L' EXCOMMUNICATION
Depuis Van 987 jusqu'à Van 1032.
Vous allez croire peut-être que rextînctîon de la famille des Karolings, en France, fit une grande impression sur les seigneurs féodaux qui s'étaient partagé les provinces du royaume sous les derniers règnes de cette maison. Point du tout; chacun d'eux, retranché dans son château, ou renfermé dans sa ville, ne prit aucun intérêt à la destinée d'une royauté qui ne pouvait plus lui faire ni bien ni mal; et quoique Ton plaignît généralement le sort de cette dynastie, dont les chefs avaient régné si glorieusement sur la nation franke, il ne se trouva pas un seigneur qui voulût prendre les armes en faveur du prince Charles, auquel on reprochait d'ailleurs, avec juste raison, d'avoir attiré Tannée du roi de Germanie au sein du royaume.
Cette circonstance parut si favorable à Hugues Capet, pour se faire donner le titre de roi des Français, qu'après avoir convoqué à Soissons une assemblée des principaux seigneurs de l'ancienne Neustrie, aidé des ducs de Bourgogne et de Normandie, qui étaient ses parents et ses amis, il se fit sacrer à Reims par l' évêque de cette ville, et devint ainsi le fondateur de la troisième dynastie des rois de France, auxquels on a donné le nom de Capétiens.
Maintenant, il faut que je vous dise que le titre de roi, que venait de prendre le comte de
l'excommunication. 11.^
Pans, ne le rendait pour cela ni plus riche nî plus puissant ; son royaume se bornait exactement au duché de France, et aux autres domaines qu'il tenait de son père: les états du nouveau roi se trouvaient entièrement compris entre la Meuse et la Loire, et resserrés de toutes parts par les duchés de Bourgogne, de Normandie et de Bretagne, dont les chefs avaient pourtant consenti à être les hommes liges, ou comme on l'a dit depuis, les grands feudataires de la couronne. Hais Hugues Capet appartenait véritablement h la race française ; il possédait de nombreux châteaux forts; un grand nombre de seigneurs se reconnaissaient ses vassaux, et par-dessus tout cela, c' était un hoinme habile et énergique.
Cependant, le prince Charles, prétendant que la couronne de France devait lui appartenir, aprè? la mort de son neveu Louis le Fainéant, trouva moyen de s'introduire dans cette ville de Laon, qui paraissait destinée à servir de prison à toute sa famille, et ayant réuni quelques serviteurs, il se flatta un moment que les seigneurs français viendraient se rallier autour de sa personne. Mais cet espoir fut cruellement déçu ; personne ne parut devant ces murailles dont il n'osait s'éloigner, excepté Hugues Capet qui, à la tête d'une armée, lui livra plusieurs assauts meurtriers, oH les dernières ressources de son parti B* épuisèrent.
On doit le dire avec tristesse, mais enfin on doit le dire, il est bien rare que les princes malheureux conservent longtemps des amis, et la plupart du temps, leurs serviteurs, non contents de les abandonner, sont les premiers à les trahir.
114 l'excommunication.
Ce fut précisément ce qui arriva au prince Charles, un perfide domestique, qu'il croyait tout à fait dévoué à ses intérêts, alla secrètement trouver Hugues Capet, et lui offrit d'ouvrir à ses soldats une des portes de la ville.
Le roi promit beaucoup d'or à ce misérable, malgré le mépris que lui inspirait sans doute une telle action ; et quoiqu' il détestât les traîtres, il ne manqua pas de profiter de la trahison. Le pauvre prince fut donc surpris dans son lit par les soldats de Hugues Capet, qui le conduisirent dans la tour d'Orléans, où il ne tarda pas à périr de tristesse et d'ennui, ainsi que la princesse sa femme.
Deux jeunes enfants qui lui survécurent, furent bannis de France, après la mort de leurs parents, et se réfugièrent auprès du roi de Germaniu, leur cousin, qui leur accorda le royaume de Lorraine, à titre de fief, c'est-à-dire, à condition qu' ils se reconnaîtraient ses hommes liges, eux et toute leur postérité. Ces princes devinrent par la suite les fondateurs de l'illustre maison de Lorraine, qui a donné des empereurs à l'Allemagne, et dont j'aurai sans doute occasion de vous reparler dans cette histoire.
Hugues Capet, se voyant déjà avancé en âge, voulut que son fils Eobert fût sacré à Beims, comme lui-même l'avait été, afin que personne, après sa mort, ne contestât à ce jeune prince le titre de roi de France. H est à remarquer que l'exemple ainsi donné par Hugues Capet, de faire sacrer, de son vivant, le roi qui devait lui succéder, fut suivi par tous les premiers Capétiens, tant qu'ils crurent que leur droit héréditaire à la couronne n'était pas suffisamment établi.
l'exgomhukicâtion. 115
L'histoire de ce prince Eobert, qui aurait été bien pins henreux, si jamais il n'eût approché du trône, me paraît si intéressante, que je ne résisterai point au désir de vous la raconter.
Le roi Robert II (ainsi nommé parce qu'il fut le second roi de ce nom qui régna en France) avait une jeune cousine nommée Berthe, qui était 8Î belle et si bonne, que le peuple de Paris la chérissait, et disait que, si elle était reine, il n'7 aurait pins de malheureux ; plusieurs personnes répétèrent cela à Robert, et ce prince résolut de la faire asseoir sur son trône, à côté de lui, et de la prendre pour femme.
Èerthe avait tant de doticeur et de modestie, qu'elle aurait bien voulu ne pas devenir reine; mais elle céda aux prières de son cousin, et consentit, pour r amour de lui, à supporter cette élévation, qui devait lui devenir bien funeste. Or, il faut que vous sachiez que, dans ce temps-là, il était défendu aux personnes qui étaient cousin et cousine, ou qui avaient été parrain et marraine d'un même enfant, de jamais se marier, sans en avoir obtenu la permission du pape. Malheureusement, dans leur jeunesse, Berthe et Robert avaient fait baptiser un petit enfant, parce qu'on ne peneait pas alors % les marier.
Quoique Berthe et Robert fussent trop bons et trop aimables pour ne pas avoir beaucoup d'amis, il se trouva cependant des gens assez méchants pour aller raconter au pape que le roi de France avait épousé sa commère et sa cousine, sans lui en avoir demandé la permission. Il n'en fallut pas davantage pour que l'évêque de Rome enjoignît à Robert de renvoyer Berthe, qui ne pouvait pb'
116 l'excommunication.
être Ba femme; mais le roi ne put jamais s'y résoudre, sentant bien qu'il mourrait de cha^n, s'il se séparait d'une princesse qui lui était si chère.
Alors le pape irrité contre ce prince, qui re-» fîisait ainsi de se soumettre à ses injonctions le frappa d'BxcoMMUNiCATiON, c'est-à-dire qu'il lui fut défendu d'entrer dans les églises, et de corn* munier avec les autres chrétiens.
C'était un terrible châtiment que cette excom* munication ; car, dès qu'on apprit en France quo le roi et la reine étaient excommuniés, personne n'osa plus s'approcher deux, pas même leurs parents et leurs serviteurs. Les pauvres même< auxquels Berthe distribuait ordinairement tant d'aumônes, s'enfuyaient dès qu'elle paraissait, et c'était là ce qui affligeait le plus cette bonn4 princesse.
n ne resta auprès des jeunes époux que deux domestiques, chargés de préparer leur nourriture, et encore ces pauvres gens étaient-ils tellement frappés de terreur, qu'ils brisaient aussitôt les vases dont le monarque s'était servi pour boire et pour manger, et jetaient au feu les aliments qui restaient de ses repas.
Fendant ce temps, le royaume était en interdit, c'est-à-dire qu'on ne disait plus la messe dans les églises; les tableaux qui s'y trouvaient étaient couverts d'un voile noir; les statues des saints avaient été descendues de leurs niches et revêtues d'habits de deuil, et il était défendu de faire entendre les cloches, même pour les funérailles des morts.
Le peuple était plongé dans une si grande
l'excommunication. 117
ooiiBtemation, que la bonne reine se jeta aux pieds du roi pour le supplier de la renvoyer, puisqu'elle était assez malheureuse pour causer tant de tristesse ; mais Bobert ne pouvait encore se résigner à la voir s' éloigner sans retour.
Tout à coup, le bruit se répandit de tous côtés que la reine venait de mettre au monde un monstre qui avait une queue de serpent et une tête d'oie sauvage. Les personnes raisonnables ne crurent pas cela; mais le peuple qui était alors très-ignorant, ne manqua pas de dire que c'était la punition du mariage du roi avec sa cousine.
Bobert II se vit donc obligé de consentir au départ de la triste Berthe, tant l'affliction de ses Bidets lui faisait pitié. La pauvre princesse se retira dans le monastère de Chelles, autrefois fondé par la reine Bathilde, et elle y vécut encore plusieurs années. Quant au roi, il ne put jamais l'oublier, quoiqu'on l'eût forcé à prendre une autre &mmvqui lui donna plusieurs fils.
La providence accorda au roi Bobert, qui se plaisait, dit-on, à se mêler aux moines de Saint- Denis, pour chanter les louanges de Dieu, la force de supporter toutes les amertumes de sa vie. Sa seule consolation était de faire tout le bien possible à son peuple ; et lorsque, suivant la coutume, on transporta son corps dans cette abbaye, pour y célébrer ses funérailles, on entendait de tous côtés des pauvres qui s'écriaient, en pleurant: Nous avons perdu le meilleur des rois.
«iiownimn»»»»»»»»»»»».»»»»»***»^»»».»