MARCHE SUR LE ROYAUME DE NAPLES
Celui jour les Français furent au logis, à quatre milles de Rome, en une ville nommée Marin, terre des Colonnois, lesquels étaient dedans Capoue, à grand effort, au secours du roi don Frédéric. Les Français, au moyen de ce, prirent ladite ville de Marin sans empêchement: car dedans n'était demeuré homme, ni femme, ni enfant, que tous ne fussent fui, réservé un vieil homme de l'âge de cent ans, qui par défaut de ne pouvoir aller, était là demeuré. Les Français y séjournèrent trois jours et pillèrent tout, puis firent porter ce bon vieillard hors la ville, et mirent le feu dedans. De là tirèrent à Velletri, ville qui est au pape, où demeurèrent deux jours; et au partir de là prirent la voie de Rocquesecque; et là firent les capitaines serrer l'armée, et chacun se tenir sous sa garde, et marcher en ordre assuré. Aussi temps et heure en était ; car de là au pas de Saint-Germain qui est l'entrée du royaume de Naples n'avait que huit milles de pays ; qui est une place forte et malaisée, et devant passe un fleuve nommé le Garillan; et audit pas de Saint-Germain pensaient les Français avoir le combat, et rencontrer leurs ennemis, vu que c'était bien avantageux, et la première entrée du passage du pays contraire là où il fallait passer; pensant aussi que les Napolitains
Rome pour envahir la frontière, Gonzalve de Cordoue, général de Ferdinand, débarqua dans la Calabre une armée, comme pour venir au secours du roi de Naples. Le malheureux Frédéric, aimé de ses sujets, mais à la tête d'un royaume démantelé et découragé, n'espérait qu'en Gonzalve de Cordoue et lui livra toutes les places de la Calabre pour appuyer ses opérations.
devaient, par raison, défendre l'entrée de leurs terres, si gens de cœur et vertueux étaient. Toutefois le firent autrement, comme pourrez ouïr ci-après. A Rocquesecque fut assis le camp des Français, et là demeura jusqu'au lendemain. La nuit fut fait bon guet, et écoutes mises. Il n'y avait nul qui ne pensât à son affaire, et chacun se disposait pour combattre, comme ceux qui pensaient le lendemain rencontrer leurs ennemis aux champs. Ainsi étaient chevaux lors de saison, et harnais en requête, dont chacun, selon son pouvoir, en faisait pourchas avantageux. A ce logis vinrent de renfort et en poste le seigneur de Montpensier, le seigneur de Mauléon, le capitaine Maunourry, le prince de Salerne, et grand nombre de gentilshommes de la maison du roi, lesquels se voulurent exploiter à l'exercice de la guerre et à la perte et au gain d'icelle abutine. . De Rocquesecque prit l'armée de France le chemin droit au pas de Saint-Germain; et, au partir du logis, furent mis avant-coureurs sur les champs, pour découvrir le pays et obvier aux embûches, lesquelles ne trouvèrent en voie empêchement ni détour qui ennuyer sût l'armée, laquelle se tenait toujours serrée, et marchait moult fièrement et tôt ; si que, audit pas de Saint- Germain, sans trouver aucune résistance, fut celui jour au gîte, et à séjour, et là dedans demeurèrent un jour les gens d'armes français. De celui pas de Saint-Germain adressa l'ost de France vers la ville de Capoue, pour y mettre le siège, laquelle était moult forte et bien avitaillée. Dedans étaient sept mille Bolonnois romains, et bien six mille autres hommes de guerre, pour icelle défendre et garder, lesquels à toute heure exploitaient leur pouvoir pour icelle remparer et fortifier. Grand'force de bonne artillerie y avait, et mèmement de celle (jue le roi Charles huitième avait