MARIAGK DE FRANÇOIS D*ANGOULÊME
merveilleasement bien accompagnée d'hommes el de femmes, et avaient bien deux mille chevaux ; et y avait aussi envoyé le roi d'Angleterre deux cents archers de sa garde tous à cheval, l'arc et la trousse à côté. Cela entendu par le roi de France, il envoya le sieur d'^rVàl et monsieur de la Trémouille à Calais au-devant dViie, et monsieur de Vendôme, pour la recevoir a l'entrée de son pays.
§ 3. — CÉLÉBRATION DU MARIAGE DE FRANÇOIS d'aNOOULÊME ET DE MADEMOISELLE CLAUDE (10 mai 1514).
(10 mai 1514.) Ce temps pendant que ces menées se faisaient, monsieur d'Angouléme en menait une autre; car il voulait que le mariage de lui et de madame Claude, fille aînée du roi Louis, fût achevé, laquelle chose fut accordée par bons moyens par ledit seigneur roi Louis; et en ce mariage faisant, il lui baillait le duché de Bretagne, pour en jouir pré* sentement ; mais cela ne se fit pas sans beaucoup d'affaires, car le roi, qui était un peu chatouilleux, savait bien comment il avait fait au feu roi, et craignait que ledit sieur d'Angouléme ne lui en voulût faire autant. Toutefois la chose se fit, et y fut ledit sieur d'Angouléme merveilleusement bien servi, et spécialement par monsieur de Boissi, grand maître de France, et par le trésorier Robertet, qui pour lors gouvernait tout le royaume; car depuis que monsieur le Légat d'Amboise mourut, c'était l'homme le plus approché de son maître, et qui savait, et avait beaucoup vu, tant du temps du roi Charles que du roi / Louis; et sans point de faute, c'était l'homme le / mieux entendu que je pense guère avoir vu, et du .' meilleur esprit; et tant qu'il s'est mêlé des affaires i
de France, et qu'il en a eu la totale charge, il a eu cet heur qu'il s'est toujours merveilleusement porté. Le roi avait auparavant baillé audit sieur d'Angouléme le duché de Valois, afin qu'il eût nom de duc, et, avec ce, le duché de Bretagne, ce qu'il avait de par ses père et mère ; c'était un gros prince, «t pouvait faire beaucoup de bien à ses serviteurs: Ledit sieur d'Angoulème, quand vint au jour de ses avantdites noces, envoya quérir le jeune Advantureux, qui était de sa nourriture, lui mandant qu'il s'allait marier. Laquelle chose entendue par ledit Advantureux, subit se trouva au château d'Amboise, où ledit sieur était et madame sa mère ; et incontinent partit dudit château d'Amboise, bien accompagné, et vint à Saint- Gernlain en Laye, qui est un fort beau château à cinq lieues de Paris, beau parc et belle chasse. Et lui arrivé, au bout de quatre jours après, furent faites les noces les plus riches que vis jamais, car il y avait dix mille hommes habillés aussi richement que le roi, ou que monsieur d'Angoulème qui était le marié; et, pour l'amour de la feue reine, tout le monde était en deuil; et ne fut pas changé d'homme ni de femme pour ledit mariage.
§ 4. — MARIAGE DU ROI DE FRANCE ET DE MARIE d'aNGLETERRE (OCtobrC 1514).
(Octobre 1514.) Le roi Louis douzième, étant à Saint-Germain, après les noces du sieur d'Angoulème faites, fut averti, par les postes et par le sieur de Longueville, comment le mariage de madame Marie, sœur du roi Henri d'Angleterre, et de lui était accordé, et que ledit roi était prêt pour la faire partir. Laquelle chose entendue par le roi et son
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conseil, se prépara pour aller à Abbe ville : ce qui fut fait. Et manda ledit seigneur roi à tous les princes de son royaume, pensionnaires, gentilshommes de sa maison, et ses gardes, eux trouver audit Abbeville, ce qu'ils firent. Et envoya le roi monsieur de Vendôme au-devant de ladite dame Marie ; et quand ce vint qu'elle approcha à une journée d'Abbeville, envoya encore derechef monsieur d'Alençon et autres princes devant elle, et vint coucher à trois lieues dudit Abbeville. Et le propre jour qu'elle devait arriver, le roi envoya monsieur d'Angoulême sur le chemin d'Abbeville, là où elle avait couché, bien accompagnée. Et vous assure qu'elle ne venait point en dame de petite étoffe ; car elle était bien accompagnée de gros princes et dames et gros personnages, et entre autres y étaient, pour les principaux, le railord Cambrelan, le duc de Suffolk, le milord marquis, et le duc de Norfolk, bon vieil personnage des plus estimés qui soit en Angleterre, et avait sa femme avec lui, laquelle conduisait ladite dame Marie, et grand nombre de dames et damoiselles. Et étaient avec ladite dame, comme vous ai déjà dit, deux mille chevaux anglais; et allaient merveilleusement en bon ordre, tout le bagage, pages et valets devant, et deux cents archiers à cheval, l'arc et la trousse à la ceinture, et le gant et le bracelet, tous accoutrés de la livrée du roi d'Angleterre ; et après marchaient tous les gentilshommes en bien grand nombre; et après suivaient les princes d'Angleterre et les princes de France devisant ensemble ; et puis venaient la reine Marie et monsieur d'Angoulême, qui parlait à elle, et autres princes et princesses, et toutes les dames après; et était ladite reine sur une haquenée, et la plupart des dames, et le résidu en chariots, et, outre ce, suivaient cent archers anglais
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à la queue desdites femmes. Et quand ils furent à demi-lieue d'Abbeville, le roi monta sur un grand cheval bayart, qui sautait; et avec tous les gentilshommes et pensionnaires de sa maison, et sa garde, et en moult noble état, vint recevoir sa femme et la baisa tout à cheval. Et, après ce, embrassa tous les princes d'Angleterre, et leur fît très bonne chère ; et à l'aborder, pour mieux réjouir toute la compagnie, avait plus dé cent trompettes et clairons. Et ainsi entrèrent en la ville, où toute Tartillerie était afiPûtée, laquelle tirait merveilleusement; et fut ainsi menée ladite reine jusqu'au logis du roi, qui était très beau, là où fit sa harangue le duc de Norfolk pour le roi d'Angleterre son maître, et conducteur de sa sœur. Cela fait, furent bien festoyés tous les princes, dames et damoiselles ; et soupa ladite reine ce jourlà avec le roi et logea en son logis. Et monsieur d'Angoulôme mena tous les princes d'Angleterre souper au sien, où furent merveilleusement bien festoyés; et, en soupant, appelaient lesdits princes monsieur d'Angoulême monsieur le duc, de quoi ne se sut tenir ledit sieur qu'il ne leur demandât, en disant : « Pourquoi, messieurs, m'appelez-vous monsieur le duc, vu qu'il y en a tant par le monde, et vous autres l'êtes comme moi ». A quoi lui firent réponse, et lui dirent que c'était pour ce au'il était duc de Bretagne, et que c'était le principal duché de toute la chrétienté, et qu'il se devrait nommer duc sans queue. Le souper fait, retournèrent tous au logis du roi, là où il ne fut plus question de deuil, car tout le monde l'avait laissé; et était déjà la reine en la salle, et se commencèrent les danses de toutes parts, et durèrent bien tard. Le lendemain au matin, furent les épousailles, et ne furent pas faites à l'église, mais en une belle et grande salle tendue de drap
d'or, là où tout le inonde les pouvait voir. Et étaient le roi et la reine assis; et la reine, toute déchevelée, avait un chapeau sur son chef, le plus riche de la chrétienté, et ne porta point de couronne, pour ce que la coutume est de n'en point porter, si elles ne sont couronnées et sacrées <à Saint -Denis. Et là servit monsieur d'Angoulôme d'offrande au roi d'une fort honnête sorte, comme plus prochain du sang; et madame Claude, sa femme, servit la reine d'offrande et à la messe fort honnêtement. Et sais bien que ladite dame Claude avait un merveilleusement grand regret, car il n'y avait guère que la reine sa mère était morte ; et fallut à cette heure qu'elle servit ce qu'on avait accoutumé de faire à la reine sa mère. Le roi et la reine épousés, toute l'après-dinée et sur le soir fut faite la plus grande chère du monde.
§ 5. — COURONNEMBNT DB LA REIME. — ENTRÉE A PARIS.
Les noces faites, et toutes ces bonnes chères, le roi et sa femme et tous les Anglais s'en allèrent à Saint-Denis, là où fut couronnée et sacrée ladite reine, en la présence de tous les Anglais et tous autres étrangers, et, ce temps pendant, les Français apprêtaient les choses pour faire les jouxtes à Paris *.
(Novembre 1514). Quand la reine fut couronnée à Saint-Denis, elle vint faire son entrée à Paris, qui
1. Voir dans Godefroy: Cérémonial français, Paris, Sébastien Craraoisy, 1649, in-fo. Couronnement de la reyne Marie, sœur d'Henri VU roi d^ Angleterre, et seconde femme du roi Louis Xll suimommé le Père du peuple^ à Saint- Denys Van 4 Si 4; et son entrée faite ensuite à ParnSy p. 410. (Extrait des additions aux chroniques d*Enguerrand de Monstrelet.)
fut fort belle; et la faisait merveilleusement belle à voir, car elle était belle dame, et aussi avait longtemps que les Anglais n'avaient vu de triomphes de France, par quoi ils les trouvèrent merveilleusement beaux. Et ainsi s'en alla descendre ladite dame reine au palais, et fit tant ainsi que les autres reines ont -accoutumé de faire en leurs cérémonies qui sont merveilleusement grandes. Monsieur d'Angoulême, qui était jeune homme, voulut bien montrer qu'il n'était pas mal content de ce mariage, nonobstant que, si ladite reine eût eu un fils, il lui eût merveilleusement venu mal à propos; et fut un temps qu'il en sut bien mauvais gré au sieur de Longueville, pour ce qu'il avait traité et pratiqué cedit mariage, lui étant en Angleterre prisonnier. Toutefois ledit sieur d'Angouléme, deux jours après les noces à Abbeville, prit l'Advantureux, en venant du logis du roi, et allant au sien, et lui dit : « Advantureux, je suis plus joyeux et plus aise que je fus passé vingt ans; car je suis sûr, ou on m'a bien fort menti, qu'il est impossible que le roi et la reine puissent avoir enfants, qui est fait à mon avantage. » Et avait tant fait ledit sieur, que madame Claude, sa femme, ne bougeait de la chambre de la reine, et lui avait-on baillé madame d'Aumont pour sa dame d'honneur, laquelle couchait dans sa chambre. Or, comme je vous ai déjà dit, ledit sieur d'Angouléme voulant bien donner à connaître, pour complaire au roi et aux Anglais, qu'il était bien aise dudit mariage, entreprit les jouxtes et tint le pas. Et pour mieux faire et plus honnêtement, il choisit sept capitaines de France, et lui pour le huitième; et était le premier monsieur de Vendôme, monsieur de la Palice, monsieur de Bonnivet, depuis amiral de France, le grand sénéchal de Normandie, le jeune Advantu-
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reux, le grand écuyer de France, et le duc de Sufl'olk Anglais ; et avec leurs aides, tinrent le pas à tous venants, tant Anglais que Français, fût à cheval ou à pied ; et vous assure qu'ils eurent merveilleusement à souffrir, car ils eurent dessus les bras plus de trois cents hommes d*armes. Et y furent faites de fort belles choses, de frapper et bien jouxter; et encore fut plus beau à voir les banquets et festins qui s'y firent : et serait chose trop longue à vous les conter, car il n y eut seigneur de France qui ne festoyât lesdits Anglais ; tellement qu'ils n'eurent jamais loisir, si longuement qu'ils y furent, de dîner ou souper une fois chez eux, ni à leurs logis. Quand toutes les choses eurent duré six semaines, les seigneurs et dames d'Angleterre voulurent retourner en leur pays; et après avoir eu bonne dépêche et force présents du roi, prirent congé du roi, de la reine et de monseigneur d'Angoulême; et les fit le roi conduire et défrayer jusque hors son royaume. Et demeura pour ambassadeur ordinaire le duc de Suffolk; car, ce que j'en pus connaître, il ne voulait point de mal à la sœur de son maître.
§ 6. — MOHT DE LOUIS XU
(!•' janvier 1515).
(Fleurange. — Le Loyal Serviteur.)
(Janvier 1515). Le roi partit du palais et s'en vint loger aux Tournelles de Paris, parce que le lieu est en meilleur air, et aussi ne se sentait pas fort bien, car il avait voulu faire du gentil compagnon avec sa femme ; mais s'abusait, car il n'était pas homme pour ce faire ; car de longtemps il était fort malade et spécialement des gouttes, et avait déjà cinq ou six ans qu'il en a^t cuidé mourir, car il fut aban-
IfORT DB LOUIS XII i59
donné des médecins, et vivait d'un merveilleusement grand régime, lequel il rompit quand il fut avec sa i'emme; et lui disaient bien les médecins que, s'il continuait, il en mourrait pour se jouer. Ceux de la basoche à Paris disaient que le roi d'Angleterre avait envoyé une haquenée au roi de France pour le porter bientôt et plus doucement en enfer ou en paradis. Toutefois, lui étant bien malade, envoya quérir monsieur d'Ângouléme, et lui dit qu'il se trouvait fort mal, et jamais n'en échapperait; de laquelle chose ledit sieur le réconfortait à son pouvoir, et qu'il faisait ce qu'il pouvait, et fit ledit seigneur roi à sa mort tout plein de mines ; nonobstant, quand il se fut bien défendu contre la mort, il mourut par un premier jour de l'an, sur lequel jour fit le plus horril^e temps que jamais on vit; et vous jure ma foi que ce fut dommage de sa mort, et qu'il n'était sain; car c'était un gentil prince, lequel avait fait beaucoup de belles choses en son temps, et la plupart y était en personne, dont en seront les chroniques merveilleusement belles. Lui mort, monsieur d'Angouléme se vêtit de deuil, comme le plus prochain de la couronne, et s'en vint au Palais, et incontinent fit avertir en diligence tous les princes et dames du royaume, et spécialement madame sa mère; et sans point de faute, ce lui fut une belle étrenne pour un premier jour de l'an, vu que ce n'était point son fils. Et, à vous bien dire, ledit sieur d'Angouléme naquit par un premier jour de Tan; son père mourut par un autre premier jour de Tan ; et après eut le royaume de France par un premier jour de l'an. Ledit feu roi étant aux Toumelles, fut commencé à lui faire son enterrement, comme on a de coutume faire aux autres rois, qui sont belles cérémonies et antiques. Et en portant son corps des-
dites Tournelles à Notre-Dame, avait gens dev&at avec des campanes, lesquelles sonnaient et criaient : Le bon roi Louis, père du peuple, est mort. Et quand tout fut fait, ce qu'il appartenait de faire à Notre- Dame, fut convoyé, par les princes et seigneurs de son royaume, à Saint-Denis là où fut fait son enterrement, lequel fut merveilleusement beau et triomphant. Et vous assure que monsieur d'Angouléme, dauphin, et madame Claude, sa femme, et fille dudit seigneur feu roi, en tirent merveilleusement bien leur devoir; car il n'y fut rien oublié ni épargué, comme l'on doit faire à l'honneur d'un tel prince. (Fleurange.)
Il n'avait pas grand besoin d'être marié, pour beaucoup de raisons, et aussi n'en avait-il pas grand vouloir; mais, parce qu'il se voyait en guerre de tous côtés qu'il n'eût pu soutenir sans grandement fouler son peuple, il ressembla au pélican : car, après que la reine Marie eut fait son entrée à Paris qui fut fort triomphante, et que plusieurs joutes et tournois furent achevés qui durèrent plus de six semaines, le bon roi qui, à cause de sa femme, avait changé toute manière de vivre (car, où il avait accoutumé de diner à huit heures du matin, il fallait qu'il dinàt à midi ; où il se couchait d'habitude à six heures du soir, souvent il se couchait à minuit), tomba malade à la fin du mois de décembre, de laquelle maladie tout remède humain ne le put garantir qu'il ne rendît son âme à Dieu, le premier de janvier ensuivant, après minuit. Ce fut en son vivant un bon prince, sage et vertueux, qui maintint son peuple en paix, sans le fouler aucunement, hormis par contrainte. Il eut en son temps du bien et du mal beaucoup; par quoi il avait ample connaissance du monde. Il obtint plusieurs victoires sur ses ennemis ; mais, sur la fin de ses jours, forr