NÉGOCIATIONS MATRIMONIALES
Calais, et avec ledit sieur de Longueville, lequel fut mis à rançon de cinquante mille écus, dont il en gagna la plus grande part à la paulme, contre le roi d'Angleterre. Et y vint ladite dame bien accompagnée, et avec elle le duc de Suffolck, homme de petite
avec tous ses ennemis. Il se réconcilia avec le Saint-Siège, en renonçant au concile de Pise et en adhérant au concile de Latran. 11 prolongea d'un an sa trêve avec le roi Catholique; il parut disposé à accepter la proposition que lui firent ce prince et l'empereur Maximilien de marier l'archiduc Ferdinand, leur petit-fils, avec sa seconde fille, la princesse Renée, à laquelle il céderait ses droits sur le duché de Milan. Enfin il traita avec Henri VIIÏ, mécontent de son beau-père Ferdinand, qui avait conclu des trêves sans le consulter et l'avait trompé plusieurs fois. La paix fut signée entre eux au commencement d'août 1514. Louis XII céda Tournay à Henri YIII et s'engagea à lui payer par an 100 000 livres jusqu'à concurrence d'une somme de 600 000 écus.
Enfin il épousa la sœur du roi d'Angleterre : ce fut un assez merveilleux tour joué à la maison d'Autriche. Cette union avait été en effet primitivement ménagée avec le petit-fils même de l'Empereur, l'archiduc Charles, comme le prouve l'extrait suivant d'un diplomate florentin accrédité en Flandre. « Ici l'on est tout disposé à la guerre et particulièrement le roi d'Angleterre. Il n'est pas douteux, à moins de cause imprévue, qu'il passera en personne sur le continent vers le mois de mai. Il amènera avec lui sa sœur pour faire ses noces avec l'archiduc. Bien qu'il n'ait que quatorze ans et elle seize, l'une et l'autre partie veulent que le mariage soit consommé, afin de s'assurer davantage les uns des autres. Ces noces auront lieu à Tournay et dans cette ville seront célébrées des fêtes triomphales. Dieu veuille que ce soit à bon escient et pour la paix et le repos de la chrétienté! Mais les apparences que l'on voit sont bien contraires, parce que Madame, qui est celle qui gouverne l'archiduc, ne
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maison, mais il avait toujours été si bien aimé de son maître qu'il Tavait fait duc de Suffolck, et y était aussi le milord Cambrelan, le milord marquis et le duc de Norfolck, et leurs femmes, lesquelles tenaient compagnie h ladite dame, laquelle était
demande que la guerre contre le roi Très-Chrétien. Il est impossible de trouver dans une créature raisonnable autant d'habileté que chez cette dame, et elle ne pense qu'à maintenir et à accroître le feu allumé. Elle a la partie belle parce que le roi d'Angleterre et l'Empereur ont pleine confiance en elle et qu'elle fait d'eux ce qui lui plait. D'autre part, le Catholique désire lui complaire, à cet effet d'empêcher qu'il prenne fantaisie à l'archiduc de lui enlever le gouvernement de la Castille. • (Rafaello de Médicis à Laurent de Médicis, Bruges, !••• février 1514.) Le mariage de Marie d'Angleterre, sœur de Henri VIII, avec l'archiduc Charles d'Autriche, négocié depuis longtemps entre le cabinet de Londres et la cour de Flandre, paraissait tellement assuré que, de 1508 à 1514, Marie d'Angleterre fut toujours qualifiée princesse de Castille. Dès le mois de juillet 1509, elle avait adressé un anneau à son fiancé. (Voyez Correspond, de Maximilien, I, 169.) Voici ce que Gérard de Pleine écrivait de Londres, le 14 juin 1514, à Marguerite d'Autriche : « Madame, je vous certifie que c'est l'une des plus belles filles que l'on saurait voir et ne me semble point en avoir oncques vu une si belle. Elle a très bonne grâce et le plus beau maintien, soit en devises, en danses ou autrement, qu'est possible d'avoir. Elle n'est rien mélancolique, ains toute récréative. Je tiens que, si vous l'eussiez vue, vous ne cesseriez jamais qu'elle ne fût auprès de vous. Je vous assure qu'elle est bien nourrie ; et faut que l'on lui ait toujours parlé de Monsieur en bonne sorte, car il me semble qu'elle aime Monsieur merveilleusement; elle a un tableau où il est très mal contrefait ; il n'est jour du monde qu'elle ne le veuille voir plus de dix fois. » (L. Glay, Négociât, diplom. entre la France et V Autriche, p. cxvn.)