‹ L'histoire de FranceChapitre 83 sur 140 · ET SAINT LOUP DE TROYES · texte numérisé non relu

ET SAINT LOUP DE TROYES

SAfNT GERMAIN D'AUXERRE § 1. — JEUNESSE PEU CHBÉTIEîmE DE SAf^V GeAHAUf.

Saint Germain naquit à Aoxerre ; son père s'appelait Rustique et sa mère Germanille. Il fut élevé dans l'étude des lettres, et, au sortir des écoles des Gaules, il alla étudier le droit à Rome. Il plaida avec succès devant les préfets du prétoire, et épousa durant ce temps-là une personne considérable par sa noblesse, par son bien et par ses mœurs ; quelques-uns rappellent Eustocbe. Le mérite de saint Germain lui donna entrée dans les charges, et il fut établi duc ou général des troupes de diverses provinces, et entre autres de celles de Sens, dont il était. Ainsi il fut fait duc de la Mardie Armorique et Nervicane, qui comprenait la première et seconde Aquitaine, la Sénonaise, la seconde et troisième Lyonnaise.

Il vint passer quelque temps à AuxeJRpe, où il vivait plutôt en jeune homme qu'en vrai chrétien,

quoiqu'il eût déjà reçu les grâces et les sacrement de l'Eglise. Il était sans cesse à la chasse, et, quand il avait pris quelque bête, il en venait pendre la tête à un grand poirier qui était au milieu de la ville. Il ne le faisait que pour montrer son adresse. Mais, comme les païens faisaient par superstition des actes semblables, qu'ils appelaient osnlla, l'évêque saint Amateur pria plusieurs fois Germain de s'abstenir d'offenser ainsi les chrétiens et de faire même abattre le poirier.

Germain ne se mit pas en peine de ses avis et continua toujours à son ordinaire. Mais, un jour qu'il était allé à quelques terres qu'il avait à la campagne, saint Amateur fit couper et brûler le poirier, et jeter bien loin de la ville tous ces trophées de chasse qui y étaient attachés. Germain en fut aussitôt averti, et transporté de colère, oubliant sa religion, il s'en Tint en hâte à la ville avec tous ses gens, menaçant de tuer le saint évêque.

Saint Amateur sortit de la ville , .ou lorsqu'on l'avertit des menaces de Germain, ou quelque temps après ; mais ce fut pour le sujet dont on se serait le moins douté. Dieu lui avait révélé que le tëftips de sa mort était proche, et que ce même Germain qui semblait si peu préparé à l'épiscopat lui succéderait et remplirait sa charge encore plus dignement que lui. Mais, comme Germain était officier de l'empire, et qu'ainsi il ne lui était pas permis, selon les lois civiles, de quitter son emploi pour entrer dans l'état ecclésiastique. Amateur s'en alla trouver Jules, préfet des Gaules, qui était à Autun, pour avoir la permission de le fah'e clerc et de le tonsurer. Quand il arriva à Atitun, saint Simplice, qui en était évêque, et le préfet Jules vinrent au-devant de lui jusque hors

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delà ville, et le lendemain Jules, sachant qu'il le venait voir, sortit encore pour le «ecevoir et le mena chez lui avec un grand respect. Après la prière, le saint dit au préfet le sujet de sa venue ; et le préfet lui répondit que rÉtat avait assez besoin du service de Germain, mais que néanmoins il ne pouvait pas s'opposer à la volonté de Dieu.

§ 2. — SAINT GERMAIK PHÉTRB ET ÉVÉQUÉé

De retour à Auxerre, saint Amateur fit assembler le peuple chez lui et lui dit : « Je vous prie, mes très-chers enfants, écoutez-moi avec attention, car j'ai à vous parler d'une affaire de conséquence. Je sais très-certainement le jour où je dois sortir du monde, Dieu ayant voulu me le découvrir. C'est pourquoi je vous exhorte à chercher parmi vous autres quelqu'un qui ait une force assez grauide pour pouvoir être la sentinelle de la maison du Seigneur. » Personne ne répondit à cette proposition, et tons demeurèrent dans un triste et profond silence. Le saint, voyant cela, s'en aHa à l'Ôglise, et tous l'y suivirent. Germain y était comme les autres apparemment avec ses officiers en armes. Mais saint Amateur, entrant dans l'église avec le peuple, dit tout haut que ceux qui avaient des armes devaient les quitter avant d'entrer dans un lieu entièrement destiné à la prière. Il fut aussitôt obéi. Et alors, voyant Germain désarmé, il commanda aux portiers de fermer l'église, et en même temps, accompagné de tout son clergé et des personnes les plus qualifiées, il s'en va droit à Germain, se saisit de lui, et, en invoquant le nom du Seigneur, lui coupe les cheveu^, lui ôte ses orne-

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meata militaires et lai donne l'habit et Tordination ecclésiastique, en lui disant : « Conservez pur et sans tache l'honneur que vous venez de recevoir, car Dieu veut qu'après ma mort vous succédiez à la charge de pasteur de cette Église. »

Saint Amateur, ayant accompli ce que Dieu deman* dait de lui, tomba dai^s la maladie qui devait finir son pèlerinage. Le mercredi premier jour de mai (418), ses douleurs augmentèrent. Il ne laissa pas de continuer à instruire son peuple et à le consoler, en l'assurant que son successeur surpasserait encore le bieA qu'ils avaient pu trouver en lui. Il se fit ensuite porter à l'église, accompagné deHout son peuple, et, étant monté sur son trône épiscopal, il j rendit l'esprit, sur les neuf heures du matin. Beaucoup de personnes as^rèrent qu'ils avaient vu en même temps une troupe de saints qui, en chantant les louanges de Dieu, portaient son âme au ciel sous la figure d'une colombe.

Le corps de saint Amateur, ayant été levé, fut conduit à la sépulture par tout le peuple, au lieu nommé Austrique, et enterré aiiprès de sa femme dans le cimetière. Dès le temps de saint Germain, il y eut en cet endroit une basilique qui porta son nom et qui était célèbre à la fin. du vi« siècle. On prétend * que lorsqu'on y portait le corps de saint Amatear, comme le convoi passait devant la prisoil^les portes s'entr'ouvrirent miraculeusement, et que les prisonniers, se trouvant libres, vinrent cdder à porter le corps du saint, sans que personne osât songer k les remettre en prison.

Quand il fallut nommer un évèque à la place de saint Amateur, tout le clergé, la noblesse, le peuple de la ville et celui • de la eampagne se trouvèr«it

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réunis en un même sentiment, conforme au décret que Dieu avait fait de l'élection de saint Germain. Lui seul s'y opposait, et il avait même amené du monde pour empêcher son élection. Mab ceux-là se déclarèrent aussi contre lui. Ainsi il fut contraint de se rendue, et il reçut enfin malgré lui Ja dignité du sacerdoce. Il changea dès lors entièrement de vie : il quitta le service de l'empereur pour ne s'occuper qu'à celui de Dieu; il foula aux pieds les pompes du siècle; sa femme devint sa sœur; il enrichit les pauvres de ses richesses, pour s'enrichir de leur pauvreté. Saint Germain donna à son Église tout le bien qu'il possédait, qui consistait en un grand nombre de belles terres bien situées et de grand rapport, et ainsi il rendit son Église riche, de pauvre qu'elle était aupa* ravant. Dieu fit à saint Germain la grâce de marcher avec tant de fidélité dans la voie de la vérité, que non-seulement il effaça les fautes qu'il pouvait avoir commises dans sa vie passée, mais qu'il acguit même le mérite d'une sainteté éminente. Il se rendit célèbre par raustérité d^ sa vie et par ses miracles.

Son jeûne continuel ne l'empêchait pas d'exercer l'hospitalité envefB toutes sortes de personnes sans exception. Il les traitait fort bien : mais il'ne mangeait pas avec eux. Ordinairement, il passait les nuits à prier ou à se faire lire, même dans ses voyages. Il aimait à loger chez les pauvres et, autant qu'il pouvait, il tâchait de n'être pas connu par les chemins.

§ '8, — SAINT GERMAm VA BN ANGLETERRE COMBATTRE CONTRE LES PÉLA6IENS.

L'an 418, auquel Dieu avait élu Germain à l'épiscopat, fut encore heurtux à l'Église par la condam-'

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nation des Pélagiens. Mais ces hérétiques ne se rendirent pas au jugement de FÉglise. Quelques-uns d'eux allèrent inutilement chercher des protecteurs dans rOrient, et d'autres, retournant en Angleterre, dont ils étaient originaires ou par eux-mêmes, ou par Pelage, leur chef, y corrompirent les peuples par leur malheureuse doctrine, y enseignant, dit un auteur qui écrivait environ cent ans après, que les enfants nés de deux baptisés pouvaient être sauvés sans baptême. Le pur Pélagianisme accordait Tinnocence et le salut à tous les enfants.

Le chef de ces Pélagiens était un Agricola, fils de Sévérien, l'un de leurs évêques.

L'erreur infecta bientôt presque toute cette grande île, de sorte que les catholiques envoyèrent des députés aux évêques de France, pour leur représenter l'état Fig. 21. — La penuia, costume OÙ ils étaient et la néces-

de voyag#de8 Romains et des ^[{^ qu'il y avait de secOU- Gaulois, d'après une sculpture • nromntempnt la foi radu Vatican. Origine du camaii. HT prompiement la ICI catholique. Les évêques de France tinrent une grande assemblée, où d'un commun avis on pria saint Germain et saint Loup de Troyes de voujoir aller pour ce sujet en Angleterre, comme ayant tous deux la vertu et la grâce des apôtres. Le pape Célestin y joignit son autorité, et, par l'avis de saint Pallade, encore alors diacre et depuis premier évêque d'Hibemie, il donna charge à saint Germain d'aller de sa part soutenir la foi catholique (429).

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Plus cette mission était pénible, plus ces deux saints héros Facceptèrent avec joie, et ils s'en acquittèrent avec la diligence que demandait d*eia Tardeur de leur foi. Après avoir passé dans le mocèse de Paris, par Nanterre, où ils consacrèrent à Dieu sainte Geneviève, encore enfant, ils se mirent en mer durant l'hiver de 429. Les démons excitèrent alors une furieuse tempête, que les saints apaisèrent par leurs prières et par quelques gouttes d'htdle que saint Germain jeta dans la mer. Dans le combat qu'ils eurent avec les hérétiques, les deux saints pappeièrent à la confession de la vérité, tant par l'éclat de leurs miracles que par la force des paroles de TÉcriture, tous ceux qui avaient été engagés dans Terreur.

§ 4. — SAmr GERMAIN DÉFATT LES SAXONS PAB l'aLLELOU, HEVIENT EN FRANCE ET RETOURNE EN ANGLETERRE.

Après qu'ils eurent remporté un grand triomphe sur l'hérésie pélagienne, les deux saints allèrent au tombeau de saint Albans, le plus célèbre de tous les martyrs d'Angleterre , pour y rendre à Dieu leurs actions de grâces. Saint Germain y mit les reliques des apôtres et des martyrs qu'il avait ramassées de divers endroits et prit en place de la terre du lieu où saint Albans avait consommé son martyre et qui paraissait encore teinte de son sang. Il y a auprès de Saint-Albans une chapelle qui porte le nom de Saint- Germain, en mi lieu où l'on prétend qu'il a prêché. Au retour de Saint-Albans, saint Germain se blessa tellement au pied, qu'il fut obligé de garder quelques jours le lit. Le feu prit durant ce temps-là à une maison voisine et s'étendit extrêmement tout

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autour de celle où il demeurait sans qu'elle en reçût le moindre dommage*

Sur la fin du Carême de Fan 430, les ï^tes et les Saxons vinrent conjointement attaquer les Bretons, qui, ne se sentant pas assez forts, eurent recours aux deux saints. Ils vinrent au camp et instruisirent tellement les soldats, dont beaucoup n'étaient pas encore chrétiens, qu'ils demandèrent le baptême. Aussi la fête de Pâques, qui était le 30 de mars, étant arrivée, on dressa une église avec des branches d'arbre, où Ds reçurent les sacrements de TÉglise. Quand la solennité de Pâques fut passée, comme on sut que les ennemis approchaient, saint Germain fit mettre l'armée dans une vallée environnée de plusieurs montagnes; il commença avec saint Loup à chanter Alléluia et fit répondre toute l'armée après eux. Les ennemis furent si surpris et si effrayés de ce bruit, qu'ils s'enfuirent tous en quittant leurs armes, et plusieurs se noyèrent en passant une petite rivière. La tradition des Anglais est que ceci arriva auprès de la ville de Mold, dans le comté de Flint, au nord-est de la principauté de Galles, en un lieu qu'on appelle encore le champ de Germain, et que les soldats furent baptisés dans la rivière d'Albans qui passe auprès de Mold. Le pape saint Grégoire peut avoir fait allusion à cette victoire, lorsqu'il dit que la langue barbare des Bretons avait commencé depuis longtemps à chanter V Alléluia des Hébreux.

Enfin saint Germain et saint Loup quittèrent l'Angleterre et revinrent en France sans danger. La ville d'Auxerre était alors dans l'affliction, à cause des impôts dont elle était surchargée ; ce qui obligea saint Germain d'entreprendre un nouveau voyage à Arles pour parler au préfet des Gaules, nommé Auxiliaire.

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Il fut reçu à Lyon par tout le peuple, et à Arles par saint Hilaire, qui l'honorait comme son père et comme un homme apostolique. Le préfet n'eut garde de lui refuser le soulagement qu'il demandait pour sa ville.

L'an 447, il fit un second voyage en Angleterre avec saint Sévère, évêque de Trêves, encore à cause de l'hérésie pélagienne, qu'un petit nombre de personnes tâchait de répandre dans l'île. Ils furent bientôt condamnés^ et on les amena même aux deux saints, afin qu'ils les conduisissent en France, pour travailler à leur conversion, sans qu'ils pussent jamais revenir en Angleterre, et que l'île conservât sa foi dans sa pureté, comme elle le fit effectivement.

§ 5. — SAINT GERMAIN VA A RAVENNK ET Y MEURT; SON CORPS EST RAPPORTÉ EN FRANCE.

A peine saint Germain était-il revenu à Auxerre, que les députés des Armoriques le vinrent trouver (en 44S). Cette nation, qui comprenait, ce semble, la seconde et troisième Lyonnaise, s'était révoltée en 409, durant les troubles de l'empire ^ pour se mettre en liberté, et elle avait toujours depub fait paraître un esprit turbulent, inquiet et porté à la révolte. Aétius 2,

1. L'écrivain ecclésiastique entend par troubles de l'empire l'époque d'invasion et d'anarchie qui commence avec la mort de Stilicon, le glorieux défenseur de l'empire d'Occident, contre les Barbares, lâchement mis à mort par l'ordre de l'empereur Honorius, fils de Théodose.

2. Aétius est le célèbre maître de la milice sous Valentinien III, qui devait arrêter l'invasion des Huns dans les plaines catalauniques.

qui gouvernait en ce temps-ci Tempire d'Occident sous Yalentinien m, offensé de leur insolence, avait envoyé contre eux Locaric, roi des Allemands ou plutôt de quelques Alains qui étaient entrés en Gaule en 406 i et n'étaient pas passés en Espagne avec les autres de leur nation.

Ce prince, qui était païen et barbare, était déjà en marche avec ses troupes. C'est pourquoi saint Germain se pressa de partir, et d'aller à sa rencontre pour l'arrêter, et il le fît avec une liberté qui donna du respect à ce barbare. Locaric promit de ne point poursuivre son dessein et d'accorder la paix aux Armoriques, pourvu qu'on la pût obtenir de l'empereur et d'Aétius. Et ce fut pour ce siget que saint Germain entreprit le voyage de Ravenne, où était la cour. Pasaut par Alise, il logea chez un sénateur son ancien ami. Il y donna la parole à une fille muette âgée de vingt ans. Le saint, prenant congé du sénateur, l'embrassa tendrement et lui dit adieu jusqu'à l'éternité, où il souhaita qu'ils se revissent dans la gloire : ce qui marquait assez clairement qu'il n'espérait pas revenir d'Italie.

n avait entrepris ce voyage seul avec un diacre : mais on allait au-devant de lui des villes de son passage, et on ne le quittait guère que pour faire place à d'autres, à mesure qu'il avançait. Lorsqu'il était passé, les peuples plantaient des croix ou bâtis- ;saient des chapelles aux endroits où il s'était arrêté pour les prêcher ou pour y faire la prière. Dans le passage des Alpes, il se joignit à une troupe d'ou-

1. En 406, une épouvantable cobue de barbares de toutes races passe le Rhin, saccage la Gaule et traverse les Pyrénées; une autre horde, sous le commandement de Radagaise, va se faire écraser en Italie par Stilicdn.

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vrier» chargés de leurs fardeaux. Il prit lai-méme celui d'un vieux boiteux pour passer un torrent entre

Fig. 24. — Lampe chrétieaae trouvée à Semur.

deux précipices y dont ce pauvre homme ne pouvait pas se tirer. L'ayant passé à l'autre bord, il revint

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prendre cet homme 'même sur son dos et le passa comme son fardeau. Il arriva à Milan le jour d'une grande solennité, pour laquée plusieurs évoques étaient assemblés. Un possédé le fît reconnaître en l'appelant hautement par son nom ; et il en obtint la guérison : ce qui lui fit rendre de grands honneurs et par ces prélats, et par les peuples. Après avoir fait en chemin diverses autres guérisons miraculeuses, il arriva enfin à Ravenne. Il voulut y entrer de nuit, pour éviter les honneurs qu'on lui rendit, ma^rô sa précaution. Saint Pierre Chrysologue, qui en était alors évoque, l'impératrice Placidie, les seigneurs de la cour le reçurent avec tout l'honneur et toute la joie possibles. Placidie lui envoya un bassin d'argent plein de mets très-délicats. Il les distribua à ceux de sa compagnie, donna le bassin d'argent aux pauvres, et envoya à l'impératrice par reconnaissance un pain d'orge sur une assiette de bois. Elle reçut ce présent avec une extrême joie, fit enchâsser l'assiette de bois dans de l'or et employa le pain d'orge à guérir plusieurs maladies.

Durant son séjour à Ravenne, il fut toujours accompagné de six évêques, qui n'admiraient pas moins son abstinence continuelle que les» miracles qu'il opéisa^ sans cesse. En traversant un jour la place publique, il entendit un grand cri. Il s'informa de ce que ce pouvait être et apprit que c'était un grand nombre de prisonniers qui imploraient son assistance. Touché de compassion pour leur état, il s'approcha de la prison pour y entrer. Les geôliers et les gardes, craignant sans doute ce qui devait arriver, ne voulurent point paraître. Le saint eut recours à Dieu par la prière. Aussitôt les portes de la prison s'ouvrirent, et il mena à l'église comme en triomphe cette

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troupe de prisonniers, à qui il obtint la liberté et la vie. Un matin, après les prières de Laudes, s'entretenant de choses saintes aY«c ces évêqaes, il leur prédit qu'il mourrait bientôt et leur raconta comment Dieu le lui avait révélé la nuit Quelques jours après, il tomba malade (le 25 juillet). Dès qu'on le sut, toute la cour et la ville en furent troublées. L'impératrice ne craignit point de se rabaisser en l'allant visiter; elle lui accorda volontiers toutes les grâce» qu'il lui demanda. Mais elle eut peine à con-

Fig. 25. ~~ Boucle attribuée à saint Géiaire (Leblaat, Sarcophages d'Arles).

sentir à la prière qu'il lui fit avec instance de faire transporter à Auxerre son corps après sa mort. C'était une si grande affluence de monde qui le venait voir, qu'à peine pouvait- on approcher de sa maison. On j récitait continuellement des psaumes. Enfin il mourut le septième jour de sa maladie, qui était le 3i juillet, après avoir gouverné son Église durant trente années et vingt-cinq jours (448).

Quelque grande que fût sa pauvreté, l'empire et l'Église voulurent avoir part à sa successio?^. Placidie,

à qui le saint n*aitait laissé que sa bénédiction, prit son reliquaire pour son partage. Saint Pierre Chrysologue eut son camail et sqji cilice. Un des six évoques prit son manteau. Deux autres partagèrent entre eux sa robe, et deux autres sa tunique ; le sixième eut sa ceinture.

Le corps du saint, selon la permission qu'il en avait demandée à l'impératrice, fut rapporté dans son

^. . , Église, Il était environné

d'un grand nombre de flambeaux qui brûlaient le jour comme la nuit. Du temps d'un des biographes du saint (Éric), on voyait un vieux marbre, dont les caractères très-anciens portaient que, la même nuit que saint Germain mourut à Ravenne, un saint prêtre, son disciple, nommé Saturne, qu'il avait laissé à Auxerre, en reçut Fig.20 - Anneau épiscopaJ (Le- la nouvelle par un ange, blant, Inscriptions de la Gaule . vi i j-x i •

chrétienne) . et qu il le dit au peuple, qm

sur cette assurance alla recevoir le corps de son saint pasteur jusqu'aux Alpes. Adon dit qu'il y avait en ce temps-là à Vienne un saint prêtre nommé Sévère, très-célèbre par ses miracles, qui, ayant beaucoup de zèle pour la foi, avait quitté son pays qui était T Orient et entrepris des voyages très-longs et très-laborieux pour porter l'Évangile en divers endroits. Il était venu jusqu'à Vienne, où il avait converti un grand nombre de païens par la force de ses prédications et de ses miraclesé II .y avait détn4t un temple consacré à cent

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idoles et avait bâti à la porte de la ville une église de Saint-Étienne, qui était prête d'être dédiée lorsque saint Germain passa par là en allant en Italie. îl promit à saint Sévère qu'il viendrait assister à cette dédicace, de sorte que saint Sévère attendit quelque temps à la faire dédier. Il le fît enfin, soit qu'il ne pût différer davantage, soit qu'il eût su que saint Germain était mort. Et on prétend que le jour même qu'il la dédia, avant que Ton commençât la cérémonie, le corps du saint passa par Vienne et fut porté dans cette nouvelle église pour y reposer. Ainsi la mort même ne put l'emipècher de s'acquitter de sa promesse. Saint Sévère se reposa aussi en paix quelque temps après et fut enterré dans l'église de Saint- Étienne.

§ 6. — EKTB&REIIElfT, MIRACLES ET TRANSLATION DE SAINT GERMAIN.

Le corps de saint Germain arriva à Auxerre, selon saint Grégoire de Tours, au bout de soixante jours, e' est-à-dire deux mois après qu'il fut mort. Il demeura exposé durant six jours dans l'église cathédrale, pour satisfaire la dévotion de ceux qui y vinrent de toutes parts, et le !•' octobre il fut mis dans le tombeau. Il fut enterré dans une petite chapelle de Saint-Maurice que le saint mtoe avait fait bâtir dans une de ses teri^s auprès de la ville, du côté <le l'occident, et ses successeurs y furent aussi enterrés. Sainte Clotilde changea, depuis, cette chapelle en une église magnifique. Elle vint pour cela à Auxerre, accompagnée d'un évoque de la haute Bourgogne nommé Loup, qui, étant mort, fut enterré dans cette église,.

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GlMaire II et la reine sa femme emichirent encore cette église du temps de Tévêque Didier, c*est-à-dirc vers Fan 620.

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