COURTOISIE DE LUDOVIC ENVERS BAYARD PRISONNIER
parce qu'il désirait, sur toutes choses, les armes, et imaginait bien qu'il ne pouvait tarder guère que le seigneur Ludovic, qui était allé chercher secours en Allemagne, ne retournât avec des forces, et par ce moyen il y aurait à combattre ; car, à la première
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Portrait de Bayard à cheval, d'après une gravure de 1527.
conquête de la duché, il ne s'était pas fait grandes armes. Il était en garnison à vingt milles de Milan, avec d'autres jeunes gentilshommes qui faisaient chaque jour courses, les uns sur les autres, belles à merveille. Un jour, ledit bon Chevalier fut averti que dans Binasco il y avait trois cents chevaux qui seraient bien aises à défaire, et il pria des compagnons que leur plaisir fiit de lui tenir compagnie à les
aller visiter. Il était tant aimé de tous que facilement lui fut accordée sa requête. Ils s'apprêtèrent de bon matin et s'en allèrent, jusqu'au nombre de quarante ou cinquante hommes d'armes, pour essayer s'ils feraient quelque bonne chose. Le capitaine qui était dans Binasco était très gentil chevalier, sage el avisé à la guerre, et s'appelait messire Jean Bernardin Gazache. Il avait de bons espions, par lesquels il entendit comment les Français chevauchaient pour le venir trouver. Il ne voulut pas attendre d'être pris au nid. Il se mit de sa part en ordre, et se tira hors des barrières, à la portée de deux ou trois jets d'arc. Bientôt il avisa ses ennemis, qui lui donnèrent grande joie, car selon son jugement, au petit nombre qu'ils étaient, il pensait qu'ils ne lui feraient point de déshonneur. Ils commencèrent à approcher les uns contre les autres, criant : « France ! France ! More ! More ! » et à l'aborder il y eut grosse et périlleuse charge; car de tous les deux côtés, il en fut porté par terre qui remontèrent à grand'peine. Qui eût vu le bon Chevalier faire faits d'armes, entamer têtes, couper bras et jambes, l'eût plutôt pris pour lion furieux que pour damoisel amoureux. Bref ce combat dura une heure qu'on n'eût su dire qui avait du meilleur, ce qui fâchait fort ledit bon Chevalier, lequel parla à ses compagnons, disant : « Hé! messeigneurs, est-ce que tout aujourd'hui nous tiendrons ce petit nombre de gens? Si ceux qui sont dans xMilan en étaient avertis, jamais nul de nous ne se sauverait. Sus, prenons courage, je vous supplie, et poussons ceci par terre. » Aux paroles. du bon Chevalier s'évertuèrent ses compagnons , et en criant tous d'une voix : « France ! France ! » livrèrent un âpre et merveilleux assaut aux Lombards, lesquels commencèrent à perdre place et à se reculer tou-