‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 288 sur 329 · LEÇ FRANÇAIS ET LES ESPAGNOLS EN PRÉSENCE · texte numérisé non relu

LEÇ FRANÇAIS ET LES ESPAGNOLS EN PRÉSENCE

Ci souvent ils escarmouchaient ensemble de façon que des prisonniers se prenaient d'un côté et d'autre, quasi tous les jours. Tant y a que tous les prisonniers français rapportaient que c'était une merveille de voir l'armée des Espagnols. Toutefois le gentil duc de Nemours et tous ses capitaines et gens de guerre ne désiraient autre chose que de les combattre, pourvu qu'on les trouvât en lieu où on pût marcher; mais ils avaient cette finesse qu'ils se tenaient toujours en lieu fort, et encore les y allal-on quérir le jour de la bataille de Ravenne, comme vous entendrez.

Mais d'abord je dirai comment le bon Chevalier sans peur et sans reproche partit de Brescia, pour s*en aller après le duc de Nemours, et de la grande courtoisie qu'il fit à son hôtesse.

§ 10» — DÉPART DE BRESCIA DU CHEVALIER SANS PEUK ET SANS REPROCHE. — SES GRACIEUX ADIEUX A SES HÔTES.

Environ un mois ou cinq semaines fut malade le bon Chevalier sans peur et sans reproche, de sa plaie, en la ville de Brescia, sans partir du lit, dont il s'ennuyait bien; car chaque jour il avait des nouvelles du camp des Français, comment ils approchaient des Espagnols, et l'on espérait de jour en jour la bataille qui, à son grand- regret, eût été donnée sans lui. Il voulut se lever un jour et marcha parmi la chambre, pour savoir s'il se pourrait soutenir : il se trouva un peu faible, mais le grand cœur qu'il avait ne lui donnait pas le loisir d'y songer. 11 envoya quérir le chirurgien qui le pansait alors et lui dit : « Mon ami, je vous prie, dites-moi s'il n'y a point de danger de me mettre en chemin;

il me semble que je suis guéri ou peu s'en faut, et je vous promets ma foi que, à mon jugement, demeurer dorénavant me pourra plus nuire que bien faire ; car je me fâche merveilleusement. » Les serviteurs du bon Chevalier avaient déjà dit au chirurgien le grand désir qu'il avait d'être à la bataille et que tous les jours il ne regrettait autre chose : pourquoi, sachant cela et connaissant aussi sa complexion, il lui dit en soq langage : « Monseigneur, votre plaie n'est pas encore close : toutefois par dedans elle est toute guérie. Votre barbier vous verra panser encore cette fois, et, pourvu que tous les jours, matin et soir, il y mette une petite tente et un emplâtre dont je lui baillerai l'onguent, vous n'en serez pas plus mal; et il n'y a nul danger, car le grand mal de la plaie est au-dessus et ne touchera point à la selle de votre cheval. » Qui eût donné dix mille écus au bon Chevalier, il n'eût pas été si aise. Son chirurgien fut plus que bien récompensé. 11 se délibéra de partir dans deux jours, commandant à ses gens que, durant ce temps, ils missent en ordre tout son bagage.

La dame de son logis, qui se tenait toujours comme étant sa prisonnière, avec son mari et ses enfants, et que les biens meubles qu'elle avait étaient siens (car ainsi en avaient fait les Français aux autres maisons, comme elle savait bien), eut plusieurs imaginations. Considérant en soi-même que si son hôte voulait traiter à la rigueur elle et son mari, il en tirerait dix ou douze mille écus, car ils en avaient deux mille de rente, elle se délibéra de lui faire quelque honnête présent, pensant, comme elle l'avait connu si homme de bien et de si gentil cœur, qu'il se contenterait gracieusement. Le matin du jour que le bon Chevalier devait déloger après dîner, son

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