‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 43 sur 329 · LOUANGES DB LA TRÉMOUILLE PAR LE ROI · texte numérisé non relu

LOUANGES DB LA TRÉMOUILLE PAR LE ROI

nommé Sai a t- Laurent, à trois lieues près dudit lieu de Lyon, sur les trois heures après midi, arriva devers le roi la poste et lettres du cardinal d'Amboise, par lesquelles eut le roi certaines nouvelles de la prise du seigneur Ludovic, desquelles fut le roi moult joyeux; et pour icelles notifier par tout le royaume de France, fit faire les feux de joie, avec dévotes processions et suffrages ecclésiaux; et luimême en personne en fît plusieurs voyages et oraisons à Notre-Dame de Confort, et autres églises de Lyon, en toute humilité, regrâciant le Prince des princes de la victoire heureuse que, moyennant son aide divine, avait contre ses ennemis obtenue. (Jean d'Auton.)

Les nouvelles de cette prise furent incontinent portées par la poste au roi de Fmnce, étant lors à Lyon, un jour assez matin, dont fut joyeux; et pour donner partie de sa joie à la reine, se transporta en sa chambre et lui dit : « Madame, croyez-vous bien que monsieur de laTrémouille ait pris Louis Sforce? » Sa réponse fut que non, car encore n'était son cœur pacifié de la victoire que ledit seigneur avait eue contre le duc de Bretagne son père. Et le roi lui répliqua : « Si, a pour certain! Et vous assure que jamais roi de France n*eut un plus loyal et meilleur serviteur, ni plus heureux en ses entreprises; et si a mérité les triomphes de Bretagne et le triomphe d'Italie, aussi bien que le jeune Décius mérita le triomphe des Samnites , Camille des Végétains , Fabius Maximus des Liguriens, Livius Salinator des ïllyriens, Attilius Régulus des Salentins, Menenius Agrippa des Sabins, Jules César des Gaules et d'Espagne, Métellus de Jugurtha et des Numidiena, Pompée le Grand de Mithridate et de Judée, Scipion d'Afrique, l'empereur Antoine des Germains, le roi

Clovis des Allemands et Romains, Clotaire des Saxons, Charles-Martel des Sarrasins, et Bertrand Duguesclin des Anglais. Et si je ne meurs bientôt, je le récompenserai en sorte que les autres capitaines auront vouloir de me bien servir. » La reine, voyant raffectionné vouloir du roi sur ledit seigneur de la Trémouille, ne dit chose aucune au contraire, maiscommença à fort exalter icelui seigneur. (Saint- Gelais.)

§ 25. — LE CARDINAL D*AMBOISE A MILAN. — AMENDE HONORABLE DES HABITANTS.

(Jean d^Auton.)

Un jour après la prise du seigneur Ludovic, le cardinal d'Amboise partit de Verceil, et ce jour fut à Novare. Le lendemain prit son chemin droit à Gayace, une petite ville fermée, dont était, deux jours devant, délogée une garnison d'estradiots que le seigneur Ludovic avait là laissée pour la garde de la ville, lesquels avaient sur la muraille de la ville et aux défenses du château laissé l'artillerie toute chargée. Après que le cardinal d'Amboise et ses gens furent illec logés, les pages et laquais toute nuit firent bruire et tonner canons ethaquebuttes, comme si le siège eût été devant la ville. Sur le soir, que chacun fut retiré pour vouloir reposer, un laquais et un page, serviteurs du seigneur de Neufchàtel, entrèrent dedans une des chambres hautes du château, en laquelle avait deux barils de poudre à canon tout pleins, et de cette poudre firent sur une table une traînée ; puis mirent le feu dedans, qui soudainement se prit aux barils, et tout à coup mit en flammes tout le dessus du cliàteau ; et là furent par leur défaut

AMENDE HONORABLE DES MILANAIS iVo

le page et le laquais aussi follement brûlés que papillons à la chandelle.

En grand danger fut le cardinal d'Amboise, avec tous ceux qui au château étaient logés ; si n'est qu'ils étaient au-dessus du feu, et que d'heure se retirèrent : car le feu fut si grand, que par sa chaleur et force de sa flamme, une partie de la muraille et la couverture du château tomba dedans les fossés.

Le quatorzième jour d'avril, les seigneurs et potestats de Milan se rendirent à Vigève, au-devant du cardinal d'Amboise, pour le supplier très humblement que son plaisir fût aller prendre logis dedans la ville de Milan, et regarder le peuple d'icelle en pitié, sans le vouloir du tout punir, selon le démérite de son forfait ; auxquels fit réponse ledit cardinal, que pour l'heure, en la .ville souillée de vices tant prodigieux n'entrerait, mais au château, qui toujours avait tenu bon pour le roi, s'en allait loger; ce qu'il fit.

Le jour du Saint Vendredi, dix-septième d'avril, à la prière et supplication des seigneurs et du peuple de Milan, lesquels se soumettaient à la miséricorde du roi et au plaisir et vouloir du cardinal d'Amboise, comme lieutenant général dudit seigneur, promettant, de corps et de biens, à leurs méfaits et défauts du tout satisfaire, pour recevoir l'amende honorable d'iceux, et' aussi pour traiter de la profitable due au roi, â cause des frais et mise qu'au moyen de leur rébellion avait avancés, en la maison de la ville se transporta ledit cardinal d'Amboise, accompagné de l'évêque de Luçon, chancelier de Milan, du maréchal de Trivulce, du seigneur de Grammont, du seigneur de Neufchàtel et de plusieurs grands personnages.

Les plus solennels messères et autre menu peuple de la ville, avec quatre mille petits enfants, à chefs

découverts, et vêtus de robes d'humilité, en procession générale, avec l'image de Notre-Seigneur Jésus- Christ en croix, illec à la venue dudit cardinal d'Amboise s'assemblèrent; et par un docteur firent proposer maintes belles choses, promettant de non jamais commettre rébellion, ni faire chose contre la sacrée Majesté de France, ni faire chose contre leur honneur, dont ils pussent de nul reproche ou diffame être notés ou atteints, et que de là en avant sembleraient à saint Pierre, lequel, pour avoir son Seigneur Jésus-Christ renié, eut de ce méfait tant amère douleur, que, tout son temps, après ce déht, plus fervent en fut en son service; et sur ce, fît le cardinal réponse que saint Pierre avait trois fois renié son maître, et qu'eux d'ainsi le faire se donnassent bien garde. Après ce, demandèrent humblement pardon de leur déloyauté et rébellion, en obligeant eux et leurs biens, pour les mises et dépenses que le roi avait, à ce moyen, faites pour mettre sus son armée, à la somme de trois cent mille écus, requérant audit cardinal que l'armée de France, qui encore était en Lombardie, fût le plus tôt que faire se pourrait renvoyée en France, pour alléger le pays, qui plus sans désertion ne la pouvait soutenir, et puis que chacun fût réintégré en son office. Plusieurs autres requêtes mirent sus, qui trop longues seraient à décrire. Leur propos mis à fin, ledit cardinal d'Amboise la réponse consulter voulut avec Tévêque de Luçon, le maréchal ] de Trivulce, le seigneur de Grammont et autres chambellans et conseillers du roi, qui là étaient, et fut avisé qu'un nommé Michel Ris, docteur en chacun droit, ferait la réponse, par laquelle montra clairement aux Milanais leur déloyauté damnable, inexcusable trahison et irréparables défauts, et ce néanmoins, pour démontrer à ceux iniques que le pou-

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