ARRIVÉE A DLOIS. ~ RÉCEPTION DE L*ARCHIDUC HORS LES MURS
Le sixième jour du mois de décembre, toute la compagnie délogea d'Orléaiis, et alla l'archiduc ouïr messe à Cléry, où ils ^dînèrent, et allèrent au gîte à Saint-Laurent des Eiaux. Il n'y eut que monsieur de Ligny et madame de Vendôme qui furent avec eux, tout le demeurant alla par Beaugency pour la presse des logis, et tous les seigneurs qui étaient de la part du roi tirèrent dudit Beaugency droit à Blois.
Le lendemain, qui fut le septième jour dudit mois, veille de Notre-Dame des Avents, partirent lesdits sieur et dame dudit Saint-Laurent, et allèrent dîner à Saint-Dié, qui est un village à trois lieues de Blois, et de là coucher audit lieu de Blois, où ils trouvèrent le roi et la reine. Au partir de Saint-Dié, l'archiduc trouva le grand fauconnier du roi, et les autres fauconniers avec leurs oiseaux, que Sa Majesté lui avait envoyés pour prendre quelque plaisir; par quoi Tarchiduc se retira à l'écart, et ce fut la cause de le faire arriver un peu tard audit lieu de Blois. Au partir de ladite dînée, et avant que se retirer à l'écart, vinrent à la sortie du village de Saint-Dié audevant desdits archiduc et archiduchesse, l'archevêque de Sens, monsieur de Rohan, et autres seigneurs, avec grande compagnie de gentilshommes, pour faire accueil auxdits sieur et dame. Environ mi-chemin trouvèrent les sieurs de Laval, d'Avaugour, le maréchal de Rieux, de Qaintin, et grand nombre de gentilshommes, qui pareillement ifireat comme les autres. Au bout du faubourg de la ville, étaient les ducs d'Alençon et de Bourbon, avec Saint- Georges, cardinal, messieurs de Montpensier, de Ven-
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dôme, sieur de Champigny, et grand nombre de gens de haute condition, tant princes du sang, prélats, comme séculiers, qui y étaient bien en nombre de cinq à six cents chevaux, lesquels d'aussi loin qu'ils aperçurent l'archiduc, ils marchèrent au-devant de lui pour se rencontrer à mi-chemin de la vue d'eux deux, et s'en allèrent tous ensemble vers cet archiduc. A l'approcher, ils se firent de grandes salutations et Dieu-garde, et cela d'assez loin ; et parce que, comme dessus est dit, rarchiduchèsse ne baisait personne, ils ne s'y avancèrent point, et s'en retournèrent ledit seigneur de Bourbon avec le cardinal de Luxembourg vers l'archiduc, qui se mit auprès de lui du côté droit, ayant ledit cardinal au côté gauche. Monseigneur d'Alençon et le cardinal de Saint-Georges demeurèrent avec l'archiduchesse. Ledit seigneur d'Alençon était devant elle, ayant le marquis de Mont ferrât auprès de lui du côté gauche. Auprès de l'archiduchesse, à main droite, était l'évêque de Cordoue, ambassadeur d'Espagne, et à gauche, le cardinal de Saint-Georges. L'archiduchesse était sur une haquenée harnachée de velours cramoisi, la dame de Vendôme après elle avec ses femmes ; leurs haquenées étaient harnachées de velours noir, et les litières et chariots en la manière accoutumée.
§ 14. — RÉCEPTION DE l'ARCHIDUC ET DE l'ARCHIDUCHESSE AU CHATEAU DE BLOIS PAR LE ROI ET LA REINE DE FRANGE.
En cet état s'en alla la compagnie le long de la ville de Blois, où ils trouvèrent grand nombre de torches parce qu'il était quasi nuit. Est à noter qu'en ladite ville ne leur fut faite aucune entrée comme es autres villes, parce que le roi et la reine y étaient; et
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ainsi allèrent jusqu'au château, où depuis rentrée de la basse-cour jusqu'à la porte du logis neuf était grand nombre des archers de la garde à deux rangs; depuis ladite porte du logis neuf jusqu'à la grande vis, étaient les Suisses pareillement à deux rangs ; et depuis ladite vis jusqu'au long de la grande salle, et jusqu'à la salle où attendait le roi, était le demeurant des quatre cents archers pareillement en deux rangs, lesquels avaient leurs hoquetons d'orfèvrerie, leurs hallebardes en leurs mains, et tenaient grand nombre de torches, tellement qu'il y faisait ■ aussi clair que le jour. Au derrière desdits archers, y avait si grand nombre de gens, qu'il n'était possible de passer sinon par le chemin fait par eux. L'archiduc, accompagné comme dessus est dit, entra dedans la porte dudit logis neuf, descendit sous ladite porte et fut mené tout le long de la grande salle où était le roi; et était toujours monseigneur de Bourbon auprès de l'archiduc qui lui baillait l'honneur. Cette salle était richement tendue, qui avait sur la cheminée un ciel de drap d'or frisé ; au-devant de cette cheminée était un grand tapis velu, sur lequel était la chaise du roi où il était assis, ayant auprès de lui monseigneur d'Angoulême, messieurs le Légat et de Brienne. La salle était si pleine, qu'à grand'peine y pouvait-on entrer. A l'entrée d'icelle, l'archiduc ôta son bonnet, et dit monsieur de Brienne au roi : « Sire, voilà l'archiduc ». Et le roi en souriant répondit : « Voilà un beau prince ». L'archiduc fit jusqu'à trois honneurs, avant qu'arriver au roi. Au commencement que l'archiduc entra dans la salle, le roi se leva, et commença à marcher vers ledit archiduc à petits pas; au second honneur que fit ce prince, le roi s'avança et ôta son bonnet; et au troisième honneur, le roi l'embrassa,
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puis parlèrent quelques mots assez bas; ensuite le roi remit son bonnet, ledit archiduc restant toujours encore la tête nue, sur quoi le roi le pressa beaucoup de se couvrir; mais il répondit qu'il était en son devoir. Ils se remirent là-dessus encore à parler ensemble. L'archiduchesse suivait l'archiduc le long de la ville jusqu'au château, mais la presse fut si grande qu'elle ne put entrer quant et lui ; elle descendit au lieu où l'archiduc était descendu, et trouva la dame de Nevers, mademoiselle de Montpensier, madame de Rohan, mademoiselle de Candole, et grand nombre des femmes de la reine qui la recueillirent à la descente de sa haquenée. Elle passa outre tout le chemin qu'avait fait l'archiduc jusqu'à l'huys de la salle où était le roi. A ladite entrée lui fut demandé à haute voix si elle baiserait le roi, de quoi elle demanda congé à l'évêque de Cordoue, qui lui répondit que oui; et répondit audit personnage que oui. Elle entra en la salle, où, dès que le roi sut qu'elle venait, il laissa l'archiduc avec les autres seigneurs qui étaient là, et s'en vint au-devant d'elle jusqu'à l'huys, tellement qu'elle n'eut le loisir que lui faire deux honneurs qu'elle fit bien bas, et la baisa le roi la tête nue, puis la prit par le bras, la mit au-dessus de lui, et la mena le long de la salle jusqu'au lieu où était sa chaise, où il trouva l'archiduc et monseigneur d'Angoulême, lequel l'archiduchesse baisa; puis, lui dit le roi : « Madame, je sais bien que vous ne demandez qu'à être entre vous femmes, allez-vous-en voir ma femme, et laissez-nous entre nous hommes ». Cela dit, elle lui fit l'honneur, passa outre, et entra dans une autre chambre, où à l'huys d'icelle trouva la duchesse de Bourbon, accompagnée de mademoiselle sa fille, de mademoiselle d'Alençon, de Romont, et la plus jeune de Rohan; là
se firent Icsdites deux dames bien grand honneur et belle chère. Ce fait, elle baisa lesdites damolselles dessus nommées, puis se mit madame de Bourbon au-dessous d'elle, ce que l'archiduchesse ne voulait souffrir, et se présentèrent plusieurs fois l'honneur l'une à l'autre, mais madame de Bourbon demeura toujours au-dessous, et en cet état s'entreprirent l'une l'autre, et cheminèrent pour entrer dans la salle où était la reine; mais ils furent longtemps dans la chambre pour la grande presse qui y était, ne pouvant quasi marcher ni avancer. Cependant passa l'archiduc qui venait de devers le roi par la chambre où étaient les deux dames; et là dit le Dieugarde à ladite dame de Bourbon; puis passa outre, et entra en la chambre de la reine, à laquelle il fit la révérence, comme il devait. Et parce que l'archiduc passa le premier, la presse fut si grande qu'il fallut que l'archiduchesse demeurât en la chambre de Madame Claude, jusqu'au retour dudit archiduc, lequel fut mené par monsieur de Brienne et monsieur de Ligny en sa chambre. Ce fait, marchèrent les dames et entrèrent en ladite salle, à l'entrée de laquelle ne se firent nuls honneurs, pour ce que la presse y était si grande, que l'on ne savait choisir la reine, et ne la virent qu'ils ne fussent auprès d'elle de quelque quatre enjambées. Elle était assise dans sa chaire devant la cheminée sous le dosselet, auprès d'elle le prince d'Orange et autres grands personnages qui seraient longs à raconter. Dès que la reine aperçut l'archiduchesse, elle se leva debout, et ladite dame lui fît l'honneur seulement en pliant le genou ; madame de Bourbon, qui la tenait par le bras, le fît jusqu'à terre, et acheva ses deux honneurs un peu plus bas; la reine ne marcha au-devant d'elle que deux ou trois pas
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puis la baisa en lui faisant très bonne chère, et grand accueil, lui donnant à entendre qu'elle était très aise de sa venue; les paroles ne furent guère longues entre elles ; puis l'archiduchesse prit congé de la reine, et se retira en sa chambre. Au bout du tapis sur quoi était la chaire de la reine, environ à deux enjambées près d'elle, étaient mesdames les duchesse d'Alençon et comtesse d'Angoulême; et un peu plus derrière étaient mademoiselle de Foix et la comtesse de Dunois ; tout au long de la paroi de la salle étaient toutes femmes. L'archiduchesse baisa les quatre dames dessus nommées, et non pas les autres femmes, parce que madame de Bourbon l'en empêcha, car elle n'eût eu jamais fait. De là elle passa par devant la reine, en lui faisant derechef l'honneur, et se retira en son logis, où ladite dame de Bourbon la conduisit. Après que l'archiduchesse fut passée, la reine se remit en sa chaire, et par madame de Vendôme fit amener vers elle madame de Halluyn, laquelle elle baisa en lui faisant très bonne chère : les damoiselles d'Alençon et de Bourbon, et les dames de Vendôme, de Nevers, et autres qui étaient venues jusqu'à l'accueil de l'archiduchesse, la suivirent jusqu'en sa chambre. A Thuys de la salle devant sa chambre, elle trouva Madame Claude, que portait la fille de madame de Toumon, pour ce que ladite dame de Tournon sa mère, qui gouvernait ladite dame Claude, portait le grand deuil; laquelle dame Claude était accompagnée de madame d'Angoulême, mademoiselle Anne d'Alençon et de la duchesse de Valentinois; et après cela madame de Tournon, avec quatre ou cinq femmes de grande apparence; et après ce, y avait vingt ou vingt-quatre petites filles, dont la plus âgée n'avait que treize ans, avec une damoiselle qui les gouvernait. La petite dame Claude
se prie si fort à crier que l'on ne lui dit point pour lors le Dieu-garde, et ne fut fait là aucun honneur, mais fut portée la petite dame en sa chambre : les dames passèrent au long de la salle, et entrèrent en la chambre de l'archiduchesse, où elle et madame de Bourbon s'assirent chacune tout bas sur des carreaux, et devisèrent quelque peu de temps ; puis se leva ladite dame de Bourbon, et appela madame de Vendôme et lui dit : « Ma tante, pour ce que je sais bien que madame ma nièce a besoin de se reposer, j'ai peur de lui donner empêchement, vous êtes plus privée d'elle que je ne suis, vous achèverez de lui montrer son logis et, s'il lui faut aucune chose, vous le ferez savoir ». Ces paroles dites, ladite dame de Bourbon et toutes les autres dames se retirèrent et ne demeura avec l'archiduchesse que la dame de Vendôme, laquelle l'accompagna et servit tant que ladite dame fut à Blois ; car ainsi lui avait commandé la reine de ce faire.
§ 15. — DESCRIPTION DE l'aMEUBLEMENT DU CBATEAU DE BLOIS.
Et pour parler de l'accoutrement du château de Blois, la grande salle par où entrèrent lesdits archiduc et archiduchesse était fort grande, et était tendue d'une tapisserie de la' destruction de Troye, et pareillement une chapelle, qui était au bout de ladite salle. La salle où mangeait le roi et où l'archiduchesse se trouva, était tendue d'une tapisserie qu'on appelait la tapisserie de Formigny; tout à Tentour et par en haut, de même tapisserie; sur la cheminée avait un dosselet de drap d'or frisé bien riche. La chambre de la jeune Madame Claude, qui était suivant la salle du roi, était tendue d'une bergerie où étaient