PHILIPPE LE BEAU
DEUXIÈME CONQUÊTE DE NAPLES PAR LES FRANÇAIS (t501)
§ 1. — LE CÀRblNÀL d'amBOISE EN ITALIE.
(Jean d' Au ton.)
Le roi, voulant pourvoir à ses affaires, après avoir, par mer et par terre, ses armées acheminé *, transmit delà les monts maître Georges, cardinal d'Amboise, en qui avait parfait amour et singulière fiance, comme en celui qui tout temps à son service avait dliment plié le dos, et au profit de la chose publique loyaument employé son pouvoir; auquel, delà les monts, donna charge de toutes ses affaires, et pouvoir autorisé sur iceux, pour en faire et ordonner, comme si
1. Voir le volume précédent dé notre collection : Louis XII, Anne de Bretagne, p. 152.
2 LOUIS Xn ET PHILIPPE LE BEAU
par lui-même en était disposé ; et pour icelui cardinal conduire, lui bailla le roi les deux cents gentilshommes de sa maison, pour l'acfcompagner et suivre quelque part qu'il irait, et faire ce que par lui leur serait commandé. Ainsi se mit ledit cardinal en voie pour tirer en Lombardie et tant avança, qu'en moins de douze jours traversa les hauts monts de Savoie et la terre de Piémont, sans un tout seul jour vouloir séjourner, que premier ne fût en la ville de Milan; en laquelle, à sa venue, par le sieur de Ghaumont, sou neveu, nommé messire Charles d'Amboise, lieutenant du roi delà les monts, fut avec toute révérence et joyeuse chère, amiablement recueilli, et des seigneurs et peuple de ladite ville tant honorablement reçu, que ce fut jusqu'à y efforcer tout l'exploit de leur grand possible. Pour mettre en ordre le rémanent du récit de ma chronique, et suivre le propos des choses selon le décours du temps, ici me faut mettre paille, pour retourner à parler de la gendarmerie ordonnée pour aller au voyage de Naples, laquelle j'ai ci-dessus laissée à Parme, à la fin dudit mois de mai (1501).
§ 2. -^ MARCHE EN AVANT DE l'ARMÉK FRANÇAISE CONCENTRÉE A PARME. — SÉJOUR A PISE ET A LUCQUES.
De la ville de Parme, en Lombardie, était l'armée de France délogée dès le premier jour du mois de juin, laquelle marchait en ordre tant assuré, que bien semblait être conduite par chefs expérimentés aux armes. Le charroi de l'artillerie et la gent do pied furent mis devant; le comte de Gayas, avec quatre cents hommes d'armes françaiSj faisait l'avantgarde des gens de cheval; le seigneur d'Aubigny,
Charles d*Amboise, sieur de Chaumont, d'après Solari (Musée du Louvre).
lieutenant du roi, avec trois cents hommes d'armes, conduisait la bataille ; et le duc de Valentinois faisait Tarrière-garde, où étaient trois cents hommes d'armes. Grand nombre d'avant-coureurs et découvreurs de pays étaient en voie, alors que l'armée marchait; aux côtés et au derrière de ladite armée, à deux milles loin, y avait deux ou trois cents chevau-légers par pays, pour rapporter au besoin ce qui pourrait, par embûches d'ennemis, survenir à ladite armée; et ainsi se mirent les Français à chemin par la Lombardie. Des repues et logis qu'ils firent de Parme jusqu'à Rome, je ferai peu de compte, pour ce que je n'ai point su que, ce temps durant, aucune chose de grand effet fût par iceux Français exécutée; si n'est que nonobstant l'empêchement des Alpes et détroits des chemins de Rome, l'armée française, avec soigneuse diligence, fut si bien ordonnée, et tant à droit mise en marche, que la conduite d'icelle donna titre d'honneur aux capitaines, sûreté de courage aux soudards, facilité de chemin au charroi, merveilles d'armes aux voyants, et crainte de mort aux ennemis. Quoi plus? L'exercite français fut de Parme à Fornoue, à Ponlréme, à Sienne et à Pise; et ainsi que l'armée approchait de Pise à cinq milles près, grand'route de Pisains et Lucquois là se trouvèrent, lesquels moult honorablement reçurent les Français, et iceux conduisirent jusqu'à deux milles près de Pise, entre Lucques et ladite ville de Pise. Là séjourna l'armée par deux jours entiers, aux dépens et frais des Pisains et Lucquois, lesquels de toute leur puissance traitèrent lesdits Français, et sans rien y épargner, et iceux fournirent de vivres et toutes autres choses à eux nécessaires. Plusieurs capitaines et gens d'armes français furent dedans Pise et Lucques, et là tant doucement accueillis, qu« chacun au départir fît