SYMPATHIES FRANÇAISES DES PISANS
nous faut mortellement être assaillis, à nul autre humain espoir avons recours, fers à trois petites requêtes que voulons, avant que donner réponse, faire à vous, seigneurs français.
« La première est qu'il plaise à la sacrée majesté du roi, notre souverain seigneur, nous mettre et réduire en sa seigneurie et duché de Milan, ainsi que jadis ont été nos devanciers antiques, comme est notoire par les chroniques des ducs de Milan, desquels fut le très hardi et preux Jean Galéas, en son temps duc de Milan, père du duc Philippe-Marie et de dame Valentine, grand'mère du roi, notre seigneur souverain. Icelui duc Galéas laissa, après sa mort, à ses successeurs vingt-neuf cités, dont lui et ses prédécesseurs avaient pacifiquement joui, desquelles Pise en était une des mieux estimées, laquelle depuis la mort du duc Philippe-Marie, par le pouvoir des plus forts, de son propre corps a été démembrée ; toutefois onc par long trait de temps, ni continuels ennuis , ne fut tant dégénérée, que jusques à ores dedans tous les anglets de son jardin naît la fleur du lis semée et répandue, espérant que tant une fois y florira, qu'à temps perpétuel les branches ou rameaux garderont le pourpris.
« L'autre est qu'il plaise au roi, notre prince souverain, ne nous mettre entre les mains des Florentins, nos ennemis mortels, qui notre entière destruction ont juré, et la défloration des vierges et pucelles de la tant désolée cité; ce que vous, nobles Français, entre autres bonnes grâces et louables vertus, avez en singulière recommandation.
« La dernière requête que nous faisons est que, si le roi, à qui nous sommes corps et biens, avait aux Florentins fait promesse de nous subjuguer à leur Seigneurie, en gardant sa promesse, que premier lui
plaise nous donnor lion ot placo en son duché do Milan, ou ailleurs, pour prendre et faire nouvelle habitation, et nous donner terme de retirer nos biens ; voulant mieux en pauvreté honteuse tenir les champs, qu'à la merci de ceux qui cherchent nous tyranniser, passer nos ans en clôture de cité captive. »
Le propos des Pisains fini, les Français, comme ceux qui n'avaient connaissance de cause , dirent qu'en leur charge n'était de leur promettre ni accorder aucune chose, mais de les sommer, comme dit est, de rendre la ville et la soumettre au vouloir du roi. Dont ne surent plus les Pisains de quelle réplique devoir user, si n'est dire que, puisque de toutes leurs requêtes étaient frustrés, à l'aide de Dieu et de Notre- Dame, dont ils portent l'enseigne, jusqu'à la mort contre les Florentins défendraient leur franchise. Toutefois avertirent les Français que les eaux des puits et des fontaines d'autour de Pise étaient toutes empoisonnées et corrompues, et qu'ils se gardassent d'en boire, mais sûrement bussent de l'eau du fleuve, et aussi requirent aux Français qu'il leur plût ne se trouver contre eux à l'assaut, mais à eux, aux Allemands, et aux Florentins, s'il y en avait, laissassent la mêlée.