‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 53 sur 329 · SUPPLICATIONS ET PROTESTATIONS DES PISANS · texte numérisé non relu

SUPPLICATIONS ET PROTESTATIONS DES PISANS

Après que les Pisains eurent fait leur requête et dit tout ce qu'ils voulurent, ils se mirent à part ; et ce fait , dedans le palais entrèrent cinq ou six cents jeunes filles, toutes vêtues de robes blanches, et avec elles étaient deux femmes vieilles qui les conduisaient, lesquelles firent aux Français telles harangues et pareilles requêtes que les hommes leur avaient devant

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faites; et sur toutos prièros dignos d'écout, aux Français, comme tuteurs des orphelins, défenseurs des veuves et champions des dames, la pudicité reconimandable de tant de ^)auvres pucelles baillèrent en garde, leur priant humblement que si rigueur à tous œuvres de mérite leur faisait tourner le dos, que, comme mus de pitié, en cette occasion daignassent prêter Toreille. Assez d'autres piteuses paroles et îacrimables termes touchant leur affaire eurent aux Français, lesquels tant ne s'arrêtèrent à féminines persuasions, qu'au vouloir du roi ne voulussent sur toutes choses obéir; et d'autre langage ne leur tinrent propos, fors de rendre la ville pour le mieux. Voyant lesdites pucelles que réponse comme elles le désiraient n'auraient des Français, toutes éplorées les supplièrent qu'au moins, puisque toutes prières humaines avaient en dédain, que, en reconnaissant la Divinité, leur plût ouïr une laude faite à l'honneur de Notre- Dame que par chacun soir chantaient devant son image. Les Français à ce n'inclinèrent seulement le chef, mais jusqu'en terre ployèrent les genoux. Devant l'image de Notre-Dame commencèrent les pucelles à chanter tant piteusement, et de voix si très lamentables que là n'y eut Français ni autre, à qui du plus profond endroit du cœur jusqu'aux yeux ne montassent les chaudes larmes. De ce ne dirai plus, doutant à deuil provoquer les oyants. Toutefois, le salut fini, les Français prirent congé des Pisains, et s'en retournèrent à l'ost, qui encore étaient à Campo ; et là racontèrent au seigneur de Beaumont et aux autres capitaines de France ce qu'ils avaient fait, vu et ouï. Aucuns eurent pitié de l'affaire des Pisains, et les autres furent contre eux endurcis. Somme, appointé fut que le lendemain l'armée marcherait ponr aller les assiéger; et au plus matin se mirent

les gens d'armes français à la voie, tirant au quartier de Pise, le long de la côte des montagnes de Lucques ; et avait Tarniée pris Técart pour mettre le siège mieux à plaisir ; car par le dpoit chemin approcher la ville était chose mal aisée de forte avenue.

• Ce jour fut le camp logé à une autre bourgade, nommée Androne, à quartier de Pise, deux milles près. Le jour ensuivant, vingt-septième de juin, fut l'armée à un lieu nommé Campo, prochain de Pise de demi-mille, et là demeura le surplus de ce jour et tout le lendemain, durant lequel temps les Pisains parlementèrent avec le seigneur de Beaumont, lieutenant du roi, auquel remontrèrent plusieurs belles choses qui longues seraient à raconter. Toutefois la fin de leurs propos tendait toujours à ne vouloir, pour mourir, être soumis aux Florentins; et pour ce que c'était la seule cause qui là menait les Français, furent appointés contraires , tant que guerre ouverte fut déclarée entre eux. Ainsi s'en retournèrent les Pisains à la garde de leur ville, bien ébahis et étonnés.

Le vingt-neuvième jour de juin, furent les Français devant la ville de Pise, et tout autour d'icelle mirent le siège. L'artillerie fut assise en plein champ, sans aucunes tranchées, et toute l'armée logée au découvert, en la vue de la ville.

Le lendemain, trentième jour de juin, à l'éclaircie du temps, commença l'artillerie de France à tirer coups contre la ville, et ruer par terre défenses et créneaux, et au travers des murailles faire ouverture. Les Pisains, pour l'heure, n'eurent grande manière de défense, et peu de coups d'artillerie et de trait tirèrent contre les Français, mais durant la batterie invoquèrent Dieu et Notre-Dame, et criaient miséricorde à haute voix. Je ne veux mettre en silence un cas bien étrange à raconter, et plus merveilleux à

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