‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 29 sur 329 · Plus grande · texte numérisé non relu

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Milan, jà averti des approches du seigneur Ludovic, pensant le pouvoir des Français qui étaient à Gôme n'avoir durée contre les assauts d'icelle, et sachant que quelque peu de force qu'ils eussent, pour doute de mourir n'abandonneraient la ville , et aussi que bon besoin avait le surplus du duché de leur secours, trois messagers coup sur coup transmit au comte de Ligny, auquel mandait par lettre que si pour l'honneur et profit du roi se voulait employer, qu'incontinent se retirât à Milan, et qu'il en était heure. Mais pourtant ne voulut désemparer. Tantôt après vint second message, et lettres contenant que si la duché de Milan se perdait pour le roi, la défense et tenue de Côme en serait le seul moyen, vu qu'elle ne pouvait, selon son avis, à Ludovic résister et que les gens d'armes qui dedans étaient, étaient l'espoir de l'appui du faix de la guerre ; par quoi était métier de laisser la place, qui tout à temps se pouvait recouvrer, et subvenir à l'affaire du plus, qui du secours ne se pouvait passer. Toutefois ne fut cette remontrance occasion de retour au comte de Li^ny; mais dit derechef qu'il s'essaierait de garder la place, tant que vivres et soudards pourraient durer; et lui semblait bien que moult longuement pourrait attendre le siège, caria ville était pour l'heure assez fortifiée; et pensait que si à la fin, par défaut de vivres, ou force d'assauts d'ennemis était pressé, sans danger pourrait se retirer à Milan, ou ailleurs, à sûreté; vu qu'il n'avait affaire qu'à gens de pied, et aussi qu'il avait l'issue du côté de Milan tout au délivre. Ainsi eut propos délibéré de demeurer, et jusqu'à la fin défendre la place; et pour ce, mit gens d'armes et artillerie sur les murailles de tous côtés si à point, qu'aux assauts des ennemis défense mortelle avait préparée. Dernières lettres vinrent, par les-

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quelles était dit au comte de Ligny que, sur toute l'obéissance qu'il devait au roi, et toute la crainte qu'il avait de l'offenser, il se retirât à Milan, et pour cause ; ou, sinon, qu'il ferait en sorte qu'envers le roi se pourrait mal trouver; et, en laissant la place, de rien ne pouvait amoindrir le prix de son honneur; car mieux était se retirer d'heure, pour l'accroissement du commun profit, qu'à la longue tenue d'honneur singulier s'arrêter, et hasarder le tout à perdition irrécouvrable.

§ 44. — RETRAITE DU COMTE DE LiGNY SUR MILAN.

Voyant le comte de Ligny que si plus tenait la ville, et que par aventure inconvénient en advînt, par le seigneur Jean-Jacques envers le roi ne serait épargné, et aussi que mieux se pouvait trouver aux affaires du roi en liberté des champs, qu'en subjeclion de place assiégée, supposé que ce fût contre son vouloir de laisser la place ; ce néanmoins pour déloger, lit armer ses gens, et ne voulut partir de la ville que ne fussent plus de huit heures du matin, en attendant sur la place la venue du seigneur Ludovic, et son armée, pour leur vouloir au départir donner une escarmouche. Mais ono un seul de l'abbaye, où ils avaient cette nuit couché, pour l'heure ne sortit. Ainsi se mirent Français à chemin droit à Milan. Tout ce jour chevauchèrent jusqu'au soir, et par les chemins rencontrèrent plus de quatre mille Lombards en armes , criant : « Mort ! mort ! » à pleines voix. Et moult ennuyèrent les gens d'armes, car toujours étaient au derrière et aux côtés, en aguet d'atteindre quelqu'un. Mais tant en fut étendu par les chemins, que de leur sang étaient tous en-

fondus. Entre les cinq et six heures du soir, tant approchèrent la ville de Milan, qu'à rentrée du parc se trouvèrent. A leur venue fut sonnée une alarme en la ville; et tantôt furent en place plus de quatre mille Lombards, et au dedans du parc contre les Français levèrent une escarmouche. Voyant le comte de Ligny, qui encore ne savait de la rébellion, que sur ces Milanais fallait charger, leur envoya audevant deux faucons, qui les chassèrent sitôt, qu'ils n'eurent ailleurs à penser qu'à trouver leurs maisons pour le plus sûr. Après qu'ils eurent vidé, le comte de Ligny entra avec ses gens dedans le château, auquel fallut pour cette nuit loger gens et chevaux : car la ville était pour l'heure empêchée, voire tant, émue, que dès le soir jusqu'au matin, les Milanais ne cessèrent de branler beflfrois et crier alarmes. Cette nuit-là se mirent en armes plus de deux cent mille hommes, car toutes les rues et places de la ville étaient tant pleines de gens armés, que terre sous eux n'apparaissait. C'était bien merveille de voir l'émotion civile; car elle était tant impétueuse qu'onc depuis le temps de Marius et de Lucius Sylla, Romains, n'en fut vue de pareille.

§ 15. — ÉVACUATION DE MILAN. — LA RETHAfTE SUR NOVARE.

A tous efforts se réveillait guerre mortelle en Lombardie et à ruineux effet préparait haineuse discorde; mais contre ce, que pouvaient les Français? A certes tout bien aviser, peu de chose ; mais pourtant ne furent cœurs virils efféminés : ains avisèrent cette nuit qu'au meilleur remède fallait avoir recours, et si à point mirent l'affaire en conseil qu'à l'essai de nécessité urgente fut mis en œuvre le pouvoir de

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vertueux courage; et connaissant le comte de Ligny, qui à la peine de son honneur avait le faix de la guerre à soutenir, la rébellion de toute la Lombardie contre lui, l'insurrection du peuple de Milan en vue, Ja venue de l'armée du seigneur Ludovic prochaine, le secours de France lointain, soi mal accompagné de soudards, et le château de Milan, pour longuement soutenir tous les gens d'armes qui étaient dedans, mal avi taillé, fut d'avis, avec quelque nombre de gens, de prendre les champs, doutant que par siège ne fût illec arrêté. Au reste, voyant aussi que la place, à plus peu de garde, pour longtemps contre la puissance du seigneur Ludovic, se pouvait défendre, et que toutes les autres places tenant pour le roi étaient bien en voie d'avoir tôt besoin de bon secours; et tout ce rais en avant, chacun connut que c'était le moyen dont mieux se pourraient trouver. Le troisième jour de février, sur les cinq heures du matin, sortirent de la place le comte de Ligny, le seigneur Jean-Jacques, le seigneur d'Auzon et le capitaine Coursinge, avec trois cents hommes d'armes et deux cents Suisses. Pour la garde du château demeurèrent cinq cents soudards, sous la charge du seigneur de FEspy et de messire Codebecarre, capitaines de la place, avec force d'artillerie et vivres , pour bien longtemps; et avec eux demeurèrent le cardinal de Côme, l'évêque de Luçon, chancelier de Milan ; l'évêque de Novare, un ambassadeur de Venise, lequel mourait de peur; messire Claude d'Ais et messire Geoffroy Caries, docteurs; la comtesse de Misoc, femme du seigneur Jean-Jacques, et une sienne fille. Après que tout fut mis en ordonnée police, au partir pria le comte de Ligny les capitaines de la place, qu'à la garde d'icelle eussent le profit du roi et leur honneur pour recommandés ; et

que de danger n'eussent doute, car leur secours était en voie, qui assez d'heure leur viendrait à besoin. Et ce dit, aux champs se mirent les Français; et à l'entrée du parc tinrent ordre de bataille, les piétons devant, marchant le droit chemin de Novare. Au déloger, alarmes de toutes parts parmi la ville furent criées, et les Lombards, à tourbes et à tas sur pied. Toujours marchaient les gens d'armes français en si bon ordre, que, par défaut de ce, rien n'allait en arrière. Aussi n'était pour l'heure le desroi de saison, ni l'écart profitable; car la nuit de devant, les gens du pays avaient fait tranchées et fossés par les chemins et les sentiers, abattu ponts et planches, grands arbres entraversé en la voie, et sur les passages feit tant d'autres empêchements, que moult fut difficile la passée. Toutefois chacun comme il put se mit outre. Sur queue étaient toujours mille ou douze cents Lombards, avec grandes piques et partizanes, en leur effort de trouver quelqu'un à l'écart; mais, après tous leurs détours, la plupart de la perte fut pour eux ; car si à profit, à chef de fois furent par les Français rechargés, que plus de cent y demeurèrent. Moult eurent ce jour les Français à besogner, car onc ne mirent pied à terre ; et leur fut la repue si tarde, que à ventre vide passèrent le jour jusqu'à cinq heures du soir ; et ne fut sans avoir maints ennuyeux alarmes, car entre Milan et Novare fallait passer par six ou sept bourgades, nommées Saint-Pierre d'Oulme, Pedriane, Magente, Gorbete, Cast, Gastan, l'abbaye de Brena, et le port de Gaia sur le Tésin, lesquelles n'étaient fermées, mais de barrières, taudis, remparts et fossés fortifiées si à point qu'à gent désarmée de vertueux courage, devaient iceux passages sembler inaccessibles. Mais nécessité qui aussi les faibles renforce, mit là son pouvoir en avant,

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