SAC DE LANGRE8. — L'ÉVÊQUE DIDIER DÉCAPITA
Saint Didier était évêque de Langres, lorsqae les Vandales vinrent attaquer cette ville. Ni sa sitaation sur une haute montagne, ni ses murailles qui étaient fortes, ne la purent garantir; et les conjurations que le saint avec ses prêtres et tout son peuple faisaient à des chrétiens d'épargner le sang des chrétiens, pour ne pas attirer sur eux la colère de Dieu, furent inutiles, parce que Dieu, dit Varnahaiçe, voulait éprouver la foi de beaucoup de ses serviteurs et leur accorder la couronne du martyre. La ville fut forcée; on y mit le feu; et Fennemi tua tout ce qui se présenta devant lui.
On prit néanmoins le saint évêque, qu'on trouva prosterné en prière, et on Famena au roi des Vandales. Le saint lui présenta le livre des Évangiles et lui dit ce qu'U put pour lui faire épargner le sang des peuples, car il ne voulut rien demander pour lui-même. Le barbare, qui ne savait pas le latin, ne pouvait ni l'entendre, ni se faire entendre de lui ; et sa cruauté ne se laissait pas fléchir. Il ordonna donc qu'on décapitât le saint, et avec lui un grand nombre de personnes. C'étaient, dit l'historien, tous ceux qui s'étaient avoués chrétiens. Mais, puisque les Vandales mêmes étaient chrétiens, il faut l'entendre de ceux qui s'étaient avoués pour catholiques. Vamahaire a cru devoir remarquer que le coup qui trancha la tête au saint coupa aussi le livre des Évangiles, qu'il portait encore, mais de telle sorte que ni le coup, ni le sang qui put rejaillir dessus, n'en gâtèrent point du tout l'écriture. (On le gardait encore au vue siècle.)
.i.A GAULE CHRÉTIENNE 83
g 3. — LE ROI DES VANDALES, ATTEINT DE POLIE, SE BIAISE LA tÎÉTE.
Les paroles du saint n'avaient pu obtenir la vie pour ses concitoyens. En mourant, il s'offrit à Dieu pour eux comme une victime, et son sang obtint ce qu'il souhaitait, car celui qui le répandit parut aussitôt hors de lui-même, et tout en fureur il se mit à courir avec d'horribles hurlements, jusqu'à ce qu'ayant rencontré la porte de la ville, il s'y heurta plusieurs fois très-rudement de la tète, se la brisa, et tomba ainsi mort à la vue de ses camarades ; et cet accident donna une telle frayeur aux barbares, qu'ils cessèrent enfin le carnage.
Ce miracle, et ceux qui se firent ensuite en grand nombre, au tombeau du saint, nous assurent que sa vie avait été une très-sainte préparation à sa paort, et que Dieu avait reçu son sang non-seulement comme celui d'un innocent, mais encore comme celui d'un vrai martyr. Ce fut en cette qualité que son peuple, pour marquer envers lui un amour et un respect tout particuliers, l'enterra dans la ville même contre les prescriptions des lois romaines. Il est visible par sa vie que l'Église l'honorait comme martyr au vii« siècle. Osoard et Adon, pour ne rien dire des autres écrivains postérieurs, parlent amplement de lui au 23® de mai, jour où l'Église fait sa fête.