‹ L'histoire de FranceChapitre 80 sur 140 · WA VIE MONASTIQUE EN GAULE AU V» SIÈCLE. SAINT HONORAT · texte numérisé non relu

WA VIE MONASTIQUE EN GAULE AU V» SIÈCLE. SAINT HONORAT

§ i. — JEUNESSE ET CONVERSION DE SAINT HONORAT >.

Saint Honorât était originaire des Gaules, et d*une famille illustre, qui avait même été décorée de la dignité suprême du consulat. Il eut plusieurs frères, dont on jie connaît que saint Venant, qui, plus âgé que lui, voulut être cependant son imitateur et dans les dernières années de son enfance voulut recevoir le baptême et n'en put être empêché par son père, qui l'en détourna autant qu'il lui fut possible. Ce père, qui était un homme du siècle, fit ensuite tout ce qu'il put pour lui rendre le monde agréable. Mais Honorât avait résolu au contraire de renoncer entièrement au monde, malgré les contradictions de son père, de sa famille , de ce grand nombre d'amis qu'il s'était acquis, et généralement de tous ceux de son

1. La vie de saint Honorai a été écrite par son disciple, ami et successeur, saint Hilaire, archevêque d* Arles. Nous la résumons d'après Lenain de TMlemont.

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pays. Il quitta ses habits magnifiques pour en prendre de rudes et de grossiers, et coupa ses longs cheveux selon la règle de saint Paul et l'ancien usage des Romains, qui portaient encore les cheveux courts du temps de Julien; saint Ambroise se plaint aussi de ceux qui portaient de longs cheveux et remarque que cela était ordinaire aux barbares.

§ 2. — SAIIH' HOlïORAT ET SAINT VENAîîT, SON FRÈRE» SE RETI- RENT A LA CAMPAGNE , PUIS EN GRÈCE , OU SAINT VENANT MEURT.

Dieu joignit alors saint Venant à saint Honorât pour le consoler dans la persécution que ses autres proches lui faisaient, et ce fut l'exemple d'Honorat qui le convertit. La vie de saint Venant dit qu'il s'appelait Germain, que, comme il était fort enjoué, son père lui avait donné charge de divertir son frère, pour lui ôter de l'esprit la pensée de se retirer, mais que, la grâce de Dieu lui ayant éclairé l'esprit, il se convertit lui-même et reçut le baptême des mains de saint Caprais. Les deux frères commencèrent à mener ensemble une vie très sainte à la campagne, dans une de leurs terres. Ils consacrèrent tout leur bien au service des pauvres, et commencèrent même dès lors à en diminuer le fonds par diverses œuvres de charité et pour exercer l'hospitalité envers toutes sortes de personne».

Tout le pays commença alors à aimer et à honorer leur vertu : plusieurs vinrent les rejoindre ; mais, par humilité, ils se résolurent à quitter leur pays pour aller demeurer autre part. Les larmes de leur père, de leurs proches et de toutes sortes de personnes ne les purent retenir. Ils vendirent tous leurs biens, qui

étaient grands, pour les distribuer aux pauvres, et quittèrent enfin leur famille et leur patrie, comme Abraham , avec leurs compagnons de solitude. Us prirent pour les conduire eux-mêmes et pour les régler en toutes choses un saint vieillard d*une sagesse consommée, nommé Gaprais.

En quittant son pays, saint Honorât emporta avec lui ce qui lui restait de son bien, qu'il répandait par tous les endroits où il passait. Il arriva de cette sorte à Marseille, où l'évêque Procule s'efforça de le retenir, en l'attachant à son Église par la cléricature, et le saint, qui aimait la compagnie de ce prélat, se rendit presque à son désir. Mais ensuite, considérant cet engagement comme dangereux pour lui, il se hâta d'autant plus de passer la mer avec sa compagnie et de s'en aller en un pays où Von n'entendît presque pas le latin. C'était vers l'an 400. Ils arrivèrent ainsi en Achaïe, et il semble que ce fût le pays où ils avaient dessein de s'arrêter. Les fatigues du voyage causèrent plusieurs maladies à saint Honorât et aux siens. Mais saint Venant n'y put résister et mourut à Méthone (sur les côtes du Péloponèse), où toute la ville honora publiquement ses obsèques.

Saint Venant mort. Honorât s'en revint dans les Gaules , après avoir été quelque temps retenu en Italie et en Toscane par l'affection que les évêques et les serviteurs de Dieu lui témoignèrent.

§ 3. — SAINT LÉONCE, ÉVÊQUE DE FRÉJUS. — SAINT HONOKAT SE RETIRE A LÉRmS.

Saint Honorât, ayant rompu tous les liens par lesquels on le retenait en Italie» résolut de s'établir

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dans l*île de Lérins, tant parce qu'il ne trouvait pas de lieu plus propre pour la retraite qull souhaitait garder que parce qu'elle était proche de Tévêque Léonce, qui l'engagea par sa charité à ne pomt s'éloigner de lui.

C'était alors une chose fort ordinaire dans l'Occident que ceux qui voulaient vivre dans une entière solitude SQ retirassent dans les îles. Saint Martin en donna le premier exemple, en se retirant dans l'île Gallinaire (vers l'an 360). Saint Ambroise, parlant de cette coutume : « Ceux, dit^-il, qui veulent se dérober aux attraits des plaisirs déréglés du siècle, cherchent à se cacher au monde, en se retirant dans ces îles pour y vivre dans une exacte tempérance et y éviter les dangers de celte vie. La mer est donc pour eux comme un voile et sert d'asile secret à leur tempérance. »

Mazascel * trouva un grand nombre de solitaires dans l'île de Capraia, entre la Toscane et la Corse, lorsqu'il conduisit l'armée romaine en Afrique, l'an 398, contre Gildon, son frère; et saint Jérôme dit que sainte Fabiola assistait de ses aumônes les troupes de moines répandues sur toutes les côtes et dans toutes les îles de la mer de Toscane. Les îles Stéiades (Hyères), sur les côtes de la Provence, étaient peuplées de moines et d'anachorètes. Mais, entre toutes ces îles qui ont été habitées par des solitaires, il n'y en a point qui soit aussi célèbre que celle de Lérins. Elle est à l'extrémité de la Provence, opposée à la ville d'Antibes.

1. Sous le gouvernement de Stilicon, le comte romain de l'Afrique, Gildon, se révolta. Son propre frère, Mazascel, est envoyé contre lui et, victorieux, le fait périr dans un cachot.

Lorsque saint Honorât s'y retira, elle était déserte et sans habitants, et l'on n'osait même y aborder, parce qu'elle était pleine de serpents. De sorte que ceux des environs, qui d'ailleurs eussent été bien aises de retenir le saint dans leur pays, faisaient leur possible pour le détourner de son entreprise. Il passa alors, suivant la tradition, quelque temps dans une caverne sur le bord de la mer, à deux ou txois lieues de Fréjus, du côté de Lérins. On l'appelle encore la Sainte-^aume, ou la cavern^ de saint Honorât, et on l'y honore avec beaucoup de dévotion. Non-seulement ceux du pays tâchaient de le détourner d'aller à Lérins, à cause des serpents, mais ceux mêmes qui l'accompagnaient cédaient à cette terreur. Cependant sa foi soutint leur faiblesse. Ils entrèrent enfin dans ce lieu d'horreur, et les serpents leur cédaient la place; ceux qui restèrent furent inoffensifs. Quelquesuns écrivent que saint Honorât chassa un dragon de cette île. On pourrait croire que c'est ce que la suite des temps a ajouté à la vérité de l'histoire, comme cela arrive souvent; saint Eucher dit en effet de l'île de Lérins qu'elle était arrosée d'eaux, riche en beaux pâturages, ornée de fleurs, et également agréable à la vue et à l'odorat.

§ 4. — l'abbaye de LéRINS.

Saint Honorât bâtit donc dans cette île une église et des logements, tant pour les moines qu'il y avait amenés avec lui et qui étaient peu en nombre, mais tous bien choisis, que pour ceux que sa piété y attira dans la suite. Tous les pays voisins y envoyaient ceux qui cherchaient Dieu. Pour lui, il invitait tous ceux

qu*il pouvait à venir se joindre à lui, et il les recevait avec toute la tendresse et toute la charité possibles. On accourait à lui de tous côtés. On y venait presque de tous les pays et de toutes les nations.

Saint Paulin qualifie ce monastère : la sainte et trèschaste congrégation de son frère Honorât. Saint Bûcher, qui se retira dans Tîle de Léro, tout auprès de celle de Lérins, écrivant à saint Hilaire vers l'an 427, après avoir fait en général l'éloge des déserts, passe à celui de Lérins : « Je dois, dit il, respecter tous les déserts qui servent de retraite à tant de saints. Mais il est vrai que j'honore particulièrement ma chère lie de Lérins. On y reçoit à bras ouverts tous ceux que les tempêtes d'un monde orageux y jettent et qui veulent s'y retirer. C'est là que des personnes brûlées par les ardeurs du siècle trouvent un doux et agréable refuge.

La règle que saint Honorât avait apportée à Lérins semble tirée de l'un et de l'autre Testament et des Instituts des Pères d'Egypte. Cette règle n'est point marquée parmi celles qne saint Benoît d'Aniane * a réunies pour en faire une seule. Mais, comme saint Honorât avait un amour ardent pour les anachorètes d'Egypte, il était bien aise que ceux de sa congrégation fussent instruits des règles de ces Pères. On voyait dans l'île des vieillards qui demeuraient dans des cellules séparées et qui faisaient voir dans les Gaules une image des Pères d'Egypte. Quelques-uns croient que c'étaient ceux qui, après avoir été longtemps instruits et formés dans le monastère avec les autres, se retiraient dans des cellules séparées pour y vivre en ermites. D'autres aiment mieux croire

1^ Réformateur des ordres monastiques au Vi« siècle*

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que tout le monastère joignait les pratiques des anachorètes à celles des cénobites, formant une communauté dont les membres se rassemblaient pour les prières solennelles et peut-être pour quelques autres exercices, et vivaient du reste en leur particulier, chacun dans sa callule. Saint C^saire, dans les premières années mêmes qu'il fut à Lérins, ne mangeait que quelques herbes qu'il faisait cuire le dimanche pour toute la semaine, ce qui prouve assez que les religieux y mangeaient en particulier. On voit, en effet, que les plus jeunes ne laissaient pas d'avoir leur ccUide, où ils couchaient. Aussi l'on parle assez sou* vent des cellules de Lérins, car ceux qui vivaient purement en cénobites n'en avaient point. Ils couchaient tous dans un même dortoir, n'ayant que leurs lits séparés. Ils lisaient, ou travaillaient ensemble dans le même cloître.

Saint Honorât et ses frères vivaient des dons et des aumônes abondantes qui leur étaient adressés de tous côtés. Le saint ne quitta qu'une fois sa solitude et fit un voyage en son pays; mais ce fut pour y convertir saint Hilaire, dont l'obstination céda à la force de ses prières, et il l'emmena avec lui à Lérins avec une extrême joie, car il l'aimait beaucoup. U convertit également saint Eucher, qui choisit pour sft demeure une autre lie voisine de saint Honorât, c'està-dire celle de Léro, appelée aujourd'hui Sainte- Marguerite. Salone, fils de saint Eucher, fut élevé et instruit dès l'âge de dix ans par saint Honorât, et encore par saint Hilaire, qui n'avait commencé que depuis peu à habiter l'île de Lérins. Il le fut depuis par Salvien et par Vincent. Saint Honorât écrivit une fois à saint Eucher sur des tablettes de cire, comme cela était alors ordinaire; et saint Eucher, pour expri-

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mer la douceur qu'il trouvait dans ses paroles, lui manda qu'il avait de nouveau renfermé le miel dans la cire dont il avait été tiré.

§ 3. — sAcnr houorat, archevêque d'arles.

Saint Honorât avait été fait prêtre par saint Léonce, de Fréjus, qui fut toujours reconnu par ceux de Lérins pour leur évoque et qui se réservait particulièrement les ordinations. Durant que saint Honorât gouvernait son monastère, l'Eglise d'Arles avait pour évêque Patrocle, qui avait rendu son nom odieux par une usurpation tyrannique et par son administration avare et simoniaque. Il périt en l'an 426, par ]^ mains d'un tribun de l'armée romaine, qui le perça de plusieurs coups. 11 y eut une division considérable touchant l'élection de son successeur; néanmoins Dieu, qui voulait répandre sa miséricorde sur ce peuple, lui ayant inspiré de demander saint Honorât, qu'ils n'avaient jamais vu, ce parti l'emporta sur tous les autres (426). En quittant Lérins, Honorât y établit en sa place saint Maxime, depuis évêque de Ries, qu'il avait reçu quelque temps auparavant dans sa congrégation. Son premier soin, lorsqu'il se vit évêque, fut de réunir les esprits, divisés par les différentes brigues qu'on avait faites pour l'élection. Saint Hilaire crut devoir suivre le saint à Ailes dans le commencement de son épiscopat. Mais quand il le vit établi, l'amour de la solitude le porta à s'en retourner dans l'Ile de Lérins.

Dorant qu*il était évêque, il arriva le jour de la Saint- Genès (vers le 25 août) que, comme tout le peuple passait en foule la rivière sur un pont en bateaux pour aller à l'église de ce saint martyr, qui était de

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Tautre côté du Rhône, le pont se rompit, et un trèsgrand nombre de personnes tombèrent dans la rivière. Néanmoins, par un miracle visible de la protection de Dieu, il n'y en eut aucun de noyé. Ce miracle est décrit avec beaucoup d'élégance par un homme qui y était présent, et q^i pensa lui-même tomber dans le Rhône avec les autres i. Il en alla, ce semble, porter la nouvelle à saint Honorât.

On sait peu de choses de l'épiscopat de saint Honorât, parciB que l'Église d'Arles jouit peu d'un si saint pasteur, et ses austérités, qui l'avaient affaibli et miné depuis longtemps, l'emportèrent enfin, huit ou neuf jours après la fête de l'Epiphanie, en laquelle il ayait fait un dernier sermon. H n'avait été que deux ans évêque et mourut en 429.

1» On croit que c'est saint Hilaire d'Arles, et la pièce est digne de lui.

L'INVASION DES VANDALES. SAINT DIDIER V PE LANGRESn

§ 1. — L*INYA8I0N DES VANDALES.

En 407 et dans les années suivantes, les Vandales, entrés les premiers en Gaule avec les Alains et les Suèves, le dernier jour de Fan 406, y commirent d'horribles ravages. Gomme cette nation, jusqu'alors presque inconnue, s'est rendue extrêmement célèbre par la conquête de l'Afrique et par la cruelle persécution qu'elle y excita contre l'Église, c'est sous leur nom que les auteurs postérieurs comprennent tout ce que les barbares firent dans les Gaules au commencement du cinquième siècle, particulière-» ment à l'égard des saints.

1. Vamahaire, gui vivait au commencement du vn« siècle, a écrit une histoire de saint Didier de Langres^ et l'a adressée à saint Céraune, évêque de Paris, qui la lui avait demandée. Elle est faite sous la forme d'un sermon prononcé à la fête du saint devant le peuple de Liuigrès.

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