte Pedro ISavarro, qui de toute la troupe des gens de pied était capitaine général : il avait autrefois mené ses gens en Barbarie, contre les Maures, et avec eux avait gagné deux ou trois batailles. Bref, c'étaient tous gens aguerris, et qui savaient les armes à merveille.
Quand le gentil duc de Nemours les eut approchés, les Espagnols commencèrent à se retirer le long de la montagne, et les Français tenaient la plaine, lis furent bien trois semaines ou un mois qu'ils étaient à six ou sept milles les uns des autres, mais les Espagnols se logeaient toujours bien, en lieu fort.