‹ L'histoire de FranceChapitre 102 sur 140 · LA GAULE ET LES GAULOIS AU MILIEU DU IV» SIÈCLE (APRÈS J.-C · texte numérisé non relu

LA GAULE ET LES GAULOIS AU MILIEU DU IV» SIÈCLE (APRÈS J.-C

§ 1» — LÉGENDES ANTIQUES SÛR L^ORieiNE DES GÀULOlS.

a Les anciens auteurs, privés de documents précis, ne nous ont transmis sur T origine des Gaulois que des notions incomplètes. Mais, plus près de nous, Timagène, Grec par l'activité d'esprit et par le langage, a tiré de divers écrits bien des choses longtemps ignorées ; voici le résultat de ses recherches*

« Des contemporains affirment que les aborigènes de cette contrée portaient le nom de Celtes y du nom , d'un roi chéri de ses sujets, et Galates; du nom de la mère de ce prince ; de là le nom de Galles (Gaulois) donné à ce peuple par les Grecs. D'autres rapportent qu'une colonie de Doriens était venue s'établir sur le littoral à la suite de l'antique Hercule. Selon les tra-

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ditions druidiques, une partie seulement de la population de la Gaule est indigène; l'autre provient de l'émigration d'insulaires lointains et de peuplades transrhénanes chassées de leurs foyers par des guerres fréquentes ou par les empiétements d'un Océan fougueux. Quelques-uns disent encore qu'un petit nombre de Troyens échappés à la ruine de leur ville, afin d'éviter les Grecs répandus partout, vinrent occuper cette contrée, alors déserte. Mais les habitants assurent avant tout, et leurs monuments confirment leur témoignage, que Hercule, fils d'Amphitryon, après avoir rapidement anéanti les tyrans Géryon et Taurisque, dont l'un ravageait l'Espagna et l'autre la Gaule, eut de son commerce avec les femmes des premières familles de ce dernier pays, plusieurs enfants qui donnèrent leur nom aux diverses régions qu'ils gouvernèrent. Ils disent en outre qu'une colonie asiatique, quittant Phocée pour fuir la tyrannie d'Harpole, satrape de Cyrus, aborda en Italie, où une partie fonda la ville luwinienne de Velia, tandis que le reste allait bâtir Marseille, dans la Gaule viennoise. Dans la suite des temps, cette dernière ville établit ellemême de nombreuses colonies. »

§ 2. — LA aViLlSATION DRUIDlQUfi.

c< La civilisation péuék'a peu à peu parmi les habitants de la Gaule ; le goût des arts de l'intelligenee se répandit sou» l'inspiration des bardes, des eubages et des druides. Les bardes chantaient, en vers héroïques, au son de kurs lyres, les exploits des hommes

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célèbres. Les cubages cherchaient dans la méditation l'explication de Tordre et des merveilles de la nature. Parmi eux se distinguaient les druides, qui, selon la prescription de Pythagore, réunis en société, se livraient aux spéculations les plus profondes et, détachés des choses d'ici-bas, soutenaient la doctrine de l'immortalité de Tâme. »

§ 3. — GÉOGRAPHIB PttïSIQUÊ.

« La Gaule, à l'exception des cantons maiitimes, est si bien séparée du monde par de hautes montagnes couvertes de aeiges éternelles, que l'on serait tenté d'attribuer à l'art l'ensemble de ses défenses naturelles. Baignée au midi par la mer Tyrrhénienne et le golfe Gallique, elle oppose au nord le Rhin comme barrière aux barbares; l'Océan et les Pyrénées l'enveloppent au couchant , et ati levant elle a pour limites et pour rempart le massif imposant des Alpes Cottiennes. C'est là que le roi Cottie, après la conquête des Gaules, se tint renfermé dans des défilés qu'il regardait comme inaccessibles; mais, s'humanisant enfin et admis dans l'amitié de l'empereur Octavien (Auguste), il s'immortalisa en ouvrant aux voyageurs par d'immenses travaux des chemins courts et commodes à travers les vieilles Alpes.

« Dans la chaîne des Alpes Cottiennes, qui commencent à la ville de Suse, s'élève une crête dont aucun chemin n'ouvre l'accès; la pente en venant de Gaule paraît douce, tandis que de l'autre côté on trouve une pente rapide, des rochers suspendus et

des précipices dont la vue seule fait frémir. Au printemps, quand la température adoucie détermine la fonte des neiges, sur une chaussée ravinée, coupée de fondrières et bordée des deux côtés de noirs précipices, on voit chanceler et tomber les piétons, le bétail et les voitures. Le seul expédient qu'on ait trouvé pour atténuer le péril consiste à employer des hommes et des bœufs qui, au moyen de grosses cordes attachées par derrière aux voitures retenant les attelages, leur permettent d'avancer sans trop de danger jusqu'au pied de la côte* Voilà ce qui se passe au printemps.

« En hiver, le tableau diffère : le sol, durci et poli pdfV la gelée, n'offre qu'un chemin glissant, qui force à marcher à pas précipités, et de larges fondrières, des ravins profonds auxquels une croûte de glace donne l'aspect de la plaine, engloutissent souvent ceux qui osent s'y risquer. Aus$i ceux qui fréquentent et connaissent ces lieux fichent en terre des perches qui jalonnent la voie la plus sûre et dirigent les voya* geurs dans leurs routes; mais si Tabondance des neiges cache ces pieux, ou s'ils disparaissent sous les avalanches, la traversée devient dangereuse, même avec le secours des paysans qu'on prend pour guides. Du sommet de ce versant italien jusqu'à un endroit nommé Mars se déroule Un plateau qui peut avoir sept milles d'étendue; là s'élève un autre pic plus raide encore, plus difficile à gravir et dont le sommet porte le nom de la Darnes nom qui lui vient d'un accident arHvé à une femme de qualité* De ce point, la route suit une pente plus douce et devient plus com-

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mode jusqu'au fort de Virgance (Briançon). Le tombeau du petit souverain qui construisit, comme nous avons dit, ces chemins, se voit près des murs de Suse. On vénère sa mémoire pour deux motifs : il gouverna avec équité ; par son alliance avec les Romains, il fit jouir son peuple d'une paix constante.

« Quoique la route dont nous venons de parler soit la plus directe, la pkis fréquentée et la plus renommée, on en a construit cependant d'autres dans des temps fort antérieurs. La plus ancienne est celle que fit l'Hercule thébain, lorsqu'il marcha, comme il a été dit, contre Géryon et Taurisque ; elle longe les Alpes Maritimes, que le héros appela Alpes (irec^iues. La citadelle et le port de Monaco, fondés par lui, sont aussi des monuments éternels de son passage dans ces contrées. Plusieurs siècles après, une autre partie des Alpes, plus au nord, prit le nom d'Alpes Pœnines à l'occasion du passage des Carthaginois sous Annibal.

« Le Rhône, abondant dès sa source, sort des Alpes Pœnines; vierge encore de tout tribut, il remplit son lit de son propre volume, descend avec impétuosité dans la plaine; il se jette ensuite dans un lac nommé Léman, qu'il traverse sans se mêler à ses ondes; mais, cherchant de l'autre côté une issue, il coule au-dessus d'une masse d'eau presque inerte et s'ouvre violemment un passage. De là, sans causer le moindre dommage, il parcourt la Savoie et le pays des Séquanais, poursuit son cours, arrosant à gauche la Viennoise et à droite la Lyonnaise, puis, formant brusquement un coude, il associe ses eaux à celles de

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TAtar, rivière originaire de la première Germanie, où elle porte le nom de Saône. C'est là que commenoe la Gaule, et à partir de ce point les distances se mesurent non plus par milles, mais par lieues. Là aussi, le Rhône, enrichi du trihut d'autres rivières, porte les plus gros navires, ceux mêmes qui ne hmIguent ordinairement qu'à voiles. Enfin, après aisoir parcouru les lieux que la natuoi lui a marqués, il verse ses ondes ècumantes dans la mer des Gaules par une vaste embouchure, appelée les Échelles (les Graus), à peu près à dix-huit milles d'Arles. Mais c'est assez de détails géographiques; arrivons à" la conformation physique et aux mœurs des Gaulois. ■»

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