Ce qui forme aujourd'hui le Lech
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ileuve, ainsi chassé de son lit, ne laissa plus entre rUe et la Germanie qu'un si petit canal* qu'il ne paraissait plus y. avoir de séparation entre les deux terres.
« Tutor passa alors le Rhin avec Classicus et cent treize sénateurs tré vires ; tous ensemble, et d'autres encore, faisant agir la pitié, les présents, n'eurent pas de peine à lever des soldats chez des nations avides de périls. Ce reste de guerre fut si menaçant, que nos cohortes, que notre cavalerie, que nos légions furent attaquées le même jour en quatre endroits par Civilis, la dixième légion à Arènacum *, la seconde à Batavodurum, à Grinnès le camp des cohortes, et à Vada celui de la cavalerie. Civilis avait partagé ses troupes de manière que lui, que Vérax son neveu, que Classicus et Tutor conduisaient chacun un corps séparé ; non qu'il comptât réussir partout, mais il se flattait que, sur plusieurs entreprises, le sort en favoriserait quelqu'une, et aussi que CériaHs, qui n'était jamais assez sur ses gardes, en courant d'un lieu à un autre, sur les avis qu'il recevrait de tant d'endroits, pourrait se faire prendre.
1. C'est le Vieux Rhin, lequel n'est plus qu'un ruisseau lorsqu'il se jette dans la mer, à Katwick.
2. Arènacum , Batavodurum , Grinnès , Vada , tous lieux situés dans l'île des Bataves. Le nom d'Arenacum se retrouve dans les bourgs d'Aert et d'Herwert. Batavodurum, maintenant Wyck-te-Duurstède. Grinnès, entre Asperen et Dooden-Werd, un peu au-dessus du bourg de Tiel. Vada, près de la ville de Rhenen, suivant d'Anville.
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Ceux qui avaient marché contre la dixième légion, jugeant difficile de forcer une légion dans son camp, se bornèrent à inquiéter les soldats qui étaient sortis et qui travaillaient k couper du bois ; le préfet de camp, les cinq premiers centurions et quelques soldats furent tués : le reste se défendit à Fabri de ses retranchements. Et, pendant ce temps, un corps de Germain» s'efforçait de rompre le pont qu'on avait commencé à Batavodurum. Le succès était indécis, lorsque la nuit les sépara.
« On courut de plus grands dangers à Grinnès et à Vada. Yada était attaqué par Givilis, Grinnès par Clas^ si<»is, et il n'était plus possible de leur résister ; nos plus braves auxitiaires avaient été tués, entre autres Briganticus, préfet d'une division de cavalerie, celui dont j'ai fait connaître l'attachement pour les Romains et la haine implacable pour son oncle Givilis. Mais Gérialis ne fut pas plus tôt survenu avec un détachement de cavalerie d'élite, qu'il fit changer la fortune. Les Germains sont poursuivis jusque dans le fleuve. Givilis, en s'efforçant de retenir les fuyards, fut re* connu; et, tous les traits se portant sur lui, il quitta son cheval et se sauva à la nage. Les Germains échappèrent de même. Tutor et Glassious repassèrent dans les barques. Notre flotte manqua encore de se trouver au combat, quoiqu'elle en eût reçu l'ordre; mais la frajreur et la dispersion des rameurs, occupés à un autre service, l'arrêtèrent. Il est certain que Gérialis donnait trop peu de temps pour exécuter ses ordres, ne formant ses desseins que sur l'heure, mais en sortant avec gloire. 11 était heureux lors même qu'il avait
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été imprudent; et voilà pourquoi son armée et lui se relâchaient tant sur la discipline. »
§ 21. — TféGLIGENCE DE CéRIALIS ; IL MANQUE d'ÉTRB PRIS.
« Quelques jours après, Givilis faillit être pris; son bonheur ordinaire le fit échapper à ce danger; mais sa réputation n'en fut pas moins compromise. Il était allé à Bonn et à Nuys, visiter le camp qu'on préparait pour faire hiverner les légions, et il s*en revenait par eau, son escorte toute dispersée, la garde se faisant mal. Cette négligence fut remarquée par les Germains, et ils projetèrent une embuscade. Ds choisissent une nuit fort noire, et, s' abandonnant au fil de Teau, ils entrent dans les retranchements sans le moindre obstacle. Dans le premier moment, ils s'aident d'un stratagème; ils coupent les cordes qui soutenaient les tentes, et nos soldats, se trouvant enveloppés sous leurs propres pavillons, ils les égorgent sans peine. Pendant ce temps, un autre détachement attaque la flotte, jette le grapin, emmène les bâtiments. Pour surprendre, ils avaient observé un profond silence ; le carnage commencé, afin d'inspirer plus de frayeur, ils poussèrent des cris affreux. Les Romains, éveillés par leurs blessures, cherchent leurs armes, courent dans les rues du camp; peu étaient habillés; la plupart n'avaient que leurs vêtements entortillés autour du bras, et leur épée à la main. Cérialis, à demi endormi et presque nu, n'échappe que par une méprise des ennemis, qui, voyant le drapeau du général sur une des galères, l'emmènent, dans la per-
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suasion que le général y était. Géfialis avait passé la nuit ailleurs, dans les bras, à ce qu'on a cru généralement, d'une femme ubienne, nommée Claudia Sacrata. Les sentinelles rejetaient la faute sur le général, qui leur avait, disaient-elles, défendu de parler, de peur de troubler son repos, en sorte que, n'ayant pas fait les appels ordinaires, le sommeil les avait gagnées. Il était grand jour quand les ennemis s'en retournèrent, traînant, à leur suite, les bâtiments qu'ils avaient pris, entre autres la galère du général, qu'ils menèrent par la Lippe, pour en faire présent à Velléda. »
§ 22. — BATAILLE NAVALE IKDÉCISB VSTtX LES ROXADCS & LES BATAVES DANS LES SMBOUCHURES OU RHIN ET DE LA MEUSE.
c< Givilis fut sai» de l'ambition d'étaler une armée navale. Il équipa tout ce qu'il avait de galk^es à deux et à un simple rang de rames; il y joignil lïn grand nombre de barques, dont trente ou quarante étaient armées comme nos liburniques; il meaait de plus avec lui toutes celles qu'il nous Avait prises, et toute cette flotte avait pour voiles des casâmes bigarrées, coup d'oeil assez agréable. Il choisit, pour les évolutions, une espèce de mer, l'embouchure de la Meuse et du Rhin dans l'Océan. L'objet de cet armement, outre la vanité naturelle aux Bataves, était d'intercepter les convois que les Romains attendaient de la Gaule. Cérialis, plus surpris qu'alarmé, fit avancer sa flotte, qui était inférieure en nombre> mais qui avait «des rameurs plus exercés, des pilotes plus habiles, des
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bâtiments plus forts. Elle avait le courant pour elle ; les autres, le vent. Les deux flottes, après avoir, en se croisant, tenté de s'envoyer quelques traits, se séparèrent. Ce fut la dernière entreprise de Civilis, qui se retira au delà du Rhin. Cérialis, portant dans l'île des Bataves tous les ravages de la guerre, affecta d'épargner, par un artifice ordinaire aux généraux, les terres et les maisons de Civilis. Au milieu de ces opérations, des pluies continuelles, au déclin de l'automne, ayant fait déborder le fleuve, formèrent un vaste étang de l'île entière, naturellement basse et marécageuse; on n'avait point, près de là, ni flotte, ni vivres ; et les tentes, sur un terrain plat, étaient emportées par la violence de l'inondation.
« Civilis prétendit qu'on eût pu alors détruire les légions , que les Germains le voulaient , et il se doni^ le mérite de les en avoir détournés adroitement ; je ne répugnerais point à le croire, puisque sa soumission suivit de si près* Cérialis négociait secrètement. En même temps qu'il faisait offrir la paix anx Bataves, à Civilis sa grâce, il exhortait Velléda et ses parents à saisir l'occasion de mériter l'amitié de Rome, au lieu de s'obstiner à une guerre où ils n'éprouvaient que des désastres ; il représenta « qu'on avait taillé en pièces les Trévires, repris Cologne, enlevé aux Bataves leur patrie; les Germains n'avaient gagné, à l'alliance de Civilis, que la perte de leurs proches, que le massacre ou la fuite de leurs soldats; que c'était un fugitif et un banni, à charge à ses protecteurs ; qu'ils n'avaient que trop de reproches à se faire d'aVoir passé le Rhin si souvent; que, s'ils continuaient, les torts et l'insulte
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étant d*un côté, de Tauttô seraient la vengeance et les dieux. » On entremêlait aux menaces des promesses. Les Germains une fois ébranlés, les Bataves commencèrent aussi à se dire qu'il ne fallait pas consonmïer leur ruine, et qu'il était impossible à une seule nation de briser les fers du monde entier.
« Civjlis n'ignorait pas cette disposition des esprits, et il résolut de prendre les devants : au dégoût causé par ses malheurs se joignait aussi un peu de cet attachement pour la vie, qui, dans beaucoup de moments, subjugue les plus fermes courages. Il demanda une entrevue; on avait coupé le milieu du pont sur le Vahal 1... »
Les deux partis désiraient également la paix ; les Bataves firent leur soumission, et la Germanie fut pacifiée. Civilis obtint de vivre tranquille parmi les siens, et les Bataves, délivrés de tout tribut, n'eurent qu'à four^ nir aux légions des auxiliaires. Civilis avait rendu sa patrie libre. — Plutarque donne à cette lutte tm épilogue romanesque et dramatique dans l'histoire d'Éponine et de Sabinus, qui est rapportée au tome I*' de notre collection.
1. Le récit de Tacite s'achève ici : le reste a été perdu. Les emprunts que nous avons faits à cet historien sont tirés des livres IV et V, passim, des Histoiresm
LE SfÈCLE DES ANT0NIN8 (96-162 ap. J.-G.)
La pacification en Gaule était complète ; au dehors, le péril de rinvasion ne menaçait plus ou ne menaçait pas encore. Il se leva sur la Gaule, comme sur Tempire, un siècle de prospérité qu'on appelle le siècle des Antonins (Nerva, 96-98; Trajan, 98-117; Hadrien, 117-138; Antonin, 138-161; Marc-Aurèle, 161-180). Le dernier empereur de celte série ne mérite point d'y figurer : ce fut Commode (180-192). Les auteurs donnent peu de renseignements sur les destinées de la Gaule pendant cette période ; c'est un signe du bonheur dont elle jouit. On sait qu'Hadrien la visita, qu'il y construisit des routes et qu'il éleva dans Nîmes une basilique. Peut-être cornmença-t-il les Arènes et le Pont du Gard, C'est encore la Tille de Nîmes qui donna pendant cette période le plus respecté des princes de l'époque impériale, Antonin lo Pieux.