LES FRANÇAIS DEVANT CAPOUE. — SOMMATION DE RENDRE LA PLACE
Au partir du logis, le sire d'Aubigny, lieutenant général du roi, envoya un capitaine, nommé Aubert du Rousset, avec quatre-vingts chevau-légers, pour découvrir et aviser le pays; lequel ne trouva sur les chemins nulles embûches, ni autre empêchement d'ennemis qui l'arrêtât, que le logis ne fît pour l'armée de France, dedans une villette étant à six railles près de Capoue, où furent pour ce jour logés les Français.
Tantôt que les Français furent logés, Theure vint que pour vouloir traiter de la paix avec les Napolitains et soudards de la ville de Capoue, ou, en cas de refus, leur annoncer le défi de la guerre, le sire d'Aubigny, lieutenant du roi, transmit deux hérauts d'armes audit lieu de Capoue, pour sommer les gouverneurs de ladite ville de rendre icelle, et la mettre entre les mains et l'obéissance du roi ; autrement les avertir d'avoir en brief le siège devant leur ville, et entre eux et les Français la guerre ouverte. Iceux hérauts, tout ainsi que enchargé leur était, accomplirent leur message, et firent leur sommation comme devaient en remontrant à ceux de Capoue le droit que le roi avait au royaume de Naples, le pouvoir des Français, les cruels excès qui surviennent de la guerre,
\i LOUIS XII ET PHILIPPE LE BEAU
et le (langer où ils étaient si Fortune voulait que, par force d'assaut, fussent pris et conquêtes, et comment si d'aventure venait à tant, le glaive ne pardonnerait à nul sexe. Plusieurs autres remontrances leur firent lesdits hérauts, à la sommation et remontrance desquels les gouverneurs et potestats, avec les soudards et peuple de la ville, firent réponse qu'au regard de la ville de Capoue, elle était au roi don Frédéric, et qu'eux, comme ses sujets, vassaux et soudards, contre la puissance de France se mettraient tous en armes et défense pour icelle querelle maintenir et garder, et que, à la poursuite de ce, ne gagneraient les Français autre chose que la mort ou perpétuel exil; et aussi que du siège, des assauts d'iceux Français n'avaient aucune crainte ni nul doute, et que, si bien à point, à coups de main et d'artillerie les recueilleraient, qu'ils n'auraient cause d'en faire bon rapport; et sur ce, firent conclusion de toute réponse, disant qu'autre chose n'auraient pour l'heure présente, si n'est que lesdits hérauts eussent à vider la place, à peine d'être mis à mort sur-le-champ. A cette réponse ne répliquèrent rien iceux hérauts, mais s'en retournèrent à l'armée de France, et là firent aux lieutenants du roi le rapport de la réponse de ceux de Capoue, et du vouloir qu'ils avaient de la défendre et garder, laquelle était forte à l'avantage, et bien garnie de toutes pièces requises pour attendre long siège et soutenir divers assauts. Le rapport d'iceux hérauts ouï par les lieutenants du roi et capitaines de l'armée, fut dit et arrêté qu'on irait mettre le siège devant Capoue, et que le lendemain, septième jour du mois de juillet, se mettraient les Français à chemin et en armes, pour mettre sur ce les mains en besogne.