L*ARCHIDUC ET LE CLERGÉ A SAIWT-QUENTIN
Sur ce point, la compagnie se départit, réservé ladite dame de Vendôme qui demeura à dîner avec l'archiduchesse, et ne dîna à sa table que ladite dame de Vendôme. La compagnie départie, on apporta à laver à l'archiduchesse, laquelle, après avoir lavé, envoya son échanson avec deux bassins porter Teau à ladite dame de Vendôme, ce qu'elle refusa, et fit pi^endre une aiguière, et ainsi se lava et se mit à table. Au dîner, ne fut servi que le plat de l'archiduchesse couvert, et après qu'elle avait tâté des viandes, ou n'en voulait point, il était baillé à ladite dame de Vendôme, et ainsi se passa le dîner. Ledit jour, et après diner, partirent lesdits archiduc et archiduchesse dudit lieu de Saint-Quentin ensemble, ladite dame était sur une haquenée blanche houssée de drap d'or, laquelle avait vêtu une robe de satin broché violet, fourrée de loups-cerviers ; elle avait quatorze femmes après elle sur haquenées houssées de velours noir, lesdites femmes habillées comme le . jour précédent. Item , venaient après une litière dorée, couverte de salin cramoisi, doublée de drap d'or, deux chariots dorés, couverts d'écarlate, doublés de drap d'or; et un autre chariot couvert de cuir. Après l'archiduchesse, était madame de Vendôme, vêtue de velours noir; et après elle les autres femmes de ladite archiduchesse, qui étaient sur haquenées ; après icelles, quatorze femmes appartenant à ladite dame de Vendôme, sur quatorze haquenées, houssées de velours noir; et après toutes les haque-
l'archiduc et le clergé a SAINT-QUENTIN (53
nées , venait la litière de rarchiduchesse , après laquelle était celle de ladite dame de Vendôme, couverte de velours noir; et après les litières, les trois chariots susdits ; et pareillement un autre couvert de cuir appartenant à. ladite dame de Vendôme. Il y avait grande abondance de charrois, et étaient estimés en nombre, tant pour Farchiduc et Farchiduchesse, que pour leur train, jusqu'à cent chariots de bagage. Auprès de Farchiduc à main gauche, était monsieur de Ligny, et ainsi a toujours été par toutes les villes où Farchiduc a passé, réservé en celle dont sera fait mention. En Fétat que dessus, ils arrivèrent en la ville de Ham, où ils furent recueillis à processions, feux, rues tendues et cloches sonnantes, comme audit Saint-Quentin, réservé qu'en parlant de par le roi, fut parlé de par ladite dame de Vendôme, à qui appartenait ladite ville de Ham. Du château fut largement tiré artillerie, à leur venue et à leur descente, parce qu'ils venaient ensemble. Là se trouvèrent la comtesse de Portian, tante de ladite dame de Vendôme et sœur dudit comte de Ligny, madame de Renty, sa belle-fiUe, mademoiselle de Reux, mademoiselle de Varennes et plusieurs autres damoiselles qui étaient tant à ladite dame de Vendôme, qu'aux autres dames dessus dites, avec deux des fils de ladite dame de Vendôme, c'est à savoir François Monsieur et Louis Monsieur, qu'elle présenta à Farchiduc, ainsi que fit monsieur de Chievres, et pareillement ladite dame de Portian, qui était sa mère. L'archiduc baisa les dames, et l'archiduchesse les dames de Portian et de Renty, et la damoiselle de Reux ; et de là s'en alla en sa chambre, où elle fut conduite par la dame de Vendôme et les autres dames dessus dites, lesquelles s'en retirèrent en leurs chambres audit château ; et pour ce soir Farchiduc
i5i LOUIS XII ET PHILIPPE LE BEAU
mangea seul en sa chambre en la tour de Savoie, et l'archiduchesse en sa chambre ; monsieur de Ligny mangea en la Tour du roi, où il festoya de la part de ladite dame de Vendôme le comte Palatin , les sieurs de Chievres, de Melun, de Reux, et plusieurs autres gens de condition ; les sieurs de Besançon, de Bergues et de Cambrai soupèrent en leurs chambres, parce qu'ils mangeaient du poisson; les sieurs Philippe le Bâtard, de Ville, le grand Écuyer, et les sommeliers du corps soupèrent en une autre chambre. Ladite dame de Vendôme soupa en son logis croyant festoyer les femmes de Tarchiduchesse, lesquelles furent excusées parce qu'elles étaient fort lasses à cause du mauvais temps qu'il' avait fait ce jour; madame de Halluyn fut servie en sa chambre, parce que ce jour ne mangeait que poisson. Après le souper l'archiduchesse se trouva en sa salle où avaient soupe l'archiduc et toutes les dames, et là furent dansées trois ou quatre danses d'Allemagne, et dansa l'archiduc; ce fait, chacun se retira. Dans ledit château furent logés l'archiduc et l'archiduchesse, leurs femmes et valets de chambre, les sieurs de Ligny, de Besançon, de Cambrai, de Bergues, de Chievres, Philippe le Bâtard, de Ville, de Melun, le grand Ecuyer, et toutes les dames dessus nommées; la porte demeura toujours ouverte jusqu'à ce qu'on se retirât, et fut délivré vin et viande à tous ceux qui en voulaient avoir. Par l'avis du sieur de Ligny, et autres gens étant là de par le roi, il fut avisé que les soudoyers, étant pour la garde dudit château, ne bougeraient de la porte avec leurs bâtons comme ils ont accoutumé, et si se fit le guet de nuit, réservé qu'ils ne vinrent point en la galerie, et au quartier où l'archiduc était logé, et si ne sonna-t-on point les cloches dont on a accoutumé de réveiller le guet»
SÉJOUR A NOYON Et A ÛOMPIÈGNE 6tt
La porte fut fermée, et le lendemaia ouverte par le capitaine dudit lieu, qui lors était le bâtard de Saint- Paul, sieur de Ville.
Le lendemain dix-huitième jour du mois de novem* bre, rarchiduc ouït la messe bien matin et alla voirie château, où il fut mené par les sieurs de Ligny et de Ville partout, et fit tirer largement artillerie : cependant Tarchiduchesse ouït la messe en la chapellei où raccompagnèrent madame de Vendôme et les autres dames dessus nommées, et n'entrèrent que lesdites dames de Vendônte, de Portian et de Renty en son oratoire, et non plus. Aa pai^tir de la messe elle alla dîner en sa chambre, et dînèrent avec elle lesdites dames de Portian et de Renty; ladite dame de Vendôme n'y dîna point, parce que ce jour elle partit incontinent après ladite messe, et s'en alla eu litière; l'archiduo dîna en sa salle, et fit dîner le comte de Ligny avec lui ; le demeurant des gens de condition dînèrent où ils avaient soupe le jour précédent.