II. POPULATIONS LACUSTRES
Outre ces populations habitant les cavernes, il y avait encore en Gaule des populations vivant sur les lacs et dont l'existence ne nous a été révélée que depuis une vingtaine d'années.
Dans rhiver de 1853-54. à l'époque des basses eaux, on exécutait des travaux à Meilen, sur le lac de Zurich, quand un savant antiquaire, M. Ferdinand Keller, passant par là accidentellement, vit retirer d'un limon noir sur la plage abandonnée par les eaux, des pieux à demi décomposés et auprès desquels se trouvaient un morceau de métal, des fragments d'une poterie grossière, des ustensiles et des armes en pierre et en os, objets qu'il reconnut offrir la plus parfaite analogie avec des objets ana-
togues rencontrés précédemment dans les tourbières de la Scandinavie. Cette découverte fît grand bruit. On se mit à fouiller les autres lacs de la Suisse, les lacs d'Annecy et du Bourget en France, et on parvint à y retrouver la trace de nombreuses habitations lacustres. Toute ces explorations ont donné les mêmes résultats. Elles ont fourni une foule d'objets du plus haut intérêt et qui se rattachent aux époques désignées habituellement soils les noms d'âges de la pierre, du bronze et du fer. La présence de quelques médailles gauloises prouva de plus que ces habitations^ construites dans le but de se garantir des attaques d'ennemis ou de bêtes féroces, ont persisté fort longtemps. Elles ont du reste été en usage dans les différentes contrées de TEurope, et nous pouvons très-bien nous en faire une idée par la description qu'Hérodote (liv. V, ch. 16). nous a laissée des demeures des Pœniens sur le lac Prasias, en Macédoine. « Voici, dit-il , comment sont bâties leurs maisons : sur des pieux trèsélevés, enfoncés dans le lac , ils posent des planches jointes ensemble. Un pont étroit est le seul pasgage qui y conduise do la rive. Chacun a sur ces planches une cabane avec une trappe, et dans la crainte que leurs enfants ne tombent par cette ouverture ils les attachent par le pied avec une corde. » Dans ces cabanes étaient entassés avec eux leurs chevaux et leurs bêtes de somme, et comme le fourrage devait nécessairement leur manquer? souvent, c'était avec du poisson qu'ils les nourrissaient
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Populations de la Gaule aui temps historiques.
A Fexception des côtes méditerranéennes où les Phéniciens fondèrent de bonne heure des établissements commerciaux, les anciens n'eurent pendant bien longtemps que des notions fort vagues et fort erronées sur la Gaule. Peu à peu la lumière se fit à mesure que les armées romaines pénétrèrent dans l'intérieur du pays ; mais ce fut seulement après la conquête de la Gaule entière par César que Ton commença à posséder des données précises sur la contrée qui, pendant des siècles, avait dû être le théâtre d'immigrations et d'émigrations incessantes de populations ayant les origines les plus diverses; mais parmi ces populations divisées encore en 106 peuples du temps de l'historien Joseph deux grandes races dominaient : les Ligures et les Celtes ou Gau« lois.
Ce nom de Celtes était le nom des habitants d'une partie de la Gaule, do la Celtique, c'est-à-dire du pays situé entre le Rhône, les Alpes, la Méditerranée, la Garonne, l'Océan, la Seine et la Marne. Touchant d'un côté au territoire de Marseille, ils furent les premiers en contact avec les Grecs qui comprirent sous ce nom l'ensemble des populations de la Gaule, que pendant longteinps ils ne connurent qu'imparfaitement. Plus tard, quand on fut mieux informé, le véritable nom du pays et de la
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mce {Gallia, Galli) prévalut, et les Romains s'en sont toujours servis pour désigner les terribles adversaires qui les mirent à deux doigts de leur perte.
Gravé chet Zrlurd Carte de la Geôle.
Mais cette appellation de Celtes , que Polybe et d'autres après lui semblent employer indifféremment avec celle de Gaulois, s'est maintenue jusqu'à nous ; aujourd'hui on l'applique spécialement aux races qui
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parlaient une langue dont des dialectes plus ou moins altérés subsistent encore en Bretagne, dans le pays de Galles, dans les montagnes d'Ecosse et en Irlande, races plus ou moins homogènes qui, sans parler de leur extension en Italie, en Allemagne, sur les bords du Danube et en Asie, ont peuplé non- seulement la Gaule, mais la plus grande partie de la Suisse et les Iles Britanniques.
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Ligores.
Dans le fragment d'une tragédie perdue que Strabon nous a conservé, Eschyle fait parler ainsi Prométhée indiquant à Hercule la route qu'il doit suivre pour aller du Caucase aux Hespérides :
c Tu rencontreras (en Gaule) la vaillante armée des Ligyens (Ligures), et si grand que soit ton courage, crois-moi, il ne se plaindra pas du combat qui t'attend. A un moment (tel est Farrêt du Destin) les flèches te manqueront, et le sol qui est mou ne pourra te fournir une seule pierre pour farmer. Heureusement Jupiter aura pitié de toi ; il amassera au-dessous du ciel de lourds et sombres nuages, et une grêle de cailloux arrondis couvrira la surface de la terre. Avec ces nouvelles armes tu pourras disperser sans peine l'innombrable armée des Ligyens. 1
C'est là, je crois, la première mention des Ligures ot de la fable imaginée pour expliquer Torigine de
cette plaine caillouteuse située entre le Rhône et rétang de Berre (Bouches-du-Rhône), plaine qui de» les temps les plus reculés portait le nom de champ de pierres et qu*on appelle aujourd'hui la Crau.
Plaioe de U Craa.
D'où venaient ces Ligures que Ton retrouvait à la fois en Italie et en Gaule ? les anciens avouaient leur complète ignorance à ce sujet, c On ne connaît pas leur patrie, dit Denys d'Halicarnasse, et l'on ne sait rien de certain sur eux. Ils immolaient des vie* times humaines à Saturne, comme Fusage en exis« tait jadis à Carthage, et comme cela a encore lieu chez les Gaulois et d'autres nations occidentales. •
Les modernes sont plus hardis ou plus avancés que l'historien grec. Ils s accordent généralement à regarder les peuples que les Grecs appelaient Li'
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gyens, et les LatinsLzgures, comme venus de Touest de PEspagne. Aussi loin qu'on peut remonter, on les trouve établis le long de la mer depuis Içs Pyrénées jusqu'à TArno, et c'est d'eux que lé golfe de Lion (golfe Ligyen) a tiré son nom. En Gaule, et probaljlement après de longues luttes contre les indigènes, ils fmirent par occuper toute la côte à Touest du Rhône jusqu'aux Cévennes, et à l'est du fleuve le pays situé entre T Isère, les Alpes, le Var et la mer. Mais il est à présumer qu'il y avait dans leurs possessions plus d'une esclave celte ; et en outre ils étaient plus on moins mêlés aux Ibères, race primitive de l'Espagne, dont les populations basques des deux côtés des Pyrénées sont regardées comme un débris.
Diodore de Sicile, dans son V« livre, nous a fait des Ligures d'Italie un tableau dont les traits généraux doivent s'appliquer aussi aux Ligures de la Gaule. Il nous les dépeint comme maigres, adroits, endurcis à la fatigue, et intrépides non-seulement à la guerre, mais dans toutes les circonstances criti« ques de la vie. Les femmes étaient robustes comme les hommes, et les hommes vigoureux comme les bètes féroces. < On raconte, dit-il, que souvent le plus maigre Ligurien a terrassé le plus fort Gaulois provoqué à un combat singulier. Ils portent comme arme défensive un grand bouclier à la gauloise » et comme arme offensive une épée de médiocre gran- .deur; leur tunique est serrée par une ceinture. Leurs habits sont faits de peaux. » Lui et Strabon s'accordent à dire que les Ligures, bien que d'une race différente des Celtes, s'en rapprochaient beaucoup par leur manière de vivre. Il y a pourtant un point 9ur lequel les deux peuples offraient un con-
traste frappant. Les femmes étaient comptées pour peu de chose chez les Gaulois, et leur sort n'était guère meilleur que celui des individus de leur sexe, chez les sauvages de rAmérique; il n'en était pas de même chez les Ligures, et c'est à eux et non aux Celtes, comme on l'a prétendu, qu'il faut rapporter le trait suivant raconté par Plutarque dans son traité Des vertus des femmes :
c Une affreuse guerre civile ayant éclaté une fois chez les Ligures, dit-il, les femmes se jetèrent au milieu des combattants, et s'étant enquis du sujet de la querelle, elles accordèrent le différend avec une telle habileté qu'elles rétablirent la paix dans les villes et les familles. Aussi depuis cette époque la coutume jse conserva chez eux d'appeler les femmes à délibérer sur la paix et la guerre, et de les charger de juger leurs querelles avec leurs alliés. Dans le traité qu'ils conclurent avec Annibal, ils insérèrent la clause suivante : c S'ils avaient à se plaindre des Carthaginois, ils s'adresseraient aux chefs carthaginois en Espagne; dans le cas in verso, la cause serait déférée aux femmes des Ligures. »
Les Gaulois. — Icor portrait. — leur caractère.
« Les Gaulois, dit Diodore de Sicile (contemporain do César et d'Auguste), sont grands, ont la chair molle et la peau blanche. Leur chevelure est na* turellement blonde et pour rehausser encore cette
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couleur, ils la lavent souvent avec de Feau de chaux. Ils la rejettent du front sur le haut de la tête et sur la nuque, ce qui leur donne Tair de satyres et de Pans, et elle devient ainsi tellement épaisse qu'elle ressemble à la crinière des chevaux. Les uns se rasent la barbe que d'autres laissent
Tète de chef gaulois gravée sar une monnaie d'Arimininm (Rimini).
croître modérément. Quant aux nobles, ils ne gardent que les moustaches ; et lorsqu'ils mangent les aliments s'y embarrassent, et lorsqu'ils boivent la boisson y passe comme à travers un filtre.
c Leur aspect est terrible, leur voix rude et retentissante. Dans la conversation, ils sont avares de
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pirol63, obscurs, et énoncent leurs idées par figures et d*une manière enveloppée. Ils font grand usage de rhyperbole soit pour se vanter soit pour ravaler les autres. Ils sont du reste menaçants, enflés et emphatiques. Leur esprit est vii et ouvert à Tins* Iruction. i
Tels ils étaient du temps de Diodore et bien longtemps avant lui, tels les retrouve quatre siècles plus tard un autre historien (mort en 390), Ammien Marcellin , qui avait vécu en Gaule, c Presque tous les Gaulois, dit-il, ont une taille élevée, la peau blanche, la chevelure d'un blond ardent, le regard farouche et terrible, la voix rude et menaçante, même quand ils ne sont point en colère. Ils sont querelleurs et arrogants. »
c Tous les peuples appartenant à la race dite gailique ou galatique, dit à son tour Strabon (trad. A. Tardieu), sont fous de guerre, irritables et prompts à en venir aux mains ; du reste^ simples et point méchants. A la moindre excitation, ils se rassemblent en foule et courent au combat, mais cela ouvertement et sans aucune circonspection, de sorte que la ruse et Thabileté militaires viennent aisément à bout de leurs efforts. En effet, on n'a qu'à les provoquer quand on veut, où Ton veut et pour le premier prétexte venu, on les trouve toujours prêts à accepter le défi et à braver le danger sans autre arme même que leur force et leur audace. D'autre part, si on les prend par la persuasion, ils se laissent amener aisément à faire ce qui est utile, témoin l'application qu'ils montrent aujourd'hui même pour l'étude des lettres et de l'éloquence. Cette force dont nous venons de parler , tient en partie à la nature physique des Gaulois qui sont
tous des hommes de haute taille; mais elle provient aussi de leur grand nombre. Quant à la facilité avec laquelle ils forment ces rassemblements tumultueux, la cause en est dans leur caractère franc et généreux qui fait qu'ils sentent Tin jure de leurs voisins comme la leiur propre et s'en indignent avec eux. Aujourd'hui, à vrai dire, que les peuples asservis aux Romains sont tenus de prendre en tout les ordres de leurs maîtres, ils vivent entre eux dans une paix profonde. »
Un autre caractère distinctif de la race, nous est signalé par Dion Gassius. « Les Gaulois, dit-il, sont entraînés en toutes choses par une passion désordonnée et n'ont de mesure ni dans la confiance ni dans la crainte. Ils passent de l'audace à une terreur subite, et de la terreur à une folle audace, i Ce portrait est complété par Strabon : c  leur franchise, à leur fougue naturelle, ils joignent une grande légèreté et beaucoup de fanfaronnade... Cette frivolité de caractère fait que la victoire les rend d'un orgueil insupportable, tandis que la dé^ faite les abat. »
Femmes Gauloises. — Histoire de Sabinos.
Des Gauloises les anciens nous ont dit à peine quelques mots. Au dire d'Athénée, elles étaient les plus belles de toutes les femmes des barbares, et suivant Strabon, elles étaient aussi fécondes qu'excel-
lentes nourrices. En outre, c'étaient de vigoureuses ménagères, c Aidé de sa femme qui est bien plus redoutable que lui, dit Âmmien Marceilin, le Gaulois dans une rixe tiendra tête à plusieurs étrangers. Il faut voir celle-ci, le cou gonflé par la colère, balancer ses robustes bras blancs comme la neige, et avec la force d'une catapulte lancer coups de poing et coups de pied à ses adversaires. »
Quant à leur costume, nous n'en savons absolument rien. César se borne à nous dire qu'elles étaient toujours échevelées.
LÎBur condition offrait de singuliers contrastes. Si dans les conventions matrimoniales elles étaient traitées sur le même pied que leurs inaris, ceux-ci avaient sur elles comme sur leurs enfants pouvoir de vie et de mort, c Lorsqu'un père de famille d'une naissance illustre vient à mourir , dit César , ses proches se réunissent. A-t-on quelque soupçon sur la cause de sa mort, : ses femmes sont mises à la torture comme de simples esclaves, et si on arrive à la découverte d'un crime, on les fait mourir par le feu et avec toutes sortes de supplices. »
Plutarque et d'autres écrivains nous ont conservé le souvenir d'un admirable dévouement d'une Gauloise pour son mari, et cette histoire touchante doit trouver place ici.
Lors de la révolte en Gaule de Julius Textor contre Vespasien (70 après J.-C), un jeune homme riche du pays des Lingons (Langres), nommé Julius Sabinus, assembla une armée et se fit proclamer empereur en se prétendant issu de Jules César. Il fut vaincu et de ceux qui avaient suivi son parti les uns tombèrent au pouvoir des vainqueurs , les autres se donnèrent la mort. Il lui aurait été facile
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de se réfugier chez les barbares ; mais il avait une femme qu'il aimait tendrement et qu'il ne pouvait se résoudre à emmener avec lui ni à abandonner. Plutarque l'appelle Emponé , Tacite Bpponine , et d'autres Pepolina et Peponilla. Dans la terre qu'il possédait, existaient des souterrains destinés à cacher les objets précieux et qui n'étaient connus que de deux de ses affranchis. Il renvoya tous ses autres serviteurs en leur disant qu'il allait s'empoisonner, et avec ses deux aifîranchis, gagna les souterrains ; puis il chargea l'un, nommé Martalius, de mettre le feu à son habitation et d'annoncer à sa femme que son corps avait été consumé dans l'incendie. Il voulait que la douleur de sa femme accréditât davantage le bruit de sa mort. En effet à cette nouvelle, elle se jeta à terre et passa trois jours et trois nuits au milieu des cris et des lamentations sans vouloir prendre de nourriture. Sabinus, qui en fut informé, craignit que le désespoir ne la tuât, et lui envoya dire secrètement par Martalius qu'il vivait, mais qu'il la priait de Continuer encore quelque temps à manifester sa douleur et à feindre de croire à son trépas. Epponino suivit ses conseils, mais bientôt elle ne put résister au désir de le revoir ; elle alla le trouver la nuit. Ses visites se renouvelèrent ainsi pendant sept mois. Puis sur une vague espérance d'obtenir sa grâce, elle le déguisa de manière à le rendre méconnaissable et le conduisit à Rome. Trompée dans son attente, elle le ramena dans la caverne et passa près de lui la plus grande partie de sa vie. faisant toutefois à Rome plusieurs voyages aussi infructueux que le premier.
Elle accoucha dans sa retraite, « supporta seule comme une lionne les douleurs de l'enfantement et
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mit aa inonde deiix fils qu'elle éleva comme deux petits chiens, si je puis parler ainsi, dit Plutarque ; l'un d'eux mourut en Egypte, et l'autre, ajoute-t-il, nommé Sabinus, alla dernièrement à Delphes avec moi »
Après avoir vécu ainsi pendant neuf ans, ils furent découverts et amenés à Rome devant Vespasien. Ëpponine lui dit en lui montrant ses fils : c Ces enfants, César, je les ai élevés afin que nous fussions plus de suppliants à venir devant toi. § Sa magnanimité et son éloquence firent couler les larmes des spectateurs, mais excitèrent au plus haut degré la colère de Vespasien qui se montra impitoyable. Il renvoya à la mort avec son mari. Quand elle vit que tout était perdu, elle s'écria : c César, il m'a c été plus doux de vivre dans les ténèbres et sous . c terre qu'à toi de t'emparer de l'empire. »
c Vespasien, dit l'historien grec, fut châtié de ce meurtre, car sa race fut anéantie en peu de temps. Rien sous son règne ne fut plus odieux et plus capable d'exciter le courroux des dieux et des Génies, t
lœars et Coutumes des Gaulois.
Ce que Polybe nous rapporte de la manière de vivre des Gaulois d'Italie put s'appliquer pendant bieQ longtemps aux peuples situés de ce côté-ci des
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Alpes, à ceux que les Romains désignaient sous lo nom de transalpins.
c Ils habitaient, dit-il, dans des bourgs sans murailles, et ne faisaient point usage de meubles; ils dormaient sur un lit de paille ou d'herbes, se nourrissaient presque uniquement de viande, et n'avaient d'autres occupations que la guerre et l'agriculture. Les arts et les sciences leur étaient inconnus. Leurs richesses consistaient en or et en troupeaux, les seules choses qu'il soit facile de transporter avec soi d'un lieu à un autre. •
Un écrivain grec du second siècle. Athénée, dans son Banquet des savants, nous décrit ainsi leurs repas, c Ils s'asseoient sur du foin (sur des peaux de loups ou de chiens^ au dire de Diodore) et placent leurs aliments sur des tables de bois peu élevées. Leur repas se compose de pain en petite quantité et de beaucoup de viandes bouillies, grillées Isur des charbons ou rôties à la broche. Les mets sont, il est vrai, servis proprement, mais les convives les dévorent à la façon des lions, prenant des deux mains des membres entiers et les mordant à belles dents. Si un morceau leur offre trop de résistance, ils le coupent avec un couteau placé dans une gaine attachée au fourreau de leur épée. Les riverains des fleuves ou de la mer mangent aussi des poissons rôtis et assaisonnés avec du sel, du vinaigre et du cumin qu'ils ajoutent même à leur boisson. Quand ils sont plusieurs à table, ils forment un cercle et le chef de la réunion est en général le personnage lo plus distingué par sa valeur, sa naissance ou sa richesse. Auprès de lui s'assied celui qui donne le festin. Los autres prennent place suivant leur rang. Derrière eux se tiennent debout les guerriers por*
tant de longs boucliers. Ceux qui sont armé^ de lances, assis en cercle plus loin, mangent en même temps que les maîtres. La boisson est contenue dans des vases de terre ou d'argent ; les plats sont de même matière ou d'airain ; quelquefois ils sont remplacés par des corbeilles d'osier ou de bois. Les riches boivent des vins dltalie ou du territoire de Marseille et ce vin, ils le trempent de temps en temps. La boisson des pauvres est une bière faite de froment et de miel, ou simplement de froment ; et dans ce cas on l'appelle Korma. » (Ce mot est encore usité en Irlande).
Les repas n'étaient pas toujours pacifiques. Les convives qui s'amusaient souvent à se provoquer à un combat singulier, ne ferraillaient d'abord que du bout des mains, suivant l'expression d'Athénée. Mais si, par hasard, ils venaient à se blesser, la colère les prenait et, à moins que les assistants nintervinssent, ils se battaient jusqu'à la mort. Dans les temps anciens, ajoute le même auteur, quand on servait une bête sur la table, la cuisse était lo partage du plus vaillant. Si quelqu'un la lui disputait ils se battaient à l'épée jusqu'à ce que l'un d'eux eût succombé.
L'ivrognerie était assez répandue parmi les gens de la basse classe, et, dit Ammien Marcellin, c on en voyait souvent, abrutis par l'ivresse, errer çà et là, en proie à ce que Gaton appelait une espèce de frénésie volontaire ; ce qui explique le mot de Cicéron dans son plaidoyer pour Fontéius : Les Gaulois vont mettre de Teau dans leur viri. Pour eux c'était y mettre du poison. »
Les voyageurs qui traversaient le pays étaient forcés de s'arrêter bon gré mal gré et do rcpondro