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LES ARTS. — LA STATUE COLOSSALE DU MERCURE GAULOIS

A la même époque , les arts étaient cultivés dans la Gaule. Le Gaulois Zénodore était célèbre pour la délicatesse avec laquelle il sculptait de petites figures et ornait les vases. La ville des Arvernes lui dut une statue colossale du Mercure gaulois.

h' Histoire-naturelle de Pline renferme un intéressant passage sur ce célèbre artiste :

ce Les dimensions les plus gigantesques qu'ait atteintes la statuaire ont été surpassées de nos jours par le Mercure de Zénodore, exécuté pour la ville gauloise des Arvernes : il coûta dix ans de travail et valat quatre cent mille sesterces par an à son auteur. Zénodore fut ensuite mandé à Rome par Néron, et là il fit, en rhonneur de ce prince, le colosse de cent dix pieds, aujourd'hui consacré au soleil ^ Moi-même j'ai admiré dans Tatelier de Zénodore non-seulement le modèle en argile de la face parfaitement ressemblante^ mais encore l'agencement de toutes ces petites pièces qui formaient le tissu de l'ouvrage. Dans le temps môme où il travaillait à la statue des Arvernes, il imita avec tant de perfection, qu'il fut presque impossible de distinguer l'original de la copie, deux coupes, jadis ciselées par Calamide, et données par

1. On voit encore à Rome, près du Golisée, les traces du soubassement sur lequel était élevé ce colosse.

Germanicus, qui y attachait le plus grand prix, à Cassius Silanus, son oncle et son gouverneur *. »

Autaes 4e Riez (Batses-Alpes).

1. Pline, Hist. nat,y liv. XXXIV. — Pline l'Ancien naquit à Vérone en 23 après Jésus-Christ ; mêlé aux affaires publiques, il trouva cependant le temps de composer un grand nombre d'ouvrages. Il ne uous reste de loi

Dans la suite, la Gaule appela souvent des artistes grecs pour orner ses palais et bâtir des amphithéâtres et des temples. Les Arènes de Ntmes et d* Arles, la Maison carrée de Nîmes, les Arcs de triomphe d'Orange, le Théâtre de Champlieu, un grand nombre d'aqueducs, dont le plus célèbre est désigné sous le nom de Po7it du Gard ^, attestent encore quel essor prirent les arts en Gaule sous Tempire romain.

§ 3. — IlfDUSTBIB ET COMMBRCI

Nous avons moins de renseignements sur Findustrie et le commerce ; cependant il est certain que la Gaule ne resta pas étrangère à la prospérité commerciale qu'ont célébrée les écrivains de l'empire. La culture du lin fut transportée de l'Egypte dans la Gaule. Les draps d'Arras sont mentionnés parmi les produits les plus précieux de la Gaule. On fi^riquait des armes à Trêves, à Âutun, à Soissons, à Reims, à Amiens, etc. ; on tissait la toile à Vienne. L'olivier fut aussi naturalisé en Gaule, et l'huile de la Provincia romana (Provence) était fort estimée. Les vignobles de la Bourgogne et de la Champagne datent de l'époque des empereurs. Une corporation de nautes parisiens^ dont les inscriptions nous révè* lent l'existence, était organisée pour le transport des marchandises par la Seine, et obtint des privilèges qui prouvent que, dès cette époque, il se faisait un commerce important dans le nord de la Gaule.

que son Histoire naturelle, ouvrage érudit et qui reproduit la variété et la fécondité de la nature. Commandant de la flotte romaine à Misène^ il périt victime de sa curiosité scientifique, englouti sous les cendres du Vésuve, pendant qu'il observait l'éruption de ce volcan, en 79 après Jésus-Christ.

1. Ce célèbre ouvrage est un aqueduc destiné à faire arriver à Nimes par-dessus le Gard les eaux limpides qui naissent près dtJzès,^

LA OAULB ROHAINB 159

Mais c'était surtout dans le sud dé la Gaule, près des côtes de la Méditerranée, qu'étaient les principales villes de commerce. Sans parler de Marseille, qui avait couvert de colonies les côtes de la Méditerranée, Arles et Narbonne avaient une importance commerciale qui s'est soutenue pendant tout le moyen Age. Arles était la Rome des Gaules; elle recevait par le Rhône les produits de tout le monde romain et les répandait dans les contrées voisines.

Aux routes étroites et encaissées des Gaulois, les Romains avaient substitué leurs admirables chaussées militaires établies en ligne droite et de composition différente, suivant la nature des matériaux que chaque pays pouvait fournir. Partout le mode de construction de leurs routes se distingue par deux conditions caractéristiques, la ligne droite et la surélévation de la chaussée, qui est toujours bombée par le travers. Le pavimentum ou dallage n'apparaît dans le nord de la Gaule que sur quelques points exceptionnels , tels que le chaussées étroites traversant certains marais et dans le voisinage des camps. On y employait, suivant les facilités relatives qu'on trouvait, des plaques de roche calcaire endurcie ou de larges grès naturellement aplatis, le tout ajusté suivant le mode q/clopéen. Des ingénieurs, nommés curatores viarum ou viocurif étaient chargés de l'entretien des routes de toute classe et de l'assiette et perception du péage ou de l'impôt sur les personnes qui les fréquentaient.

Ainsi la Gaule participait à cette prospérité matérielle qui caractérise les premiers siècles de l'empire romain ; elle s'enrichissait par le commerce, et voyait s'élever des temples, des cirques, des arènes, des arcs de triomphe, des thermes, etc. En échange d'une liberté indisciplinée et d'une indépendance qui perpétuait la barbarie, Rome lui avait donné l'unité politique, des lois sages, des voies de communication, des écoles, le goût des lettres et 4es arts et les yicliesses que produit l'inclustrie,

§ 4. — INSTITUTIONS DE LIBBBTÉ. — LE MABBRE DE THORIGNT *.

(235 avant J.-C.)

Rome avait même assuré à la Gaule des institutions de liberté, comme le prouve la partie du célèbre marbre de Tborigny qui nous fait connaître Texistence d'une assemblée représentative des Gaules à Lyon. Voici le contenu de l'inscription :

Face antérieure. — « A Titus Sennius Sollemnis, fils de SoUemninus, duumvir quatre fois élu paimi les siens.

1. De tous les monuments épigraphiques de rancienne Gaule, un des plus importants pour l'histoire de l'administration romaine est celui qui est connu sous le nom de Moj'bre de Thorigny, Le texte de Tborigny est sur un marbre rougeâtre mesurant 1»,46 de hauteur sur 0",70 de largeur et O^jS? d'épaisseur. Trois de ses faces portent des caractères. Sur l'une des plus larges est gravée la dédicace en l'honneur de (Tittis) Sennius Sollemnis^ fila de SoUemnicus, citoyen de la cité des Viducasses ; l'inscription lui a été élevée en conformité d'un décret de l'Assemblée des députés des trois provinces des Gaules. La face latérale droite contient un extrait d'une lettre adressée à ce personnage par Claudius Paulinus, légat de Bretagne, ancien légat de la province Lyonnaise ; sur la face latérale gauche, on lit une lettre de recommandation en faveur de Sollemnis, écrite par Aedinius Julianus, préfet du prétoire, à Badius Comnianus, procurateur et gouverneur intérimaire de la ][)rovince Lyonnaise. Découvert au XVI* siècle, dans le village de Vieux, près 4e Caen, ce marbre fut transporté, par les ordres du maréchal de Matignon, au château de Tborigny, éloigné de sept ou huit lieues. En 1814, il fut transporté à Saint- L6, où on le conserve aujoard'hui»

« Sennius, soq père, homme honorable dans sa cité, licencié de la 8« légion Muiineusis après 25 années de services, ayant été fait en même temps prêtre et duumvir 1, organisa toutes sortes de spectacles où figurèrent jusqu'à 32 gladiateurs à cheval, dont 5 couples joutèrent sans relâche pendant 4 jours.

« Il bâtit aussi des thermes à Tusage du peuple de sa colonie et y affecta diverses fondations, outre For du service semestriel et la solde cumulée avec les intérêts, pour les entretenir à perpétuité.

« Titus Sennius fut Tami et le client du légat impérial propréteur de la province Lyonnaise, Tibérius Claudius Paulinus , et , celui-ci étant devenu légat prétorien en Bretagne, Sollemnis lui fut adjoint près la 6« légion et en reçut, avec le salaire en or de cette milice, de nombreux cadeaux.

« Il fut aussi le client très-estimé d'Aedinius Julianus, légat impérial de la province Lyonnaise, qui fut ensuite préfet du prétoire, ainsi qu'il est énoncé dans la lettre ci-contre. Enfin il fut adjoint, dans la Numidie de Lambèse, à Marcus Valérius Florus, tribun militaire de la 3« légion Auguste, directeur des mines de fer.

« Les trois provinces de Gaule ont erevé ce monument au premier de la cité qui ait jamais obtenu cet honneur.

« Les décurions de la cité libre des Viducasses ont donné l'emplacement.

« La statue a été posée le 17 des kalendes de jan-

i« Magistrat municipal.

Yier, sotis le consulat de Plus et de Proculus (an 238).

Face latérale droite. — Exemplaire cPune lettre de Claudine PaulinuSf légat impérial propréteur de la province de Bretagne, à Sennius SoUemnis, de Tarnpium t

<c Quelle ^e soit l'étendue de tes mérites, comme je ne veux aujourd'hui t'offrir qu'un simple cadeau, je te prie de vouloir bien accepter de moi ces quelques objets, savoir :

tJne dilamide de GÀnuse,

Une dalmatique de Laodicée,

Une fibule * d'or enrichie de pierreries.

Deux rachanœ 3,

Une tossia (?) de Bretagne,

Une peau de veau marin.

« Quant au brevet du service semestriel, je renverrai aussitôt que j'aurai un moment de loisir; reçois, en attendant, le salaire de cette milice, c'est-à-dii*e 25 mille sesterces en or. Puissent les dieux et la sainte majesté impériale faire en sorte que tu obtiennes enfin une récompense plus digne des mérites de ton dévouement I Amitié. »

Face latérale gauche.'— Exemplaii*e d'une lettre d^Aedinius JuUairius, préfet du prétoire , à Badins CornnianuSf procurateur et gouverneur intérimaire :

« Aedinius Julianus à Badins Gomnianus, salut.

<c Dans la province Lyonnaise, où je reniplissais les fonctions de magistrat à 5 faisceaux, je distinguai,

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