ARRIVEE DU SIRE DE LA TREMOUILLË
§ n. — SECOURS ENVOYÉS PAR LOUIS XII SOUS LE COMMANDEMENT DU SIRE DE LA TRÉMOUILLE.
Le roi était à Loches quand les nouvelles lui vinrent de ce changement, qui, comme prince sage et vertueux, n'en fit pas grand compte, mais délibéra d'y pourvoir le plus diligemment qu'il pourrait. Car en tel cas la diligence passe le sens et toutes autres choses, parce que c'est le principal savoir que de diligemment pourvoir aux inconvénients qui adviennent. Ledit seigneur envoya incontinent monseigneur de la Trémouille, avec six ou sept cents hommes d'armes, et pareillement fut envoyé le baillif de Dijon en Suisse, lequel en amena dix mille. Et fut cette armée plus tôt prête que le seigneur Ludovic et ceux de sa compagnie ne l'eussent pensé. Car ceux qui en eurent la charge s'y acquittèrent loyalement, et mêmement ledit seigneur de la. Trémouille, qui est un très gentil chevalier et hardi, heureux en armes, et plein de bonne conduite, et qui ne craint point sa [}eine, pour faire service à son maître. Il passa les monts à grande diligence avec les gens d'armes qu'il menait, et trouva les Suisses que le baiUif de Dijon avait amenés. Et quand tout cela fut ensemble, c'était belle chose à voir. Et il était lieutenant du roi de toute cette compagnie qui était partie de France, et pareillement des Suisses. Monseigneur de Ligny et le seigneur Jean-Jacques de Trivulce furent avertis de la venue de mondit seigneur de la Trémouille, lesquels, durant cette affaire qui était bien grande, s'étaient acquittés en si très gens de bien que nuls autres ne l'eussent su faire mieux, en attendant leur secours à venir. L'armée nouvellement venue marcha droit vers Novare, et s'approchèrent
à la vue les uns des autres, et y eut fait maintes saillies et rencontres d'un côté et d'autre. Car y en avait plusieurs qui désiraient de se montrer, ainsi que le métier des armes le requiert. Depuis que l'armée du roi fut assemblée, on fut environ quinze jours aux champs, et présentèrent les lieutenants du roi plusieurs fois la bataille au seigneur Ludovic et aux siens, lesquels se dissimulèrent, ne la voulant accepter. Et cependant nos Suisses se mutinèrent, disant qu'ils ne voulaient point combattre contre leurs gens. Et fut monseigneur de la Trémouille en délibération par trois ou quatre fois de leur courir sus avec les gens d'armes. Mais finalement ce différend s'accorda.
§ 18. — LE JEUNE BAYARD PRISONNIER DES ENNEMIS. COURTOISIE DE LUDOVIC LE MORE A SON ÉGARD.
(Le Loyal Serviteur, Chronique du bon Chevalier. Michaud et Poujoulat, i'o série, t. IV.)
A l'exemple de Milan, se révoltèrent plusieurs villes en la duché, entre autres celles du chemin de Gênes, comme Tortone, Voghera, et plusieurs châteaux. Quand le roi de France eut entendu le trouble de la duché, comme prince magnanime et vertueux, il dressa une grosse armée pour y envoyer, dont il fit chef le seigneur de Ligny et le seigneur Jean-Jacques, qui assemblèrent leur armée dans le pays d'Asti et commencèrent à marcher.
Or, durant que le seigneur Ludovic fut dans Milan, et peu après qu'il l'eut repris, il faut que je vous fasse un conte du bon Chevalier sans peur et sans reproche. Il était demeuré, par le congé de son maître, en Italie, quand le roi de France s'en retourna.