I. HABITANTS DES CAVERNES OU TROGLODYTES
c II y a quelques années, on n'aurait pas trouvé à
.^ donner à ce chapitre de meilleur titre et de plus juste
^ que celui de bouteille à V encre. En effet, jusqu'à
cette époque, quand il s'agissait des premiers habi-
-H tants de la Gaule, c'est-à-dire du pays compris entre
J^les Alpes, le Rhin, les Pyrénées, la Méditerranée,
^^rOcéan et la Manche, on ne parlait que des Galls,
^des Celtes, des Kymris, des Ligures et des Ibères,
.^-autrement dit des populations dont les noms et
'^rhistoire se trouvent rapportés dans les écrivains
^'de l'antiquité.
Aujourd'hui il ne peut plus en être ainsi. Il y a une fbouzaine d'années que l'on a commencé à avoir des <)données certaines sur Texistence d'hommes qui, en
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groupes plus ou moins nombreux, ont vécu sur notre sol simultanément avec les éléphants à toison et à crinière ou mammouths, les rhinocéros et les hippo* potames; avec des ours, des lions, des tigres, des hyènes, des cerfs, dont les dimensions dépassaient do beaucoup celles des espèces qui subsistent actuellement; et enfin avec des animaux comme les rennes qui depuis longtemps ont émigré vers d'autres climats.
L^existence de ces populations qui habitaient les cavernes et que, pour cette raison, on désigne sous le nom grec de Troglodytes, est constatée, disent MM. de Quatrefages et Hamy, t non-seulement par les produits de leur industrie rudimentaire enfouis au sein des couches non remaniées parmi les restes des mammifères fossiles caractéristiques, mais aussi par leurs propres ossements. »
On sait que les périodes géologiques par lesquelles notre globe a passé pour arriver à l'état actuel sont classées en cinq groupes désignés ainsi d'après la nature de leurs terrains : Terrains primitifs, terrains do transition, terrains secondaires^ terrains tertiaires, terrains quaternaires et modernes.
Si Ton n'a pas jusqu'ici rencontré d'ossements humains dans les terrains tertiaires, on y a trouvé en revanche divers objets travaillés, ce qui sufïit à constater l'existence de Thomme à cette époque; mais ils abondent dans les terrains de la période géologique suivante, c'est-à-dire dans les terrains quaternaires.
Pendant longues années on a méconnu complètement la nature des débris que, depuis le commencement du xvni« siècle, un coup de pioche mettait dp temps en temps au jour. Le premier débris hu-
main fossile que Ton ait oonservé lut trouvé en 1700à Canstadt près Stuttgart; c'était un fragment de crâne qui ne fut reconnu pour tel qu'en 1835 ; car pendant près d'un siècle et demi on n'attacha guère d'importance aux trouvailles assez répétées du même genre.
Tous ces ossements appartenaient à la race peutêtre la plus ancienne qui ait habité notre pays, à celle qui était contemporaine du mammouth. D'après l'examen des crânes les anthropologistes ont reconnu qu'elle offrait une assez grande ressemblance avec la race des indigènes de rAustralio, qui, au point de vue de Tintelligence, occupe l'un des derniers sinon le dernier ^helon de l'espèce humaine.
Signalons en passant un fait curieux. — Il y a quelques années (1864), Tévèque de Nancy ayant ordonné une révision complète de toutes les reliques de son diocèse, on eut à examiner le crâne de l'Irlandais S. Mansuy, évêque de Toul au \i« siècle, qui était conservé dans la cathédrale de cette ville. Or, ce crâne, d'après l'examen minutieux qui en a été fait par des médecins, offre, en les exagérant, tous les caractères de cette première race fossile.
A cette race disparue avec les grands mammifères caractéristiques du premier âge quaternaire, succéda dans la période suivante, une nouvelle race qui occupa une partie de l'Europe occidentale. Comme la précédente, elle n'habitait guère que les cavernes où sont conservés ses vestiges. Elle est désignée sous le nom de race de Cro-Magnon, parce que c'est dans une localité de ce nom (départ, de la Dordogne) que l'on en a découvert en 1868 f des spécimens nombreux et importants ; c'est-à-dire
les squelettes entiers de deux hommes et d'une femme, et les fragments d'un quatrième individu. Au mois d^avril 1874, dans un abri sous roche, près du village de Sorde (Landes), outre une cin«« quantaine de canines d'ours et de lion percées d'un trou et qui faisaient certainement partie d'un bracelet ou d'un collier, on a trouvé trente sque-
Cr&ae de la race Cro-Magnon.
lettes et un crâne de femme portant les traces d'une blessure, et^ chose singulière, cett^^blessure est tout à fait semblable à celle qui s'aperçoit sur le crâne de femme recueilli à Cro-Magnon. Il y a peut-être là un indice d'anthropophagie.
Le sud-ouest de la France a jusqu'ici fourni le plus de vestiges de cette race fort en progrès
Hachette en silex trouvée dans département Couteau
do la Dordogne, en silex.
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sur celle qui Tavait précédée. On en retrouve aussi des traces dans la vallée de la Meuse, dans le Nord de la France et en Italie, et comme les recherches ne font, à proprement parler, que de commencer, on arrivera sans doute à constater qu'elle était répandue sur une vaste étendue de territoire. Elle s'est éteinte à son tour, mais point complètement, et aujourd'hui elle est représentée chez nous, comme
Ronne gravé sur uq ob tiroQTé & Thaîogea (cant. de Schaffuuse).
la précédente, par des individus isolés dont le type perpétué, selon les lois de Fatavisme, tranche tout à fait sur celui de nos populations actuelles. Il paraît que ces types se retrouvent également dans certaines tribus des Kabyles et parmi les Guanchos de nie de Ténériffe. Enfin une découverte récente faite près de Menton, permet de signalepFexistence dans les Alpes-Maritimes, à Tépoquede Tâgede la pierre, d'une race de très-grande taille.
Ces races fossiles, et qui; comme ûous l'avons dit.
n'étaient peut-être pas les premières, se servaient uniquement d'instruments et d'armes en pierre et en os que Ton a retrouvés soit dans les terrains contenant des ossements d'animaux aujourd'hui disparus, soit dans des cavernes dont les unes leur ont servi de demeure, et les autres de sépulture. Mais parmi ces populations il n'y avait pas seulement des ouvriers fabriquant avec une trèsgrande habileté des instruments en pierre et en os ; il y avait aussi des artistes qui gravaient sur des os l'image des animaux qu'ils avaient sous les yeux, et qui les ont rendus avec une telle vérité qu'il est impossible de les méconnaître. On ne possède encore que de bien rares spécimens de leurs œuvres, mais on en découvre tous les jours. Nous donnons ici l'un des derniers trouvés et l'un des plus remarquables. (Voy. p. 6.)