BATAILLE DE LTOIT ENTRE ALBINUS ET SEPTIME SÉY^E
(197 ap. J.-C).
Les empereurs syriens succèdent aux Antonins. A la suite des révolutions militaires qui précipitent successivement du trône impérial Pertinax et Didius Julianus (193), Septime Sévère, commandant des légions d'IUyrie, dispute Tempire à Pescennius Niger, commandant des légions d'Asie, et à Albinus, qui commande celles de Gaule. Vainqueur de Pescennius Niger, il se tourne contre le second de ses adversaires. La Gaule, sans prendre part à la lutte, va être le champ de bataille des légions.
« Sévère envoya une armée occuper les défilés des Alpes et fermer Taccès de l'Italie. Quand on apprit à Albinus la marche de son compétiteur et sa procbaine arrivée, cette nouvelle, qui le surprit au milieu do
rîndolence et des plaisirs, le jeta dans le plus grand trouble. Il prit position avec son armée et envoya des messages aux gouverneurs de toutes les provinces voisines, pour leur ordonner de lui faire par* venir de Targent et des vivres. Quelques-uns eurent le malheur de lui obéir i ils en furent punis plus tard ; ceux qui n'eurent pas égard à sas ordres eurent & se féliciter d'une conduite moins prudente cependant qu'heureuse, car ce fht la fortune qui décida du bon et du mauvais parti.
« L'armée de Sévère entra enfin dans les Gaules; il y eut quelques escarmouches de part et d'autre ; mais ce fut près de Lyon, grande et riche cité, qu'on en vint à une lutte décisive. Albinus s'était enfermé dans cette ville après avoir envoyé son armée au combat. La bataille fut sanglante; le succès fut longtemps douteux, n y avait cent cinquante mille hommes de chaque côté; les deux chefs assistaient en personne au combat et chacun d'eux combattait pour ^sa tète. Sévère n'avait encore pris part à aucune bataille. Albinus était supérieur à son adversaire par la noblesse et Téducation, Sévère l'emportait par la science militaire et le talent de conduire une armée. Le combat présenta des vicissitudes et des aspects divers. L'aile gauche d* Albinus fut vaincue et se réfugia dans ses retranchements; les soldats de Sévère, en les poursuivant, se précipitèrent en même temps qu'eux dans le camp, firent un grand carnage et pillèrent les tentes. Pendant ce temps, les soldats placés par Albinus à l'aile droite, ayant creusé, sur leur front, des fosses secrètes et des trops recouverts d^
terre à la superficie, se portaient jusque sur les bords de ces ouvrages et lançaient de loin des javelots, sans avancer plus loin ; on les voyait, au contraire, battre en retraite, comme s'ils avaient peur, afin d'attirer l'ennemi à leur poursuite; c'est en effet ce qui arriva. Les gens de Sévère, indignés du peu d'énergie de l'élan des ennemis et pleins de mépris pour cette fuite si rapide, les chargèrent comme si tout le terrain qui séparait les deux armées eût été solide sous leurs pas. Mais, quand ils furent arrivés aux fosses, ils éprouvèrent une perte terrible : les premiers rangs, entraînés par la rupture subite des objets placés à la superficie, tombèrent dans les trous, et ceux qui venaient à leur suite, se heurtant au désordre des premiers, chancelèrent et tombèrent à leur tour; le reste, épouvanté, recula; mais la précipitation avec laquelle eut lieu cette conversion produisit un choc et jeta le désordre à l' arrière-garde ; ces troupes se trouvent alors acculées par les ennemis dans un ravin profond. Il se fit alors un grand carnage de tout ce qui était tombé pêle-mêle, hommes et chevaux, dans les fosses,
« Au miUeu de cet épouvantable désordre, ceux qui étaient entre le ravin et les fosses, percés de flèches et de traits, succombent en masse. A cette vue, Sévère vient à leur aide à la tête des cohortes prétoriennes; mais, loin de leur être d'aucun secours, il faillit perdre les prétoriens, et lui-même eut son cheval tué sous lui et courut de grands périls. MsdSy lorsqu'il voit les siens fuii* sur toute la ligne, il déchire sa chlamyde, met l'épée & la main et s'élance au
milieu des fuyards, afin ou de les ramener à la charge par le sentiment de leur honte ou de mourir avec eux. A l'aspect de leur chef, quelques-uns s'arrêtèrent et firent volte-face. Trouvant devant eux alors plusieurs des leurs qui les avaient suivis dans leur fuite, ils les taillèrent en pièces, comme s'ils eussent été du parti d'Aihinus, et par contre-coup mirent en déroute tous les ennemis, qui étaient à leur poursuite. La cavalerie, commandée par Lœtus, exécute à ce moment une charge sur le flanc et achève la déroute sur ce point. Lœtus^ en effet, tant que les chances du combat avaient été incertaines, était resté spectateur de la lutte, dans l'espoir que les deux rivaux se détruiraient mutuellement et que les soldats qui survivraient de part et d'autre lui donneraient l'empke; mab, lorsqu'il vit que Sévère était le plus fort, il prit part à l'action. Sévère, devenu empereur, devait envoyer Lœtus à la mort pour cette trahison. L'arrivée de Lœtus avec son corps d'armée railla les fuyards; les soldats de Sévère replacèrent le général sur son cheval et le couvrirent de son manteau. L'armée d'AIbinus, attaquée tout à coup par des troupes fraîches et au moment où la certitude de la victoire avait mis le désordre dans ses rauigs, céda après une courte résistance. Les vainqueurs en firent un grand carnage et donnèrent la poursuite aux ennemis jusqu'à Lyon.
« Les troupes de Sévère pénètrent derrière eux dans la ville, la pillent et l'incendient, s'emparent d'Aihinus, lui coupent la tête et l'apportent à leur général. Elles dressent ensuite deux trophées, l'un & l'orient,
Tautre au nord, emblème de leur double yictoire*. » <c Un coup terrible fut porté là à la puissance romaine^ ait DUm CassiuSf qui complète les détails pré' cédents; car des deux côtés il tomba une quantité innombrable de combattants; plusieurs parmi les vainqueurs déplorèrent la défaite. La plaine entière était couverte de cadavres d'hommes et de chevaux; parmi eux, les uns étaient étendus criblés de blessures et les chairs en lambeaux; les autres, bien que sans blessures, avaient été étouffés sous Famoncellement des cadavres; les armes étaient jetées çà et là, et le sang avait été versé en telle abondance qu'il coulait jusque dans les cours d'eau. Albinus s'était réfugié dans une maison près du Rhône; quand il vit qu'elle était entourée et gardée, il se donna lui-même la mort. A la vue du cadavre» Sévère, après avoir» par son regard et par ses paroles, témoigné toute l'étendue de sa joie, ordonna de jeter le tronc et envoya la tête à Rome au bout d'une pique 3. »
I i« •— SÉVÀAB ET LE MAITRE d'i^OLE NUMÉRTAKUS.
<c Un de ces petits grammairiens qui apprennent à lire aux enfants^ nommé Numérianus, avait quitté Rome et s'était établi en Gaule; là il se donna pour un sénateur romain chargé par Sévère de lever une armée, rassembla d'abord quelques troupes, défit des
i. Hérodlen (ch. xx-xxi), un des écrivains de VHis' toire Auguste, recueil des lùstoriens latins continuateurs de Suétone. — 3* DiMi Gassius, liv. LXXV, ch. vi et vu.
escadrons de cavalerie du parti d'Albinus et accomplit^ en fayeur de Sévère, quelques autres actes d'audace. Sévère» instruit de cette conduite, et croyant que Numérianus était réellement sénateur, lui écrivit pour le féliciter et Texhorter à lever des troupes en plus grand nombre; celui-ci, ayant accru son armée, préleva dix-sept millions sept cent cinquante mille drachmes, qu'il envoya à Sévère. Il vint ensuite le trouver après la victoire, ne lui cacha rien et ne lui demanda pas à être fait véritablement sénateur. Bien qu'il fût en son pouvoir d'être comblé d'honneurs et de richesses, il s'y refusa et alla vivre à la campagne d'une petite somme qu'il recevait tous les jours du prince i. »
t 8. •— BONlfS ADMmiâTIlATION DB sAvÈRfi*
« Sévère avait autrefois gouverné la Lyonnaise; il était alors l'ami de Pescennius, chargé de mettre la main sur les innombrables déserteurs qui désolaient alors les Gaules. La vigueur qu'il montra dans l'accomplissement de ce devoir lui mérita l'approbation de Sévère, qui, dans ses lettres à Commode, parle de lui comme d'un homme indispensable àja république. Jamais en effet, sous son conmiandement, le soldat n'exigea des habitants des provinces, du bois, de l'huile ou des corvées. Lui-même ne reçut rien du soldat, et, tribun, il ne permit à personne d'en accepter quoi que ce fût. Étant empereur, il fit lapider par les auxi-