‹ L'histoire de FranceChapitre 84 sur 140 · SAINT LOUP · texte numérisé non relu

SAINT LOUP

§ 1. — JEUItBSSE, MARUGB, RETRAITE ET ÉPISGOKkT DE SAINT LOUP. — SON VOYAGE EN Al^LETERRE.

Saint Loup naquit sur la fin d% iv» siècle, dans la • ville de Toul en Lorraine , d'une noble famille. Épiroque, son père, le laissa orphelin dans-un âge encore peu avancé; mais Alistique, frère d'Épiroque, lui tint lieu de père et prit soin de son éducation. Saint Loup, qui avait un fort bel esprit, réussit tellement dans les lettres, que la réputation de son éloquence le rendit célèbre jusque dans les provinces voisines. Il se maria et épousa Pimeniole, sœur du grand saint Hilaire d'Arles. Us vécurent sept ans ensemble, sans qu'on dise s'ils eurent quelques enfants. Mais, au bout de ce temps , ils s'enflammèrent tellement l'un l'autre à Tamour de la vertu, qu'ils renoncèrent tous deux au monde. On ne sait point ce que devint Pimeniole.

Quant à saint Loup, il quitta sa maison; il rompit tous les liens et toui les engagements qui pouvaient l'attacher au siècle, et il résolut de s'en aller à Lérins trouver saint Honorât, parent de sa femme, et qui avait attiré près de lui saint Hilaire. quelque temps auparavant. S'étant rendu auprès de lui, il se somnit humblement à sa conduite. Il en sortit vers l'ai^ 426, à peu près en même temps que saint Honorât en fut .tiré pour être fait archevêque d'Arles* Vincent , son

frère, en sortit vers le même temps et sans doute avec lui.

Saint Loup partit de Lérins , non par aucun refroidissement de piété, mais au contraire dans ]a chaleur de la foi, pour aller vendre et distribuer aux pauvres ce qui lui restait encore de son bien. Il alla pour ce sujet à Mâcon , soit qu'il eût du bien dans ce pays, comme la suite donne lieu de le croire, soit qu'on ne lui ait pas laissé le loisir d'aller plus loin, car il y fut enlevé lorsqu'on s'y attendait le moins, pour être placé sur la chaiie épiscopale de Troyes. 11 succéda à saint Urse, honoré j;>ar l'Église le 25 juillet.

Dès les premières années de son épiscopat, saint Loup se rendit si illustre par sa piété, que lui et saint Germain d'Auxerre passaient pom* les deux lumières de l'Église.

Lors donc qu'un grand nombre d'évêques se furent assemblés en 429 pou( chercher des personnes dignes d'aller combattre en Angleterre l'hérésie pélagienne, tout le monde jeta les yeux sur ces deux prélats. On les coiyura d'accepter un emploi si important à l'Église. Ayant trouvé ce pays presque tout infecté de pélagiauisme, ils en bannirent l'erreur par leurs prières, par leurs discours et par leurs miracles, et y rétablirent entièrement la foi catholique.

§ 2. — ADMINISTBATION ECCLÉSIASnQUE DE SAINT LOUP.

Saint Loup, étant revenu de ce voyage, continua ce qu'il avait fait dès le commencement de son épiscopat, prêchant sans cesse et éclairant par la lumière divine des Écritures ceux du peuple qui étaient duis les ténèbres de l'ignorance. Pour son clergé, Dieu lui

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fît la grâce de le conduire avec sagesse et avéà5 fermeté selon les règles de la justice. 11 ordonnait quelquefois des bigames pour portiers *, mais jamais pour sous-diacres, ni même pour exorcistes. Il ne souffrail point que ceax qui étaient déjà exorcistes ou sousdiacres se mariassent en cet état. Que s'il arrivait qu'ils épousassent même une seconde femme , il les privait non-seulement de leur ministère, mais aussi de la communion. Cependant il ordonnait quelquefois des hommes mariés pour sous-diacres ou tolérait ceux qui Tétaient, sans les séparer de leiïrs femmes. Pour les degrés supérieurs, à qui lest canons défendent Fusage du mariage, il tâchait de û'y élever que ceux qui n'étaient point engagés dans cet état. Gomme il n'obligeait pas les sous-diacres à la continence, aussi il ne souffrait qu'ils approchassent de l'autel que pour donner ou recevoir quelque chose du diacre.

Il n'instruisait pais moins par ses exemples que par ses paroles. 11 employait libéralement ses revenus à nourrir les pauvres et à racheter les captifs. Il avait beaucoup de bonté et d'affabilité, et même il était gai et agréable. Aussi ses reproches mêmes avaient toute la douceur et tout l'attrait des caresses pour ceux qui en voulaient profiter.

Un de ses diocésains nommé Gallus, ayant quitté sa femme, se retira en Auvergne. Saint Loup en écrivit à saint Sidoine qui était alors évêque de Clermont, avec une force tellement mêlée de douceur, (ju'il effraya ce pécheur et le gagna en môme temps. Car Sidoine lui ayant montré la lettre de son évêque, il en

1. Tout ce passage est très-curieux à noter pour Thistoire des mœurs à cette époque moitié barbare et moitié civilisée, moitié païenne et moitié chrétienne.

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fut à ITietire même vivement touché et ne la regarda point comme une lettre écrite à un autre, mais comme une sentence prononcé contre lui-même. Il ne prit aucun délai après cette sommation pour aller retrouver sa femme. Il le promit , s*y disposa et se mit aussitôt en chemin. « Qu'y a-t-il , dit saint Sidoine, de plus estimable qu'une telle réprimande, qui oblige le pécheur de chercher dans sa pénitence un puissant remède contre son mal, ne trouvant rien à dire contre celui qui le luî fait reconnaître? »

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