LA RETRAITE SUR NOVARE
tellement que, pour l'empêche des chemins, ni Tembûche des Lombards qui sans nombre étaient illec en armes, ne demeura que Français ne tirassent outre, mais non sans avoir escarmouches et alarmes. Toutefois les Lombards y eurent si peu d'avantage, que leurs villes furent prises, et aucunes d'icelles données au feu ; et mêmement Corbète et Gastan, qui à tous défens le passage empêchaient. Dedans Corbète fut trouvé un Français prisonnier, nommé Simon Noyer, clerc d'un des trésoriers des guerres, nommé Geoffroy de la Groix; et se sauva icelui clerc par une fenêtre, à la venue des Français, lesquels firent là courir la flamme, qui tantôt fut si grande que tout fut épris. Les Français, voyant que le déluge ne pardonnait à nul sexe, et que les femmes et petits enfants jà sentaient Tarsure, par fenêtres les firent descendre, et mirent à sauveté. Toutefois les maisons furent brûlées, et tant de sang effus, que par les rues et chemins, montjoies de morts servaient de brisées à ceux qui les Français eussent voulu suivre. Tout ce jour autre métier ne firent les gens d'armes français, jusque sur le soir, qu'il fut droite heure de loger, et question de repaître. Dedans une petite ville, nommée Gaia, étant à trois milles près de Novare, fallait aux Français prendre logis, laquelle pour l'heure ne dit mot. Mais pour ce, ne fut l'armée tant assurée, que gens d'armes toute nuit n'eussent l'œil au guet; supposé que besoin extrême eussent de repos. Après la repue, que chacun était en garde, sur l'heure de minuit, fut crié par laville ; « More ! More ! » dont gens d'armes se tinrent serrés, sans faire bruit, et défendit le comte de Ligny que, pour faire occision ou rupture, nul ne fût en désarroi, doutant que renfort de Lombards ne fût illec survenu ; toutefois, si par les rues
nuls épars ou écartés se trouvaient, ce n'était seulement qu'à la peine de leur vie.
§ i6. — PRISE DE NOVARE PAR L'aRMÉE DE LUDOVIC LE MORE.
Monseigneur de Ligny et le seigneur Jean-Jacques de Trivulce, qui pour le temps étaient lieutenants du roi au pays , voyant la disposition des choses, à quoi ils ne pouvaient bonnement pourvoir, avisèrent comme sage de se retirer, avec tous les gens d'armes qu'ils avaient, à Mortare et à Novare. Car ils pensaient bien qu'incontinent que le roi serait averti de l'affaire, il ne mettrait guère à les secourir. Et ces deux villes-là étaient les plus prochaines et sortables pour attendre secours. Ils mirent dedans Novare quatre cents hommes d'armes en la ville, et quarante ou cinquante au château, et le demeurant se tint à Mortare. L'armée du seigneur. Ludovic, dont messire Galéas de Saint-Séverin était un des principaux conduiseurs, marcha en avant, et tout partout où ils passaient on leur faisait obéissance, excepté au château de Milan. Ils vinrent mettre le siège devant Novare, et à l'arrivée y eut des escarmouches bonnes et grandes, et y eut plusieurs belles armes faites, et maintes fois depuis durant le siège, lequel fut tant continué, que par force de batterie que l'artillerie avait faite, ceux de dedans furent contraints de parlementer. Et toutefois le traité se fit à leur honneur et profit. Car ils s'en allèrent leurs bagues sauves, et tous la lance sur la cuisse, droit à Mortare, et si demeura le château français.