‹ L'histoire de France (volume 3)Chapitre 84 sur 329 · LES TRAITKS DE LYON ET DE TRENTE · texte numérisé non relu

LES TRAITKS DE LYON ET DE TRENTE

en la manière de Poitou. Le comte de Nevers et mademoiselle de Châteanbriant dansèrent à la mode d'Allemagne; le seigneur d'Avesnes et une damoiselle, nommée Anne de Foix, autrement Caudale, firent à l'espagnole; le prince de Tallemont et une autre des damoiselles de la reine, nommée La Grange, dansèrent à la française; le bâtard de Vendôme et une damoiselle nommée Belle-Joie dansèrent la lombarde; Artus Gouffier, sire de Boisy, et une damoiselle, nommée la Tour, dansèrent la poitevine; lesquels étaient tous habillés à la sorte du pays dont ils dansèrent à la mode. Grande foison de draps d'or et de soie fut là déchiquetée, dont la reine fit l'avance, et fut une chose bien nouvelle et plus étrange; car chacun des danseurs en droit soi le fit si à point qu'on eût dit, à les voir branler, que c'étaient gens nés au pays dont ils contrefaisaient la manière. Après que chacun eut fait son tour, un nommé François de Néri fut en la salle, lequel était habillé à la turque, et avait regardé chacun des autres par ordre faire leurs danses, lequel voulut pareillement soi mettre en danse, et avec toutes lesdites dames, l'une après l'autre, et par ordre, se voulut joindre par danser, lesquelles le refusèrent toutes, et ne tinrent compte de lui, ni semblant n'en firent, mais le repoussèrent le plus rudement qu'elles purent; et ce fait, comme triste et dépiteux, un arc turquois qu'il tenait au poing jeta contre la terre, et vida la salle, tout ébahi et mal content desdites aUiances qu'il voyait toutes bandées contre lui K

1. Le traité de Lyon n'est, à proprement parler, que le préambule ou le sommaire de celui qui devait se conclure entre Louis XII et le roi des Romains. En effet, toutes ces conventions matrimoniales et autres seraient

§ 2. — LE VOYAGE EN FRANGE DE L'aRCHIDUC PHILIPPE ET DE l'archiduchesse JEANNE. — LA RÉCEPTION A SAINT- QUENTIN.

(Cérémonial français.)

L'an mil cinq cent un, au mois de novembre, vint en France Philippe d'Autriche, fils du roi des Romains,

restées à peu près illusoires, si Maximilien, père de l'un des contractants et chef de l'Empire, ne les eût ratifiées. Il y avait une concession préalable à obtenir de ce prince difficultueux : c'était l'investiture du duché de Milan. Le Milanais était fief de l'Empire : chaque nouveau duc se trouvait donc obligé de recevoir l'investiture impériale.

Louis XII n'avait pas encore obtenu cette sanction féodale de ses droits. Il y a plus : Ludovic Sforza, deux fois vaincu par les armes de la France, avait été solennellement reconnu pour duc de Milan par le roi des Romains en 1495. Georges d'Amboise fut chargé d'aller offrir l'hommage et requérir l'investiture du duché de Milan. Il fallait déterminer Maximilien à proclamer la déchéance d'un prince qui tenait de lui le titre ducal, et qui, de plus, était l'oncle de la reine Blanche-Marie, sa seconde femme.

Maximilien était alors à Tronic, au milieu des montagnes du Tyrol, où il aimait tant à chasser le chamois. C'est là que le cardinal d'Amboise, menant avec lui un train royal, vint le trouver : il arriva en cette ville le 3 octobre 1501. De grands honneurs lui furent décernés; et les conférences s'ouvrirent sans délai : elles durèrent dix jours. Le 13 octobre, on signa un traité d'alliance avec confirmation du mariage projeté à Lyon, et de plus avec la clause inévitable d'une ligue contre les Turcs. Quant à l'investiture, elle fut promise, mais différée jusqu'à la prochaine diète de Francfort; et, en attendant, il fut stipulé, entre autres conditions, que le

VOYAGE DE l'aRCHIDUC PHILIPPE ET l'aRCHI DUCHESSE 55

archiduc d'Autriche, et Jeanne de Castille, fille et héritière apparente du roi et de la reine d'Espagne; et partirent de Bruxelles, et prirent leur chemin par Mons-en-Hainaut, Valenciennes et Cambrai, et leur fut envoyé, de la part du roi et delareinejusqu'audit lieu de Valenciennes, au-devant d'eux le sieur de Belleville, qui leur déclara le bon vouloir que le roi et la reine avaient de les bien traiter en leur royaume.

De Cambrai ils partirent le quinzième jour dudit mois de novembre, et vinrent à petite compagnie coucher à l'abbaye du Mont-Saint-Martin, et ce firent parce que la journée eût été trop grande à venir dudit Cambrai à Saint-Quentin. Audit lieu de Saint- Quentin était le comte de lâgny, accompagné de tous les nobles de Picardie étant pensionnaires , ordonnés de par le roi à recueillir ledit archiduc à l'entrée du royaume, et fussent allés jusqu'audit lieu du Mont-Saint-Martin, n'eût été la presse du logis, qui leur eût plutôt tourné à peine qu'à honneur. De la part de la reine était audit lieu de Saint-Quentin la comtesse de Vendôme et de Saint-Paul, accompa-

cardinal Ascagne Sforza serait mis en liberté, et que Tex-duc, son frère, serait placé en un lieu honnête, avec un espace de cinq lieues à la ronde pour aller et venir comme bon lui semblerait. Tel fut ce traité de Trente, qui ne réalisa point les espérances de Louis XII et n'eut d'autre effet que la prolongation de la trêve conclue précédemment. Nonobstant ces difficultés et les délais de Maximilien, la meilleure intelligence régnait toujours entre le roi et l'archiduc Philippe; et c'est dans ces circonstances que le fils du roi des Romains passa par la France pour se rendre en Espagne. (Extrait de Le Glay, Négociations diplomatiques de la France avec VAutriche,)

gnée du comte de Braine et de Roussy, de l'évêque de Meaux, et des sieurs do Moûy et de Genlis, avec plusieurs autres gens de bien, serviteurs et sujets de adite dame.

Le lendemain, qui fut le seizième jour dudit mois, arrivèrent ledit sieur archiduc, et ladite dame archiduchesse ensemble, en ladite ville de Saint-Quentin, accompagnés de douze cents hommes à cheval ou environ, entre lesquels étaient de bons et grands personnages; comme Fun des fils du comte Palatin, le jeune comte de Nassau, le fils du marquis de Baden, l'archevêque de Besançon, les sieurs Baudouin et Philippe, bâtards de Bourgogne, de Ville, de Chieures, de Bergues, l'évêque de Cambrai, Hugues de Melun, et plusieurs autres nobles gens de son pays. Et avec eux étaient ambassadeurs deux évêques d'Espagne qui avaient la charge de les conduire de par le roi d'Espagne jusque vers lui. Et marchaient devant lui ses archers, au nombre de quarante, puis les gentilshommes, après ses trompettes, et devant lui ses officiers d'armes, ayant leurs cottes d'armes vêtues. Ladite archiduchesse avait pour femmes madame de Halluin, dame d'honneur, dona Anna d'Aragon, qui étaient les principales femmes de nom, la fille au comte d'Egmont, une autre fille d'un comte, et treize autres gentilles-femmes, compris deux mères ou conductrices des filles, l'une de Flandre, l'autre d'Espagne, et y avait à la bande sept filles d'Espagne.

§ 3. — HONNEURS RBNDUS A l'aRCHIDUC.

Le roi écrivit lettres aux villes par où ils passeraient, qu'ils recueillissent lesdits archiduc et archi-

HONNEURS RENDUS A l'aRCHIDI'C Î>7

duchesse, et leur fissent honneur comme à sa personne. De quoi fut grande question pour savoir quel honneur on lui devait faire, et fut conclu qu'on tendrait les rues, qu'on ferait des feux, qu'on sonnerait les cloches, et que ceux des églises iraient à processions au-devant d'eux : et du poisle et des clefs fut avisé que cela serait réservé à la personne du roi, et qu'à autre ne se devait faire, et ainsi fut fait. Pareillement il fut question de savoir si le peuple crierait à sa venue, et fut avisé du commencement qu'ils crieraient: «Vive le roi! » et toutefois, par bon avis, fut délibéré depuis qu'if ne s'en ferait rien du tout, et qu'ils ne crieraient cela ni autre chose.

Ledit jour alla ledit sieur de Ligny au-devant de lui, accompagné des nobles dessus dits, avec des gens d'armes et archers de la compagnie du sieur Desquerdes, qui pour lors tenaient garnison audit Saint-Quentin, et étaient au nombre de cinq à six cents chevaux ; et trouva ledit archiduc à deux lieues de la ville, lequel lui dit à l'arrivée : « Monseigneur, le roi est très joyeux de votre venue en son royaume, et m'envoie vers vous pour vous guider et accompagner en sondit royaume, et vous faire tout le service qu'il vous plaira me commander». A quoi ledit archiduc dit : « Je remercie le roi de l'honneur qu'il me fait, l'une des choses que je désire le plus est me trouver devers lui ». Et lit très bonne mine audit de Ligny, en lui donnant à entendre qu'il était joyeux de sa venue. De là ce même comte de Ligny passa outre, et alla dire le Dieu-garde à l'archiduchesse, laquelle il trouva un trait d'arc derrière l'archiduc ; elle ne baisa ledit comte de Ligny, ayant fait avertir, avant qu'entrer au royaume, que la coutume d'Espagne n'était point de baiser aucuns hommes et qu'elle ne baiserait que le roi; pour quoi ledit de

Ligny ne s'avança point, ainsi que firent les autres de ce royaume, dont ci-après, un quart de lieue loin, ou environ de ladite ville, alla monsieur de Moiiy, capitaine d'icelle, accompagné des officiers du roi, et gens de la justice, au-devant de l'archiduc. Et lors fut question quel titre on lui baillerait en faisant les harangues. Il fut donc avisé qu'on le nommerait « très haut, très puissant, très noble prince et seigneur», et qu'on ne lui devait dire très redouté, ce mot devant demeurer au roi; vu encore que c'étaient les villes de frontière, et prochaines voisines de ses pays, par quoi en nulle manière ne devait être nommé très redouté. Suivant laquelle conclusion, lui fut dit par l'avocat du roi, audit Saint- Quentin : « Très haut, très puissant, très noble prince et seigneur, voici les officiers du roi et ceux de la justice de la ville de Saint-Quentin, qui par l'ordonnance et commandement du roi notre souverain seigneur, vous viennent faire la révérence, et vous dire que soyez le très bien venu et davantage vous offrir leurs corps et leurs biens à vous faire service, vous suppliant les avoir en votre bonne grâce », et autant en firent-ils à l'archiduchesse.

Ce même jour, environ trois heures après dîner, arriva l'archiduc à Saint-Quentin, par la porte nommée Belle-Porte, monté sur un cheval gris harnaché de velours noir, et avait cet archiduc vêtu une robe de velours cramoisi, bordée d'ouvrages sur le métier d'orfintrait.L'archiduchesseétait quant et lui, montée sur une haquenée blanche, harnachée de velours noir, laquelle avait vêtu une robe de velours cramoisi doublée de drap, dont les manches étaient fourrées de martes; quatorze femmes venaient après elle sur haquenées accoutrées de même celle de ladite dame, avec robes de velours noir, doublées de taffetas

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