Louise de Savoie, mère de François I
retira en son logis, qui était au Grand-Griffon, où ^ elle soupa. Ledit sieur de Ligny laissa pareillement Tarchiduc en sa chambre, et s'en revint en son logis, qui était à l'hôtel de Prémonstré, où il soupa. Après souper, ladite dame de Vendôme envoya vers madame de Halluyn, dame d'honneur de l'archiduchesse, savoir ce que l'on faisait léans, qui lui manda que l'archiduchesse s'était trouvée lasse, pour quoi n'était délibérée de voir pour ce jour personne. Et fut pareillement mandé au comte de Ligny que l'archiduc s'était retiré ; par quoi chacun demeure en son logis pour ce soir, et fut tout ce qui fut fait cette journée, réservée qu'après leur arrivée, ceux de la ville furent vers eux leur présenter, et pareillement ceux de l'église leur présentèrent du pain et du vin du chapitre, et autant firent le lendemain au diner.
Ledit lendemain dix-septième jour dudit mois de novembre, l'archiduc ouït la messe en l'église de Saint-Quentin, accompagné de monsieur de Ligny, et de tous les gens de condition qui étaient en cette ville. Et après la messe lui fut par les chanoines de ladite église présenté un saint Quentin d'or pesant six écus, en lui recommandant ladite église; et lui retourné en son logis, lui fut par ledit de Ligny présentée une lettre du roi, qui contenait que, sachant sa venue en son royaume, il avait envoyé ledit comte de Ligny vers lui pour l'accompagner, et obéir comme à sa propre personne ; et lui déclara que l'une des plus grandes joies qu'il avait de longtemps eues, était qu'il avait pris son chemin par son royaume, et qu'il le désirait voir autant que personne du monde, lui offrant tout ce qui était en son royaume. Après ces lettres lues, le comte de Ligny lui dit qu'il y avait quelque petite harangue à lui faire s'il lui plaisait donner audience. A quoi l'archiduc répondit :
Donneurs Hendus a l'archiduc 6l
quand il lui plairait, et alors s'avança l'évêquc de Lodève, qui fit une harangue, à laquelle de la part de rarchiduc répondit le prévôt d'Arras, et furent à la même heure repris et réassumés par lui tous les points et articles proposés par ledit évêque de Lodève, et réponse sur un chacun fut faite de si bonne sorte, que les écoutants et assistants en firent bonne et grande estime; et de là toute la compagnie se départit, et alla l'archiduc dîner. 11 avait été conclu, pour ce que l'archiduchesse n'était allée à la grande église, que tous les chanoines avec la croix viendraient en procession pour la recueillir à la porte de Féglise ; mais le temps fut si laid de pluie et de neige qu'il ne fut possible d'y aller et demeura à ouïr la messe en son logis. Et incontinent la messe dite, envoya quérir ladite dame de Vendôme pour diner avec elle ; laquelle y alla accompagnée des dessus nommés, qui trouvèrent l'archiduchesse en sa chambre; et après le bonjour donné, lui dit ladite dame de Vendôme : « Madame, l'évèque de Meaux a quelque chose à vous dire, si c'est votre plaisir de l'ouïr » ; à quoi répondit : quand il voudrait. Et a donc commença ledit évêque de Meaux à dire sa harangue en français. A quoi répondit un évêque d'Espagne : « Pour ce que nous sommes étrangers, et que j'ai peur que mon langage ne fût pas bien entendu, je parlerai en latin ; et vous, monsieur l'évèque, entendez ce que je dirai, pour le dire à madame de Vendôme et aux autres ». Et fut la réponse telle, que l'archiduchesse remerciait le roi et la reine de l'honneur qu'ils lui faisaient, et qu'elle avait aussi grande envie de se trouver vers eux, comme ils avaient de la voir, et puisqu'ils voulaient prendre celte peine que d'envoyer au-devant d'eux, qu'il n'y avait compagnie à eux plus agréable que celle qu'on
leur avait envoyée, et qu'elle en remercierait le roi et la reine.