LA GUERRE DE PISE
mèrent être tous bons et loyaux Français, et que tels voulaient vivre et mourir, sans jamais éloigner leur vouloir de ce propos ; et que toutes les fois que Tarmée de France voudrait entrer dedans la ville, toutes les portes lui seraient ouvertes, et les biens d'icelles abandonnés; pourvu que le -seigneur de Beaumont, lieutenant du roi, leur promettrait de ne les mettre entre les mains des Florentins. Sur ce, tirent réponse les messagers français qu'ils n'avaient pouvoir de rien arrêter avec eux , mais de les sommer comme ils avaient fait, et faire réponse de ce que d'eux auraient ouï, requérant sur ce avoir briève dépêche. Autre réponse ne voulurent faire sur l'heure les Pisains; mais prièrent les Français de vouloir le lendemain retourner à Pise, pour parler aux seigneurs et peuple de la ville et ouïr d'eux telle réponse que, cependant, tous ensemble aviseraient.
Sur ces paroles, se mirent les Français au retour, et du dire des Pisains avertirent le seigneur de Beaumont, lequel permit qu'iceux Français retournassent derechef à la ville.
Le jour ensuivant, vingt-cinquième de juin, retournèrent à Pise les messagers susdits, avec quatre archers seulement. A l'approcher de la ville et à l'entrée, trouvèrent les Gascons et autres Français, dix à dix, vingt à vingt, qui entraient et saillaient, et apportaient vivres à l'ost, et toutes autres choses dont les gens d'armes avaient métier, comme si paix finale eût entre eux été criée. Sitôt que les messagers français furent entrés en la ville, dedans le palais d'icelle, qui tout était plein de peuple, furent honorablement convoyés, et par les citoyens et commune de la ville là joyeusement reçus, et humainement traités; et pour montrer qu'en singulière révérence et souvenance recommandée avaient eu de nouveau le sceptre fran-
çais, au plus haut lieu de leur palais était rimajEre du roi Charles VIII, dernier mort, portraite et figurée, tant au vif, qu'à l'imaginer de ceux qui autrefois l'avaient vu en apparaissait l'humaine forme.
Les Français, pour accomplir leur message, devant tous les seigneurs et le peuple de la ville qui là étaient, exécutèrent leur charge , sommant derechef iceux de faire la volonté du roi et se soumettre à son vouloir, en leur disant que, si volontiers ne le voulaient, la main armée de France, contre laquelle leur force ne pourrait durer, en ferait tôt la raison ; leur remontrant aussi que les approches de la ruineuse désolation de leur cité étaient faites, et de leur mort inhumaine et effusion de sang la conclusion arrêtée; et que la manière des Français était telle, que toutes les villes et places par eux prises d'assaut, au feu et au glaive étaient abandonnées ; toutefois, pour les vouloir aviser de prévoir à leur danger futur, et les sommer de penser à leur affaire présente, de ce les voulaient bien les Français avertir et les requérir que d'eux-mêmes voulussent avoir pitié, sans être cause de la dévastation de leur ville et moyen de leur occision cruelle.